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BUSINESS AFRIQUE Guinée

Investissement Guinée : le Royaume-Uni porte son ambition à 2,7 milliards de livres

Réunie à Conakry pour sa cinquième édition, la conférence WCAF a vu le Royaume-Uni porter son ambition d'investissement en Guinée à 2,7 milliards de livres. Neuf accords ont été signés, mais ministres et responsables britanniques ont insisté sur l'écart entre annonces et réalisations concrètes.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

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Investissement Guinée : le Royaume-Uni porte son ambition à 2,7 milliards de livres
Photo d'illustration : Pavel Danilyuk / Pexels (licence Pexels)

Investissement Guinée : c’est l’expression qui a dominé les débats de la cinquième édition du UK–Francophone West and Central Africa Trade and Investment Forum (WCAF), organisée pour la première fois à Conakry. Plus de 1 300 participants ont assisté à cet événement, un record dans l’histoire du forum, consacré aux échanges économiques entre le Royaume-Uni et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre. Neuf accords ont été conclus durant la rencontre, tandis que Londres a annoncé porter son ambition d’investissement en Guinée de 1,8 à 2,7 milliards de livres sterling, soit environ 3 milliards de dollars.

Le forum était organisé par UK Export Finance (UKEF), en partenariat avec DMA Invest et le gouvernement guinéen. Au-delà des chiffres annoncés, les discussions ont mis en avant un enjeu central : transformer les projets présentés en financements effectifs, puis en infrastructures, en capacités industrielles et en emplois.

Neuf accords signés, un avertissement sur la mise en œuvre

À la clôture du WCAF V, le député britannique Ben Coleman, envoyé commercial du Royaume-Uni pour l’Afrique de l’Ouest francophone, a rappelé une évidence trop souvent oubliée dans ce type de forum : « Signer un accord n’équivaut pas à le mettre en œuvre. » Cette mise en garde a résonné après deux journées de rencontres entre gouvernements, entreprises, banques et agences de crédit-export.

Le Royaume-Uni a présenté un portefeuille de projets déjà soutenus en Guinée, au Bénin et en Guinée-Bissau, sécurisés lors des précédentes éditions du forum, pour une valeur contractuelle cumulée de 1,14 milliard de livres. Ces opérations concernent des secteurs variés : énergie, eau, éducation, transports et infrastructures publiques.

Selon le gouvernement britannique, neuf projets situés en Guinée et au Bénin bénéficient de 1,1 milliard de livres de financements et de garanties accordés par UK Export Finance. Ces projets devraient générer plus de 330 millions de livres de contrats pour des entreprises britanniques, un retour direct pour l’économie du Royaume-Uni au-delà du soutien apporté aux pays partenaires.

Investissement Guinée : une ambition relevée, pas encore des fonds décaissés

Pour la seule Guinée, Londres a relevé son ambition d’investissement de 1,8 à 2,7 milliards de livres. Cette annonce appelle toutefois une précision importante : il s’agit d’un potentiel d’intervention annoncé par le Royaume-Uni, et non de fonds déjà décaissés sur le terrain. La nuance est essentielle pour comprendre la portée réelle de cette communication.

Un autre signal a été envoyé depuis Conakry : la Banque africaine de développement et UK Export Finance ont conclu un accord-cadre stratégique destiné à rapprocher les capacités britanniques de financement des exportations des besoins exprimés par les pays africains concernés.

Le ministre guinéen du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a résumé l’exigence qui traverse l’ensemble de ces annonces : « Un projet annoncé n’est pas encore un projet financé. Un projet financé n’est pas encore un projet livré. Et un projet livré n’est pas encore un projet réussi tant qu’il ne produit pas les bénéfices économiques et sociaux attendus. » Cette formule résume la prudence qui doit accompagner la lecture de tout chiffre d’investissement annoncé lors d’un forum international.

