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Politique & société Sénégal

Budget rectificatif Sénégal : Pastef rejette le projet en commission parlementaire

Le parti Pastef, majoritaire à l'Assemblée nationale sénégalaise, a rejeté en commission le projet de budget rectificatif 2026, alors que la dette publique du pays atteint 132 % du PIB. Ousmane Sonko dénonce les coupes dans les dépenses sociales.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 5 min

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Budget rectificatif Sénégal : Pastef rejette le projet en commission parlementaire
Photo : Photowalk / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0

Budget rectificatif Sénégal : c’est l’expression qui domine l’actualité économique du pays depuis le 23 octobre 2026. Le parti Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale, a rejeté en commission des finances et du contrôle budgétaire le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, compromettant son adoption en séance plénière. Ce rejet intervient alors que le Sénégal fait face à une dette publique évaluée à 132 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2024.

Budget rectificatif Sénégal : un rejet en commission qui annonce un échec probable

Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, la commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale a délibéré pendant deux jours avant que Pastef n’annonce, dans un communiqué publié dans la soirée du 23 octobre, avoir « décidé de ne pas adopter le projet de loi de finances rectificative 2026 (PLFR) en l’état ». Ce vote en commission rend quasiment certain l’échec du texte lorsqu’il sera soumis aux députés en séance plénière, prévue le 27 octobre 2026.

Un tel échec remettrait directement en cause la capacité du gouvernement sénégalais à traiter l’ampleur de son endettement public, à un moment où le pays négocie avec ses partenaires financiers internationaux les modalités de restructuration de sa dette.

Une dette publique équivalente à 132 % du PIB

Le contexte dans lequel s’inscrit ce rejet est celui d’une situation budgétaire particulièrement tendue. La dette publique du Sénégal est estimée à 132 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2024, un niveau qui pèse lourdement sur les marges de manœuvre budgétaires de l’État. C’est précisément pour répondre à cette situation que le gouvernement avait préparé ce projet de budget rectificatif, destiné à ajuster les prévisions et les arbitrages de dépenses pour l’année 2026.

Le chef de Pastef, Ousmane Sonko, également président de l’Assemblée nationale, avait toutefois prévenu dès le 19 octobre que son parti n’accepterait ni ce projet de loi de finances rectificative 2026, ni le futur projet de budget 2027. Sa position traduit une ligne politique assumée face au gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte que Jeune Afrique décrit comme une « lutte politique » entre les deux hommes.

Les raisons invoquées par Pastef

Dans son communiqué, Pastef précise ne pas contester « la nécessité de réviser le budget » en tant que telle. Le parti indique que son rejet résulte de « désaccords sur certains arbitrages budgétaires, les modalités de financement retenues et l’insuffisance des garanties apportées au Parlement ». Cette formulation laisse entendre que le désaccord porte moins sur le principe d’un ajustement budgétaire que sur la manière dont il a été construit et présenté aux élus.

Le parti insiste également sur le rôle de l’Assemblée nationale dans ce processus, soulignant qu’elle n’est pas « une chambre d’enregistrement ». Pastef se dit néanmoins « ouvert au dialogue avec le gouvernement avant la séance plénière, afin de parvenir à un accord », ce qui laisse une fenêtre de négociation avant l’échéance du 27 octobre.

Des revendications centrées sur les dépenses sociales

Au-delà du rejet technique du texte, Pastef formule des demandes précises. Le parti exige un réexamen des coupes budgétaires affectant les dépenses sociales, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la formation, ainsi que dans les infrastructures et l’hydraulique. Il réclame également une protection du pouvoir d’achat des ménages sénégalais et une réduction durable du coût de l’énergie.

Ces revendications montrent que le débat budgétaire ne se limite pas à une question comptable : il touche directement aux services publics essentiels et au niveau de vie des citoyens, dans un pays où la gestion de la dette impose des arbitrages difficiles entre rigueur financière et maintien des dépenses sociales.

Le mécanisme contesté du Cadre commun du G20

Un autre point de friction concerne le mécanisme que le Sénégal prévoit d’utiliser pour traiter sa dette. Le gouvernement envisage de recourir à une « version renforcée » du Cadre commun du G20, une table ronde informelle qui réunit les créanciers publics et privés ainsi que les pays endettés afin de négocier des solutions de restructuration. Ousmane Sonko dénonce ce choix, sans que les détails précis de ses objections n’aient été rendus publics dans le communiqué de Pastef.

Ce recours au Cadre commun du G20 fait suite à un accord préliminaire conclu le mois précédent entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). Ce nouveau programme d’aide porte sur 2,2 milliards de dollars (1,93 milliard d’euros) sur 36 mois, et vise explicitement à assainir les finances publiques du pays. Ce programme s’inscrit dans un contexte où le Sénégal cherche à retrouver la confiance de ses créanciers internationaux après la découverte d’une dette dite « cachée », un sujet qui alimente par ailleurs les tensions politiques internes évoquées par Pastef.

Quelles suites pour le projet de budget rectificatif ?

La séance plénière du 27 octobre 2026 constitue désormais l’échéance clé. Si le rejet en commission se confirme en séance, le gouvernement devra probablement revoir sa copie, en tenant compte des exigences formulées par Pastef sur les dépenses sociales et les modalités de financement. La marge de négociation évoquée par le parti dans son communiqué laisse ouverte la possibilité d’un compromis avant cette date.

L’enjeu dépasse le seul calendrier parlementaire : il s’agit de la capacité du Sénégal à honorer ses engagements vis-à-vis du FMI et de ses autres créanciers, tout en maintenant un niveau de dépenses publiques jugé acceptable par sa propre majorité parlementaire. Ce bras de fer interne illustre les tensions que connaissent plusieurs pays africains confrontés simultanément à un endettement élevé et à des attentes sociales fortes de la part de leurs populations.

Ce qu’il faut retenir de ce bras de fer budgétaire

Le rejet du budget rectificatif 2026 par Pastef en commission parlementaire met en lumière les divergences, au sein même de la majorité sénégalaise, sur la méthode à suivre pour traiter une dette publique équivalente à 132 % du PIB. Le parti d’Ousmane Sonko ne conteste pas la nécessité d’ajuster le budget, mais réclame davantage de garanties pour le Parlement et une meilleure protection des dépenses sociales et du pouvoir d’achat. La séance plénière du 27 octobre dira si un compromis a pu être trouvé entre le gouvernement et sa majorité, à un moment charnière pour la stratégie sénégalaise de restructuration de sa dette, adossée à l’accord conclu avec le FMI.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. https://servafrica.fr

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