Radama Ier naît vers 1793 à Ambohimanga, sur les Hautes Terres de Madagascar, sous le nom d’Ilaidama (ou Laidama). Il est le fils cadet du roi Andrianampoinimerina, qui le préfère à son frère aîné Ramavolahy pour lui succéder. Son règne, de 1810 à 1828, marque une période de consolidation du jeune royaume d’Emyrne et d’affirmation diplomatique face aux puissances européennes et aux principautés locales.
Origines et contexte
Dès son adolescence, Radama révèle des qualités de meneur d’hommes qui n’échappent pas à son père. Andrianampoinimerina lui confie le commandement de la première expédition contre le royaume d’Andrantsay, situé dans le futur Vakinankaratra, alors que le jeune prince n’est encore qu’un adolescent. Cette confiance précoce dans ses capacités militaires annonce le rôle qu’il jouera une fois sur le trône.
À la mort de son père en 1810, Radama hérite d’un royaume encore fragile, dont l’autorité sur certaines régions périphériques reste contestée. Plusieurs peuples, pensant pouvoir profiter de l’inexpérience politique du nouveau souverain, tentent de retrouver leur indépendance.
Le parcours
Dès son accession au trône, Radama doit mener plusieurs expéditions, toutes victorieuses, contre les Bezanozano, les Sihanaka et certaines principautés betsileo. Ces succès militaires confirment la solidité de l’hégémonie de l’Emyrne et laissent au jeune roi la possibilité d’accomplir le testament politique de son père, qui lui avait enjoint de « faire de la mer la limite de son royaume » (Ny ranomasina no valam-parihiko), c’est-à-dire d’étendre son autorité jusqu’aux régions côtières afin de pouvoir traiter directement avec les puissances européennes. Radama fixe la capitale du royaume à Tananarive.
L’occasion de porter cette ambition jusqu’à la côte lui est offerte par le Royaume-Uni. Lors de la signature du traité de Paris de 1814, la question de la possession de Madagascar par les puissances européennes avait été laissée en suspens. Robert T. Farquhar, gouverneur britannique de l’île Maurice, cherche alors l’alliance d’une puissance locale pour contrecarrer les ambitions françaises sur la Grande Île. Ayant compris que le royaume d’Emyrne était seul en mesure de répondre à ses attentes, il envoie des missions auprès de Radama pour le convaincre de prendre possession des principautés de la côte est, alors tenues par des Malato proches de la France et dont l’activité économique principale semble avoir été le commerce des esclaves.
Radama lance ses troupes sur la côte est pour neutraliser la résistance des chefs locaux. Le 23 octobre 1817, il signe avec les émissaires britanniques un accord : en échange de l’abolition du commerce des esclaves avec les Européens, il reçoit une assistance pour moderniser son royaume et se voit reconnu d’avance comme roi de tout Madagascar. Malgré un contretemps lié à l’absence momentanée de Farquhar, dont les engagements n’avaient pas été respectés par son remplaçant, Radama Ier peut ensuite compter sur un soutien britannique durable pour accomplir ses desseins.
Les combats et les actes marquants
Pour répandre l’éducation européenne parmi ses sujets, Radama fait appel aux missionnaires protestants, qui s’installent à Tananarive et ouvrent des écoles, la première débutant ses cours le 8 décembre 1820 au sein même du palais. Il introduit également l’imprimerie et décrète, le 26 mars 1823, les règles d’orthographe de la langue merina en caractères latins. Maîtrisant l’écriture arabico-malgache (sora-be) depuis longtemps et capable de communiquer en français, il participe lui-même directement aux travaux avec les missionnaires. Pour autant, Radama Ier n’adhère jamais à leurs enseignements religieux et, de son vivant, aucun de ses sujets ne se convertit ouvertement au christianisme : il ne recherche auprès des Européens que la diffusion de leurs connaissances profanes.
Le roi fait aussi venir des artisans européens pour ouvrir des écoles professionnelles et n’hésite pas à faire passer lui-même les examens, récompensant les élèves les plus méritants. En une dizaine d’années, le nombre d’élèves scolarisés dépasse 20 000 en Imerina, et plusieurs dizaines d’étudiants sont envoyés poursuivre leurs études à l’île Maurice et au Royaume-Uni.
Sur le plan militaire, les années 1817 à 1820 sont marquées par de lourdes pertes : 25 000 hommes, soit un homme sur trois selon la tradition, lors de la deuxième campagne contre le Menabe. Ce traumatisme pousse Radama à réformer son armée. En 1820, il renouvelle le traité avec les Britanniques et reçoit l’assistance de trois sergents étrangers promus généraux : James Hastie, un Écossais de l’armée des Indes, Brady, un mulâtre de Jamaïque, et Robin, un Français déserteur de la Réunion. Il réduit ses effectifs à 15 000 soldats et instaure un double système de recrutement, le volontariat pour les plus riches, capables d’acheter un fusil et un équipement moderne importé, et la conscription dans certaines provinces, mobilisant jusqu’à la moitié des hommes valides. Une fiscalité nouvelle est instaurée, imposant les civils (borizano) et une taxe annuelle. Des fusils récents datant des guerres de la Révolution et de l’Empire, des canons et des chevaux sont importés. Une hiérarchie en dix grades (voninahitra) et un règlement militaire strict complètent cette modernisation, qui fait de l’armée de Radama la meilleure de l’île jusqu’à l’invasion française.
