Ebola Centrafrique : c’est désormais l’une des préoccupations majeures des autorités sanitaires de Bangui. Alors que la République démocratique du Congo (RDC) affronte l’épidémie de virus Ebola la plus meurtrière de son histoire, la République centrafricaine (RCA), pays voisin, a renforcé les contrôles à ses frontières pour tenter d’empêcher toute propagation du virus sur son territoire.
Selon des informations rapportées par Africanews, des dépistages sont désormais effectués quotidiennement auprès des nombreux voyageurs qui franchissent la frontière entre les deux pays. La grande majorité des quelque 10 000 cas recensés à ce jour dans le cadre de la dernière flambée épidémique du virus Ebola en Afrique ont été enregistrés en RDC.
Ebola Centrafrique : un dispositif déployé le long de l’Oubangui
À Bangui, la capitale centrafricaine, les autorités craignent que la maladie ne se propage de l’autre côté de la rivière Oubangui, qui sépare les deux pays. Au débarcadère de M’Poko Bac, dans le district de Bimbo, au sud-ouest de la capitale, les voyageurs qui viennent de traverser le fleuve depuis la RDC se lavent les mains sous le regard attentif d’un agent de santé, avant de se soumettre à une prise de température.
Maldiana Bagalama, chargée du contrôle sanitaire sur ce site, décrit un protocole désormais rodé : les passagers qui arrivent en pirogue accostent au point d’entrée, puis débarquent un par un. Un agent les oriente vers le point de lavage des mains, avant une phase de sensibilisation à la situation sanitaire. Les voyageurs sont ensuite dirigés vers une tente où sont effectuées la prise de température et l’enregistrement de leurs informations.
Ce dispositif s’appuie sur plusieurs corps de métier mobilisés conjointement. Le docteur Valentin Nebanga, responsable départemental au ministère de la Santé, précise que les points d’entrée sont dotés de personnels de santé, d’agents des Eaux et Forêts, des Douanes, de la Protection civile et des Forces de sécurité intérieure. Tous les passagers, qu’ils arrivent ou qu’ils partent, font systématiquement l’objet d’un contrôle.
Une frontière longue et poreuse
Les craintes de voir cette épidémie, qui a déjà fait près de 5 000 morts, atteindre la Centrafrique sont renforcées par la présence du virus dans trois provinces congolaises frontalières du pays. À cela s’ajoute une frontière largement dépourvue de surveillance, qui s’étend sur plus de 1 500 kilomètres entre les deux pays. Un tel linéaire rend particulièrement difficile le contrôle exhaustif de tous les points de passage, notamment les traversées informelles par pirogue qui échappent parfois aux dispositifs officiels.
Si la RDC demeure l’épicentre de l’épidémie, le virus s’est néanmoins propagé dans plusieurs autres régions du continent. Plusieurs cas ont notamment été signalés au Kenya et un autre a été détecté jusqu’au Nigeria, à l’ouest du continent, illustrant la capacité du virus à franchir rapidement de longues distances lorsque les mesures de prévention ne suivent pas.
Une activité économique qui se poursuit malgré les risques
Malgré les risques, l’activité économique se poursuit à un rythme soutenu le long de la rivière Oubangui. Pêcheurs, conducteurs de pirogues, vendeurs de poisson frais et bien d’autres dépendent de cette voie navigable essentielle qui relie les deux pays. Cette réalité économique complique la tâche des autorités sanitaires, qui doivent concilier prévention et maintien des échanges vitaux pour les populations riveraines.
Neige, vendeuse de poisson et mère de trois enfants, témoigne de son inquiétude : « Nous sommes inquiets parce que nous travaillons ici, juste au bord du fleuve. Si Ebola arrive jusqu’ici, nous serons les premières victimes. Nous demandons au ministère de la Santé de prendre des mesures de précaution beaucoup plus importantes. »
À quelques mètres de là, Foxy Yeti Nzapa, 25 ans, transporte des passagers à bord de sa pirogue. Père de deux enfants, il craint que les déplacements entre les deux pays ne l’exposent au virus. « Il est difficile de trouver du travail en République centrafricaine et c’est ma seule source de revenus. Ce qui m’inquiète, c’est que les personnes que nous ramenons de l’autre côté du fleuve pourraient également nous exposer au risque, puisque nous assurons le transport entre les deux pays sans aucune protection. C’est dangereux », explique-t-il.
Il ajoute : « De l’autre côté, nous apprenons parfois que telle ou telle personne est morte d’Ebola. Moi aussi, je pourrais être contaminé. Nous avons donc besoin de mesures de prévention pour nous protéger, car nous sommes en contact permanent avec les populations de l’autre rive. »
Pourquoi cette vigilance est justifiée
Le virus Ebola se transmet par contact avec des fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique sévère. Il a déjà fait plus de 15 000 morts en Afrique au cours des cinquante dernières années, ce qui explique le niveau d’alerte observé aujourd’hui chez les autorités sanitaires des pays frontaliers de la RDC. La vigilance déployée à M’Poko Bac illustre une approche que les spécialistes de santé publique recommandent généralement dans ce type de situation : surveiller les points de passage, sensibiliser les populations et détecter le plus tôt possible tout signe de fièvre chez les voyageurs.
Pour les habitants qui vivent et travaillent de part et d’autre de l’Oubangui, ces mesures représentent à la fois une protection nécessaire et une contrainte quotidienne. Le témoignage de Foxy Yeti Nzapa rappelle que la prévention ne peut être efficace que si elle s’accompagne d’un accompagnement concret des populations les plus exposées, notamment celles dont les revenus dépendent directement des échanges transfrontaliers.
Ce qu’il faut retenir
La République centrafricaine a mis en place un dispositif de contrôle sanitaire renforcé à ses frontières avec la RDC, en réponse à l’épidémie d’Ebola qui a déjà causé près de 5 000 morts et touché trois provinces congolaises limitrophes. Lavage des mains, prise de température et enregistrement systématique des passagers sont désormais appliqués au débarcadère de M’Poko Bac, avec la mobilisation de plusieurs services de l’État. Cette vigilance s’inscrit dans un contexte régional plus large, puisque des cas liés à cette flambée ont également été signalés au Kenya et au Nigeria. Pour les populations qui vivent au bord de l’Oubangui, l’enjeu reste de concilier protection sanitaire et maintien d’une activité économique dont dépendent de nombreuses familles.
Ces informations ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.
Sources
Pour suivre l’évolution de la situation sanitaire en Afrique centrale et d’autres actualités du continent, retrouvez nos analyses sur servafrica.fr.
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