Simandou 2040 : des infrastructures qui doivent dépasser le seul minerai

En Guinée, cette exigence de résultats se concentre particulièrement autour du programme Simandou 2040, lié à l’exploitation du gisement de fer du même nom. Les autorités guinéennes souhaitent que les infrastructures construites dans ce cadre profitent à l’ensemble de l’économie du pays, et pas seulement au secteur minier.

Intervenant lors du panel consacré aux infrastructures de transport et aux corridors régionaux, le ministre guinéen de l’Agriculture, Félix Lamah, a défendu une meilleure intégration des bassins agricoles aux infrastructures liées à Simandou. Selon lui, « la valeur ajoutée de l’ensemble des infrastructures réalisées dans le cadre du programme Simandou 2040 ne pourra véritablement être mesurée qu’à l’aune de leur capacité à désenclaver les zones de production et les zones industrielles ».

Le corridor transguinéen, qui comprend un chemin de fer et des connexions portuaires, est appelé à devenir la colonne vertébrale de cette diversification économique. Le ministre a plaidé pour une infrastructure ouverte aux bassins de production agricole : « Le corridor ne devra pas uniquement servir au transport des minerais. Il devra également permettre d’acheminer nos productions agricoles vers les différents marchés. »

Des pertes de récoltes qui pèsent sur l’économie guinéenne

Félix Lamah a rappelé que la Guinée dispose de 13 millions d’hectares de terres arables, mais que le pays perd encore entre 25 % et 30 % de ses récoltes, un taux qui peut atteindre 35 % dans certaines zones, faute de routes, de capacités de stockage, de chaîne du froid et d’infrastructures de transformation.

Pour remédier à ce désenclavement, le gouvernement guinéen prévoit, à travers différents projets et programmes, la réalisation de 7 000 kilomètres de pistes destinées à désenclaver les grandes zones de production de Haute-Guinée, de Guinée forestière, de Moyenne-Guinée et de Basse-Guinée. Le gouvernement souhaite également créer des agropoles le long des corridors, organiser les producteurs en coopératives et développer des infrastructures de conservation et de transformation des produits agricoles.

L’enjeu dépasse la seule question agricole : il est aussi financier. Le ministre a cité l’exemple du riz, dont la Guinée importe environ un million de tonnes chaque année. Selon les estimations présentées lors du forum, cette dépendance représente entre 500 millions et un milliard de dollars qui sortent chaque année du pays. Mieux acheminer et transformer les productions locales permettrait de réduire ces importations et de conserver davantage de valeur sur le territoire national.

Structurer les grands projets pour convaincre les financeurs

La concrétisation de ces ambitions annoncées à Conakry dépend largement de la capacité des autorités guinéennes et de leurs partenaires à structurer des projets suffisamment solides pour convaincre les bailleurs de fonds internationaux. C’est précisément l’écart entre les montants annoncés et les montants effectivement engagés qui a été souligné à plusieurs reprises durant les échanges du forum.

Cette logique illustre une dynamique plus large observée sur le continent : les forums d’investissement se multiplient, les montants annoncés progressent, mais la traduction concrète de ces engagements en infrastructures livrées reste le véritable indicateur à suivre dans les mois et années à venir.

Ce qu’il faut retenir de cette cinquième édition du WCAF

Le WCAF V a confirmé l’intérêt croissant du Royaume-Uni pour l’Afrique de l’Ouest francophone, avec une ambition d’investissement en Guinée portée à 2,7 milliards de livres et neuf accords signés à Conakry. Mais les voix les plus autorisées présentes à ce forum, qu’il s’agisse du député britannique Ben Coleman ou du ministre guinéen Ismaël Nabé, ont rappelé la même chose : l’annonce d’un chiffre ne vaut rien tant qu’elle ne se traduit pas en financements décaissés, puis en infrastructures livrées et en bénéfices concrets pour les populations. Le programme Simandou 2040 et la volonté de désenclaver les zones agricoles guinéennes constituent, à ce titre, un test grandeur nature de cette capacité d’exécution.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. https://servafrica.fr

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