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ALERTES & SÉCURITÉ Madagascar

Arnaque Madagascar : des centres d’escroquerie venus du Cambodge exploitaient des Africains

A Madagascar, treize centres de cyber-escroquerie liés à un réseau venu du Cambodge ont été démantelés. Des ressortissants africains, recrutés sous de fausses promesses d'emploi, auraient été contraints d'arnaquer des victimes en ligne. Voici le mode opératoire décrit par les autorités et comment s'en protéger.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

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Arnaque Madagascar : des centres d'escroquerie venus du Cambodge exploitaient des Africains
Photo : Mammysou17 / Wikimedia Commons, licence CC0

Arnaque Madagascar : c’est le nom que l’on peut donner à un vaste réseau de cyber-escroquerie démantelé entre août et septembre dans la Grande Île, selon des informations obtenues par l’AFP auprès des autorités malgaches et relayées par Corse Matin. Derrière des sites pratiquant l’arnaque à la romance, aux cryptomonnaies ou encore des pyramides de Ponzi, les enquêteurs ont identifié un groupe criminel ayant auparavant opéré au Cambodge avant de déplacer ses activités vers Madagascar. Plus inquiétant encore : plusieurs ressortissants africains auraient été dupés et contraints de participer à ces escroqueries, dans ce qui ressemble à une situation de traite d’êtres humains.

Arnaque Madagascar : que s’est-il passé

Treize centres de cyber-escroquerie ont été démantelés à Madagascar lors d’une opération conjointe entre les autorités malgaches et américaines. D’après le ministère américain de la Justice (DoJ), cette opération a permis la saisie de 52 millions de dollars de cryptomonnaies ainsi que de 3 200 appareils électroniques. Les sites étaient majoritairement opérés par des ressortissants chinois, dont 148 ont été extradés vers la Chine, selon la justice malgache.

L’un des centres les plus emblématiques était installé dans une villa du quartier cossu d’Ivato, près d’Antananarivo. Il aurait été dirigé par un ressortissant malaisien, Chui Kok Wa, dont le FBI a demandé l’extradition. Selon le commissaire Hassan Mouigni, chef de la cellule cybercriminalité de la police malgache, les indices figurant sur le passeport de ce suspect montrent qu’il est arrivé à Madagascar pour la première fois en 2024, après avoir auparavant opéré au Cambodge.

Pourquoi ce déplacement depuis le Cambodge

Le Cambodge était jusqu’à un durcissement récent des autorités une place forte de la cybercriminalité en Asie du Sud-Est. Le DoJ estime que l’organisation criminelle, qui aurait des liens avec la Malaisie et la Chine, a probablement déplacé ses opérations du Cambodge à la suite d’une intervention des forces de l’ordre dans ce pays. Tsitohaina Ralihivao, coordinateur de la cellule de lutte contre la cybercriminalité du ministère malgache de la Communication, relie quant à lui cette arrivée aux affrontements frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande survenus en juillet 2025. L’armée thaïlandaise avait alors fait visiter aux médias des centres d’arnaques abandonnés à la frontière. Pour ce responsable, les mêmes organisations qui opéraient dans cette zone se sont ensuite réinstallées à Madagascar. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), cité par Corse Matin, avait déjà mis en garde l’an passé contre l’expansion de ces réseaux, notamment en Afrique australe.

Qui est visé par ce mode opératoire

Deux catégories de personnes sont concernées par cette affaire. D’un côté, les internautes du monde entier, potentiellement démarchés par ces centres via des arnaques à la romance, des propositions d’investissement en cryptomonnaies ou des montages de type Ponzi. De l’autre, des travailleurs recrutés de force pour faire fonctionner ces escroqueries : selon les premiers éléments d’enquête, une vingtaine de ressortissants rwandais, zimbabwéens, ougandais et kényans auraient été attirés sur les réseaux sociaux par la promesse de salaires.