Grâce à cette force, Radama multiplie les campagnes pour contraindre les autres souverains de l’île à reconnaître son autorité et à cesser de traiter directement avec les puissances extérieures. Seuls échappent à son emprise les Tanala de l’Ikongo, dont le territoire est enclavé dans la forêt, les princes du pays bara et des régions semi-désertiques du sud, ainsi que ceux de l’Ambongo, région peu peuplée et sans grand intérêt stratégique. L’essentiel de Madagascar, et en particulier tous les ports présentant un intérêt, passe ainsi sous le contrôle du royaume d’Emyrne, achevant l’œuvre entreprise par son père. Ces campagnes s’accompagnent d’expéditions contre les chefs de la côte est appartenant à la confédération Betsimisaraka. En juillet 1826, les troupes de Radama poursuivent et tuent le chef de Tintingue, Tsifanin, à la Pointe-à-Larrée, mettant fin à l’un des principaux foyers de résistance de la région.
Ce qu’en disent les historiens
Les circonstances de la mort de Radama Ier restent partagées entre plusieurs versions rapportées par la source : selon les uns, le roi succombe à des infections contractées lors de ses multiples expéditions dans les régions insalubres du littoral ; selon d’autres, son décès serait lié à des excès d’alcool, dans un état de delirium tremens. Il meurt subitement à Antananarivo le 27 juillet 1828, à l’âge de trente-six ans.
La tradition orale est également mobilisée pour évaluer l’ampleur des pertes militaires, notamment le chiffre de 25 000 hommes perdus lors de la campagne contre le Menabe, présenté comme un témoignage transmis plutôt que comme une statistique officielle de l’époque. Ce recours à la tradition illustre la difficulté à documenter précisément certains épisodes du règne, tout en soulignant l’ampleur du traumatisme que cette campagne a représenté pour le royaume.
Radama Ier : repères clés
- Vers 1793 : naissance d’Ilaidama (Laidama) à Ambohimanga.
- 1810 : mort d’Andrianampoinimerina, accession de Radama au trône du royaume d’Emyrne.
- 23 octobre 1817 : signature de l’accord avec le Royaume-Uni, abolition du commerce des esclaves avec les Européens en échange d’une assistance à la modernisation du royaume.
- 8 décembre 1820 : ouverture de la première école missionnaire au sein du palais de Tananarive.
- 1820 : renouvellement du traité anglo-malgache, arrivée des instructeurs militaires Hastie, Brady et Robin.
- 26 mars 1823 : décret fixant l’orthographe de la langue merina en caractères latins.
- Juillet 1826 : mort du chef betsimisaraka Tsifanin à la Pointe-à-Larrée.
- 27 juillet 1828 : mort de Radama Ier à Antananarivo, à l’âge de trente-six ans.
Héritage et mémoire
Le règne de Radama Ier laisse à Madagascar une armée modernisée, considérée comme la meilleure de l’île jusqu’à l’invasion française, ainsi qu’un système éducatif qui, en une décennie, a formé plus de 20 000 élèves en Imerina et envoyé des dizaines d’étudiants se former à l’île Maurice et au Royaume-Uni. L’alliance nouée avec le Royaume-Uni en 1817 a permis au royaume d’Emyrne d’étendre son autorité sur l’essentiel de l’île et de ses ports stratégiques, accomplissant ainsi le projet politique transmis par son père.
À sa mort, c’est Imavo, l’une de ses épouses royales, qui se fait proclamer reine sous le nom de Ranavalona Ire, avec l’aide de plusieurs généraux du royaume, en écartant et même en faisant tuer les autres prétendants au trône. Ce basculement dynastique, survenu immédiatement après la disparition de Radama Ier, ouvre une nouvelle période de l’histoire du royaume de Madagascar, marquée par une rupture avec les orientations diplomatiques et éducatives engagées par son prédécesseur.
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. Retrouvez d’autres portraits de grandes figures de l’histoire africaine sur servafrica.fr.
Sources
- Wikipédia, Radama Ier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Radama_Ier
Médiathèque ServAfrica
Nos vidéos sur l'Afrique
Retrouvez les vidéos ServAfrica sur nos chaînes.
Passer à l'action avec AfriPilot
Préparez votre projet à Madagascar étape par étape : vérifier sa viabilité, estimer revenus et charges avec vos propres hypothèses, réunir les règles du pays.
Ouvrir AfriPilotAller plus loin sur ces pays
Maurice
Outils ServAfrica utiles
Une information vous semble inexacte ? Signaler une erreur

Commentaires et suggestions
Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.