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Population La Réunion : chiffres clés et évolution démographique
Faits Sociaux

Population La Réunion : chiffres clés et évolution démographique

02.10.2026

Population La Réunion : ce territoire de l’océan Indien comptait 889 679 habitants en 2023, selon les données consolidées de la démographie locale, ce qui le place au 25e rang des départements français en nombre d’habitants. Derrière ce chiffre se cache une histoire de peuplement unique, mêlant colonisation, esclavage, engagisme et migrations récentes en provenance de l’océan Indien et d’Afrique. Comprendre cette population, c’est comprendre les équilibres sociaux, culturels et politiques d’une île qui continue de croître alors même que davantage de personnes la quittent qu’elles n’y arrivent.

Population La Réunion : des chiffres qui témoignent d’une croissance continue

En six ans, entre 2015 et 2021, la population de La Réunion s’est accrue de près de 20 500 personnes, soit environ 3 400 habitants supplémentaires chaque année. Cette croissance n’est toutefois pas uniforme : elle varie fortement selon les 24 communes que compte le département. La densité de population atteignait 355,3 habitants par kilomètre carré en 2023, soit près de trois fois la densité moyenne de la France entière, qui s’établissait à 107,6 habitants par kilomètre carré la même année. Autrement dit, La Réunion concentre une population nombreuse sur un territoire restreint, ce qui pèse directement sur le logement, les infrastructures et l’aménagement du territoire.

Ce dynamisme démographique s’explique avant tout par un taux de fécondité élevé : 2,28 enfants par femme en 2023, un niveau supérieur au seuil de renouvellement des générations. Ce taux était de 2,41 enfants par femme en 2020, ce qui montre une natalité réunionnaise durablement plus forte que la moyenne nationale française, même si elle tend lentement à se rapprocher des standards métropolitains au fil des décennies.

Une histoire démographique marquée par la colonisation et l’esclavage

L’île, alors appelée île Bourbon, était une terre vierge au XVIe siècle. Ses premiers habitants furent quelques Européens et des Malgaches venus de Madagascar. La population augmente alors très rapidement : d’une trentaine de personnes en 1665, elle dépasse les 730 habitants dès 1704. Cette population est d’emblée largement métissée, car l’essentiel des mères présentes sur l’île étaient des femmes malgaches.

L’esclavage s’installe également très tôt, touchant d’abord principalement des femmes amenées avec les premiers colons. Le phénomène s’amplifie ensuite lorsque les autorités attribuent des terres aux épouses malgaches de colons français tués lors de la révolte de Fort-Dauphin. Dès l’origine, la société de l’île se structure entre personnes libres et personnes réduites en esclavage, une distinction qui se double de groupes sociaux que la population reconnaît elle-même comme distincts.

La traite négrière est autorisée contre redevance à partir de 1725. Le nombre d’esclaves, tous d’origine africaine, croît alors très vite : il atteint 45 000 en 1768, contre un peu plus de 26 000 habitants libres, qu’ils soient blancs, noirs ou métis. En 1793, l’île subit sa première grande famine liée à des cyclones. L’abolition proclamée la même année reste sans effet réel sur le terrain : la traite se poursuit, et ce même après que les Britanniques, ayant pris le contrôle de l’île, l’ont interdite en 1810.

Les autorités de l’époque classaient alors la population en deux grandes catégories : les « noirs », libres ou non, et les « Blancs », eux-mêmes subdivisés en plusieurs groupes reconnus localement : les fonctionnaires et nouveaux arrivants, appelés Zoreilles ; les petits Blancs ou yab, d’origine principalement européenne mais largement métissés ; et les gros Blancs, grands propriétaires terriens non métissés. L’esclavage n’est définitivement aboli qu’en 1848.

L’engagisme et la formation des communautés indiennes et chinoises

Après l’abolition, l’île manque de main-d’œuvre bon marché : c’est le début de l’engagisme. Des Indiens du sud de l’Inde, appelés localement Malbars, des Indiens musulmans du nord de l’Inde, appelés Zarabes, ainsi que des Chinois, viennent travailler sur l’île, théoriquement pour une durée limitée. Dans les faits, environ 46 000 engagés restent définitivement à La Réunion, donnant naissance à trois communautés distinctes : les Malbars, les Zarabes et les Chinois.

Ces communautés ne sont toutefois pas étanches entre elles : de nombreux mariages mixtes ont eu lieu au fil du temps, ce qui rend le caractère de ces groupes davantage culturel qu’ethnique ou strictement religieux. Seuls les Zarabes ont longtemps privilégié les mariages endogamiques, quitte à chercher un conjoint venant de l’île Maurice ou de plus loin encore.