Le témoignage rapporté par la police malgache

Le commissaire Hassan Mouigni détaille à l’AFP le mécanisme décrit par ces personnes : elles disent avoir été recrutées via Facebook pour travailler dans le commerce à Madagascar. Mais à leur arrivée, la majorité de leurs passeports auraient été confisqués par le responsable du centre, et elles auraient ensuite été forcées d’escroquer des victimes en ligne. Pour la police malgache, ces ressortissants africains ont été victimes de tromperie. Des ressortissants chinois arrêtés dans le cadre de cette affaire ont par ailleurs été mystérieusement libérés de prison, un épisode qui a éclaboussé la garde des Sceaux malgache Fanirisoa Ernaivo. Un des mis en cause l’accuse d’avoir reçu l’instruction de les libérer, ce qu’elle dément. A ce stade, des ressortissants africains demeurent eux incarcérés, alors même que de premiers éléments d’enquête suggèrent qu’ils pourraient avoir été victimes de traite d’êtres humains.

Signaux d’alerte à connaître

Plusieurs éléments décrits dans cette affaire doivent inciter à la prudence, que l’on soit tenté par une offre d’emploi à l’étranger ou sollicité en ligne par un inconnu :

  • Une offre d’emploi trouvée sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, promettant un salaire attractif pour un poste vague dans le commerce, sans contrat clair ni vérification possible de l’employeur.
  • La confiscation du passeport ou de documents d’identité une fois arrivé sur place, un signal classique de situation de traite ou de travail forcé.
  • Des demandes de contact rapproché en ligne (relations amoureuses à distance, propositions d’investissement en cryptomonnaies, promesses de gains rapides de type pyramide de Ponzi), qui correspondent aux typologies d’arnaques décrites par les autorités comme étant pratiquées depuis ces centres.
  • Une pression pour transférer de l’argent, investir dans des cryptomonnaies ou poursuivre une relation uniquement en ligne sans jamais pouvoir vérifier l’identité réelle de l’interlocuteur.

Comment se protéger

Face à une offre d’emploi à l’étranger trouvée sur les réseaux sociaux, il est recommandé de vérifier l’existence réelle de l’entreprise, de ne jamais remettre son passeport à un employeur et de s’assurer qu’un contrat de travail en bonne et due forme est signé avant tout départ. En cas de doute sur une situation de travail forcé ou de confiscation de documents une fois sur place, il convient de se rapprocher des autorités locales et consulaires de son pays d’origine.

Pour les personnes sollicitées en ligne dans le cadre d’une relation sentimentale, d’une proposition d’investissement en cryptomonnaies ou d’un schéma de gains garantis, la prudence impose de ne jamais envoyer d’argent à une personne connue uniquement sur internet, de se méfier des promesses de rendements rapides et de vérifier systématiquement l’identité de son interlocuteur avant tout engagement financier. L’UNODC, citée par Corse Matin, alerte depuis l’an dernier sur l’expansion de ces réseaux de cyber-escroquerie, notamment en Afrique australe, ce qui invite à une vigilance accrue dans cette région.

Ce qu’il faut retenir de cette affaire

Cette affaire illustre un phénomène en mutation : des réseaux de cybercriminalité chassés d’Asie du Sud-Est se réinstallent ailleurs, y compris sur le continent africain, en exploitant à la fois des internautes du monde entier et des travailleurs recrutés sous de fausses promesses. L’enquête se poursuit à Madagascar, avec des suspects chinois extradés, un dirigeant présumé malaisien dont l’extradition est demandée par le FBI, et des ressortissants africains dont le statut de victimes de traite d’êtres humains reste à confirmer par la justice. Dans l’attente, la meilleure protection reste la vigilance face à toute offre d’emploi trop belle trouvée en ligne, et face à toute sollicitation financière ou sentimentale venue d’un inconnu sur internet.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. https://servafrica.fr

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