Judokas réfugiés : c’est la nouvelle page que s’apprête à écrire l’équipe olympique des réfugiés aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar 2026, au Sénégal. Pour la première fois de son histoire, cette équipe créée par le Comité international olympique participera à une édition des Jeux de la jeunesse, et le judo en sera l’une des disciplines phares. Parmi les six athlètes retenus, un adolescent de 15 ans, Arno Yafunga Botay, porte une histoire personnelle qui résume à elle seule le combat de milliers de familles déplacées à travers le continent.
Né en République démocratique du Congo, Arno avait six ans lorsque sa famille a dû fuir le pays. Selon le récit recueilli par BBC Sport Africa, les menaces pesant sur la vie de son père ont culminé par une attaque contre leur domicile, qui a coûté la vie à un frère ou une sœur de sept mois. Après un passage par le camp de réfugiés de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya, la famille s’est installée à Nairobi en 2017, où elle vit depuis.
Judokas réfugiés : une discipline transmise de père en fils
C’est dans la capitale kényane qu’Arno a découvert le judo, en regardant son père Arnold s’entraîner. Il lui a alors demandé de lui apprendre les bases de ce sport, et a commencé à recevoir ses premières instructions sur les règles et les techniques dès l’âge de sept ans. Près d’une décennie plus tard, après avoir réussi les sélections organisées en Afrique de l’Est, le jeune homme représentera l’équipe olympique des réfugiés dans la catégorie des moins de 55 kg à Dakar 2026.
« Je ne m’attendais pas à être sélectionné », a confié Arno Yafunga Botay à BBC Sport Africa. « J’étais tellement excité. Je pleurais de joie. » Il ajoute mesurer la portée symbolique de sa sélection : « Cela compte beaucoup pour moi de représenter les autres réfugiés, de représenter ma communauté. »
Le parcours n’a pourtant rien eu d’évident. Selon son témoignage, la famille a longtemps manqué des moyens les plus élémentaires pour pratiquer le sport dans de bonnes conditions. « Je n’avais pas les vêtements de judogi ni les moyens de payer les frais de transport pour les compétitions locales », explique-t-il. L’accès à l’éducation restait également un défi quotidien : « Aller à l’école est difficile. Il n’y a pas d’argent pour payer les frais de scolarité. Mon père n’a pas de travail. Il doit aller travailler et nous donner de l’argent pour payer les frais de scolarité. »
Le statut de réfugié ajoute une difficulté administrative supplémentaire au Kenya, où la régularisation reste indispensable pour pouvoir rester dans le pays. « Et ici, nous n’avons aucun soutien. En tant que réfugié, pour rester au Kenya, il faut avoir des papiers », rappelle l’adolescent, avant de souligner le rôle du programme mis en place par le Comité international olympique, cité par BBC Sport Africa, pour accompagner les athlètes réfugiés dans la réalisation de leurs projets sportifs.
Une équipe de judokas réfugiés pour une double première olympique
L’équipe olympique des réfugiés a été créée pour la première fois à l’occasion des Jeux olympiques de Rio, en 2016. Elle s’est depuis illustrée sur la scène mondiale : la boxeuse Cindy Ngamba, née au Cameroun, a décroché la toute première médaille de l’histoire de cette équipe en remportant le bronze dans la catégorie féminine des 75 kg aux Jeux de Paris 2024.
Dakar 2026 marque une double première pour cette équipe : sa toute première participation aux Jeux olympiques de la jeunesse, et sa présence au tout premier événement olympique organisé sur le sol africain. Cette convergence donne une résonance particulière à la sélection d’Arno Yafunga Botay et de ses cinq coéquipiers, qui défendront les couleurs de l’équipe olympique des réfugiés au Sénégal dans plusieurs disciplines, dont le judo.
« En tant que réfugié, nous avons le droit de participer à la compétition », affirme le jeune judoka. « Un réfugié est un être humain comme les autres. » Son père, Arnold, voit dans cette aventure sportive un message adressé à toutes les personnes déplacées dans le monde : « Être réfugié ne signifie pas que votre vie est finie. Les réfugiés peuvent aussi faire des choses qui surprennent. Mon message aux autres réfugiés est le suivant : n’abandonnez pas. Persévérez jusqu’au bout. »
L’encadrement d’Eliud Kipchoge et la discipline du dojo familial
Fait notable, l’équipe de six athlètes en lice au Sénégal est encadrée par le double champion olympique du marathon, l’athlète kényan Eliud Kipchoge. Pour Arno Yafunga Botay, cette présence dépasse le simple accompagnement technique : « Il nous apprend à respecter l’entraîneur, à nous concentrer sur ce que nous faisons », rapporte-t-il, avant de livrer une promesse personnelle : « Je lui ai promis que je ramènerais la médaille d’or pour qu’il puisse voir ce que j’ai accompli. »
Le judo reste avant tout une affaire de famille pour les Yafunga Botay. Arnold continue d’entraîner personnellement son fils, pratiquant le grappling avec lui dans leur dojo de Nairobi, tandis que le frère aîné Christian, désormais âgé de 17 ans, sert occasionnellement de partenaire d’entraînement. Arno décrit son père comme « strict », y compris à la maison, insistant fermement sur l’importance de la discipline, notamment pour la gestion du poids, qui exige un entraînement régulier et constant à l’approche d’une compétition de ce niveau.
Ce qu’il faut retenir de la sélection de ces judokas réfugiés
La participation de l’équipe olympique des réfugiés aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026 constitue une étape inédite pour ce programme lancé par le Comité international olympique en 2016. Le parcours d’Arno Yafunga Botay illustre concrètement les obstacles matériels et administratifs auxquels font face les jeunes sportifs réfugiés en Afrique de l’Est, mais aussi la manière dont un accompagnement structuré peut permettre à un talent de s’exprimer malgré des conditions de départ très difficiles. L’organisation de ces Jeux au Sénégal, première compétition olympique tenue sur le continent africain, confère à cette histoire une portée symbolique supplémentaire pour l’ensemble du mouvement olympique.
Pour suivre l’actualité des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026 et d’autres récits inspirants venus du continent, retrouvez l’ensemble de nos articles sur servafrica.fr.
Sources
- BBC News Afrique, « Des judokas déterminés à prouver que les réfugiés ont leur place à Dakar 2026 » : https://www.bbc.com/afrique/articles/cqvgjeej4rd4o
- Comité international olympique, cité par BBC Sport Africa
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