Les migrations récentes : Comores, Madagascar et Mayotte

Un autre groupe, les Karanes, apparaît dans les années 1960, puis s’agrandit de façon plus significative avec les difficultés économiques et politiques liées aux indépendances des pays francophones de la région, d’abord Madagascar, puis l’Union des Comores. Les Comoriens, qu’ils viennent de l’Union des Comores ou de Mayotte, arrivés eux aussi en grand nombre, ont formé ces dernières décennies de nouvelles communautés localement désignées sous le terme « Comor ». Si les ressortissants des différentes îles de l’archipel comorien se mélangent peu entre eux, ils sont perçus par le reste de la population réunionnaise comme un groupe à part entière. Des Malgaches et des Mauriciens ont également continué d’arriver au fil des décennies.

À l’inverse, l’émigration des personnes nées à La Réunion, essentiellement vers la métropole, est très importante depuis les années 1960. Depuis les années 1990, les Réunionnais ont été environ deux fois plus nombreux à s’installer en métropole qu’à en revenir, ce qui explique en partie le solde migratoire négatif observé aujourd’hui.

Autre spécificité institutionnelle à connaître pour les voyageurs et les candidats à l’installation : depuis les années 2000, c’est la préfecture de La Réunion qui est seule décisionnaire pour toute demande de visa déposée par un ressortissant d’un pays hors de l’Union européenne, quel que soit l’endroit où cette personne réside. Cette décision est prise indépendamment de ce qui se passe en métropole, et la préfecture n’a pas l’obligation de justifier un éventuel refus.

Un solde migratoire négatif mais une natalité qui compense

Le nombre d’habitants de La Réunion a dépassé le cap des 800 000 personnes fin 2008, avant d’atteindre 837 868 habitants en janvier 2012. Malgré un solde migratoire négatif confirmé, la population continue donc de croître, portée par une fécondité qui reste supérieure au seuil de renouvellement des générations. Sur cette base, il est estimé que la population résidente pourrait atteindre le million d’habitants dans les années 2030.

En y ajoutant les membres de la diaspora réunionnaise installés hors de l’île, principalement en métropole, ce chiffre symbolique d’un million de Réunionnais serait d’ores et déjà atteint à l’échelle mondiale, bien avant que la population résidente elle-même ne franchisse ce seuil.

Tensions sociales et ce que cela signifie pour l’avenir démographique

Depuis la fin des mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19, une montée de la xénophobie est signalée à La Réunion à partir des années 2020, d’abord dirigée vers la communauté métropolitaine désignée localement comme « zoreille », puis majoritairement vers les communautés originaires de Mayotte et des Comores, dont la présence est importante sur l’île. Les élections présidentielle de 2022, puis les élections européennes et législatives de 2024, le sentiment d’insécurité, les inégalités sociales et économiques ainsi que la montée de discours d’extrême droite et d’incitations à la haine sont cités parmi les facteurs ayant contribué à cette tension autour du vivre-ensemble. Ces dynamiques sont susceptibles d’avoir un impact sur l’évolution démographique de l’île dans les années à venir, qu’il s’agisse des choix d’installation, des départs ou des relations entre communautés.

Ce que ces chiffres changent pour les habitants, la diaspora et les voyageurs

Pour les habitants de La Réunion, cette forte densité se traduit concrètement par une pression accrue sur le logement, les transports et l’accès aux services publics, particulièrement dans les communes les plus peuplées. Pour la diaspora réunionnaise installée en métropole ou ailleurs, ces chiffres rappellent l’ampleur d’une communauté mondiale déjà estimée à un million de personnes, bien au-delà de la population résidant sur l’île elle-même. Pour les voyageurs et les candidats à une installation prolongée, il est utile de savoir que les démarches de visa pour les ressortissants hors Union européenne passent spécifiquement par la préfecture de La Réunion, avec des règles propres au territoire. Enfin, la diversité des origines qui compose la population réunionnaise, entre héritages européen, malgache, africain, indien et chinois, reste l’un des traits les plus marquants de cette société insulaire, même si les tensions sociales récentes invitent à suivre avec attention l’évolution du vivre-ensemble sur l’île.

Sources

Pour suivre l’actualité démographique et sociale de l’Afrique et de l’océan Indien, retrouvez d’autres analyses sur servafrica.fr.

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