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Archives et histoire Éthiopie

Haïlé Sélassié : le dernier empereur d’Éthiopie et figure du mouvement rastafari

Haïlé Sélassié fut le dernier empereur d'Éthiopie, couronné en 1930 sous le titre de roi des rois. Son règne traversa l'invasion italienne, la Seconde Guerre mondiale et la révolution éthiopienne de 1974, avant sa mort dans des circonstances restées obscures.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 8 min

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Haïlé Sélassié : le dernier empereur d'Éthiopie et figure du mouvement rastafari
Photo d'illustration : Fernando B M / Pexels (licence Pexels)

Haïlé Sélassié fut le dernier empereur d’Éthiopie, régnant de 1930 à 1936 puis de 1941 à 1974 sous le titre de negusse negest, le « roi des rois ». Né Tafari Makonnen, il a traversé l’invasion italienne, la Seconde Guerre mondiale, puis une crise politique et sociale qui a conduit à sa destitution en 1974. Sa figure dépasse les frontières éthiopiennes : elle est centrale pour le mouvement rastafari, qui voit en lui le dirigeant légitime de la Terre. Ce portrait reprend les faits établis par sa biographie, tels que recensés dans sa notice encyclopédique de référence.

Origines et contexte : la jeunesse de Haïlé Sélassié

Tafari Makonnen naît le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, dans la province du Hararghe, à l’est de l’Éthiopie. En guèze, Täfäri signifie « celui qui est redouté » et Mäk w ännen, le nom de son père, signifie « grand, noble ». Son père, le ras Mekonnen Welde Mikaél, est gouverneur du Hararghe ; sa mère, Yeshimebet Ali Abba Jifar, meurt du choléra le 14 mars 1894, alors que Tafari n’a pas encore deux ans. Son père meurt à son tour le 21 mars 1906, lorsque le garçon a quatorze ans. Il est alors confié aux bons soins de l’empereur Ménélik II.

Tafari grandit au moment où le Harar devient une porte ouverte sur l’extérieur, notamment grâce à la construction du chemin de fer qui atteint Dire Dawa en 1902. Dans son entourage se trouve André Jarosseau, évêque capucin français et vicaire apostolique de Harar, qui avait gagné la confiance de son père dès l’installation de celui-ci au Hararghe. En 1906, le « père André » envoie auprès du jeune homme un précepteur d’origine éthiopienne, séminariste catholique à Harar connu sous le nom d’ato Samuel, qui reste à ses côtés pendant dix ans. Tafari y gagne une bonne connaissance du français, langue qu’il avait commencé à apprendre auprès du docteur Joseph Vitalien.

Le 3 août 1911, à dix-neuf ans, Tafari épouse en secondes noces Menen Asfaw, fille du jantirar Asfaw d’Ambassel et petite-fille, par sa mère, du ras Mikaél du Wello. De cette union naissent six enfants : Tenagnework, Asfaw Wossen (futur prince héritier, couronné en exil sous le nom d’Amha Sélassié), Tsehaywork, Zenebework, Makonnen et Sahle Sélassié. Haïlé Sélassié a par ailleurs une fille issue d’un premier mariage, Romanework.

Le parcours vers le trône

Jugé trop jeune en 1906 pour succéder à son père au gouvernorat de Harar, le jeune dejazmach est nommé par l’empereur gouverneur de la province du Selalé et s’installe au palais impérial d’Addis-Abeba pour poursuivre sa formation. Ce séjour lui permet de rencontrer des personnalités politiques et religieuses et de se familiariser avec les affaires de l’État. Après la mort de son frère, le dejazmach Yelma, en octobre 1907, Tafari récupère le gouvernorat de la province du Sidamo, où il se rend effectivement pour exercer son mandat et rendre la justice.

En avril 1909, informé de la grave maladie de Ménélik II, qui devient incapable de parler ou de se mouvoir à partir du 28 octobre 1909, Tafari rentre à Addis-Abeba et se retrouve au cœur des intrigues de succession. C’est finalement le ras bitwaddad Tässäma Nado qui s’impose comme régent plénipotentiaire, ouvrant la voie du trône au petit-fils de Ménélik et cousin de Tafari, ledj Iyasou. Dans ce contexte, Tafari obtient enfin, le 3 mars 1910, le gouvernorat de son père dans le Hararghe, après avoir conclu un pacte avec Iyasou en présence de l’abouna Mattewos, destiné à écarter toute rivalité pour le trône. Le 12 mai 1910, il fait son entrée dans Harar, accueilli par la population et le corps diplomatique. Il entreprend alors de réformer l’administration politique, fiscale et militaire de sa province et d’en moderniser l’économie.

Après la mort du ras bitwäddäd Tässäma, le 10 avril 1911, les rapports entre Tafari et Iyasou se dégradent progressivement. Le prince héritier néglige les affaires de l’empire et affiche des préférences pour l’islam et la population musulmane, cherchant à déstabiliser Tafari au sein de sa province. Le 13 août 1916, Iyasou réassigne Tafari à la province du Kaffa et décide d’assumer lui-même le gouvernorat de Harar. Resté à Addis-Abeba, Tafari assiste à la préparation d’un coup d’État contre son cousin, installé à Harar. Le 27 septembre 1916, lij Iyasou est déposé par une assemblée de nobles, avec l’accord du patriarche de l’Église, accusé de s’être converti à l’islam et d’être apostat. Selon certaines analyses, l’accession de Tafari résulterait aussi d’un soutien des ambassades occidentales, qui venaient de protester contre l’appui non dissimulé d’Iyasou aux empires centraux ; la France et la Grande-Bretagne soutiennent la démarche. La fille de Ménélik II, Zewditou, est proclamée impératrice sous le nom de Zewditou Ire, tandis que Tafari devient prince héritier et régent de la couronne.

Les combats et les actes marquants

En tant que régent, le ras Tafari exerce la réalité du pouvoir durant le règne de Zewditou, malgré les manœuvres de ses partisans. Il résiste en 1928 à une tentative de coup d’État. Il porte le titre de negus du 7 octobre 1928 au 2 avril 1930, date du décès de l’impératrice. Il est couronné empereur, negusä nägäst, le 2 novembre 1930, à la cathédrale Saint-Georges d’Addis-Abeba, sous le nom de Haïlé Sélassié Ier, « puissance de la Trinité ». Il reçoit à cette occasion les titres de roi des rois d’Éthiopie, seigneur des seigneurs, lion conquérant de la tribu de Juda, lumière du Monde, élu de Dieu. Il poursuit la politique de modernisation progressive engagée par Ménélik II.

Le règne de Haïlé Sélassié est ébranlé par l’invasion et l’occupation italienne de l’Éthiopie entre 1935 et 1941. Il n’a jamais reconnu la légitimité de cette annexion, considérant qu’il régnait encore pendant cette période et niant l’administration coloniale italienne. Il retrouve effectivement le trône lorsque son pays est libéré en 1941, à la faveur de la Seconde Guerre mondiale et grâce à la résistance éthiopienne.

Au début des années 1970, son régime est fragilisé par une famine cachée dans la province du Wollo, qui a fait 300 000 morts, ainsi que par une grave crise politique et sociale. Cette crise conduit à la révolution éthiopienne de 1974, qui renverse et déchoit Haïlé Sélassié. Il meurt l’année suivante, le 27 août 1975 à Addis-Abeba, assassiné dans des circonstances restées obscures.

Ce qu’en disent les historiens

Les biographies de Haïlé Sélassié distinguent des faits établis, des traditions dynastiques et des débats encore ouverts. Sur le plan des faits, les dates de son accession au pouvoir, de l’occupation italienne, du retour sur le trône en 1941 et de sa chute en 1974 sont documentées avec précision. La tradition dynastique salomonide, qui fait remonter l’ascendance des empereurs d’Éthiopie aux rois Salomon et David par la reine de Saba, constitue le fondement de la légitimité royale revendiquée par Haïlé Sélassié ; c’est sur cette base que les adeptes du mouvement rastafari le considèrent comme le « dirigeant légitime de la Terre » et comme le Messie.

Un débat historiographique porte sur les circonstances de son accession réelle au pouvoir en 1916 : certaines analyses avancent que le coup d’État contre lij Iyasou aurait bénéficié d’un soutien des ambassades occidentales, la France et la Grande-Bretagne ayant protesté contre l’appui apporté par Iyasou aux empires centraux pendant la Première Guerre mondiale. Un autre point demeure flou : les circonstances exactes de sa mort en 1975, qualifiées d’obscures dans sa biographie, n’ont jamais été totalement élucidées.

Héritage et mémoire

Haïlé Sélassié reste le dernier empereur d’Éthiopie et l’une des figures les plus identifiables de l’histoire africaine du XXe siècle. Sa dépouille repose à la cathédrale de la Sainte-Trinité d’Addis-Abeba. Au-delà de l’Éthiopie, son nom est indissociable du mouvement rastafari, né en Jamaïque, dont les adeptes voient en lui une figure messianique fondée sur l’ascendance salomonienne qu’il revendiquait. Son règne, marqué par la modernisation du pays héritée de Ménélik II, par la résistance à l’occupation italienne et par une chute provoquée par une crise sociale et une famine majeure, continue d’alimenter les lectures contrastées de son action, entre souverain réformateur et dirigeant dépassé par les transformations de son pays.

Repères

  • 23 juillet 1892 : naissance de Tafari Makonnen à Ejersa Goro, province du Hararghe
  • 1906 : mort de son père, le ras Mekonnen
  • 3 août 1911 : mariage avec Menen Asfaw
  • 27 septembre 1916 : destitution de lij Iyasou, Tafari devient prince héritier et régent sous l’impératrice Zewditou
  • 7 octobre 1928 – 2 avril 1930 : Tafari porte le titre de negus
  • 2 novembre 1930 : couronnement comme empereur sous le nom de Haïlé Sélassié Ier
  • 1935-1941 : invasion et occupation italienne de l’Éthiopie
  • 1941 : retour sur le trône après la libération du pays
  • Début des années 1970 : famine du Wollo, environ 300 000 morts, et crise politique et sociale
  • 1974 : renversement et déchéance lors de la révolution éthiopienne
  • 27 août 1975 : mort par assassinat à Addis-Abeba, dans des circonstances restées obscures

Ce qu’il faut retenir de Haïlé Sélassié

Haïlé Sélassié incarne près d’un demi-siècle de l’histoire éthiopienne, entre affirmation d’une souveraineté africaine face à l’occupation italienne et chute provoquée par une crise interne majeure. Son parcours, de la province du Hararghe au trône impérial, puis sa fin tragique en 1975, restent une référence pour comprendre l’histoire politique de l’Éthiopie et l’influence que cette figure a exercée bien au-delà de ses frontières, notamment au sein du mouvement rastafari.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.
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