Guerre Tigré : c’est le mot qui revient depuis la fin du mois de septembre pour décrire une escalade que de nombreux observateurs espéraient ne plus jamais revoir dans la Corne de l’Afrique. Selon Jeune Afrique, la reprise des combats dans le Tigré a été aussi rapide que brutale, intervenant moins d’un mois après quatre années d’une paix précaire signée à Pretoria entre l’Éthiopie et les forces tigréennes. Cette rupture ravive une question qui dépasse largement les frontières éthiopiennes : celle de la rivalité, ancienne et désormais ouverte, entre le président érythréen Issayas Afewerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.
Une escalade rapide et brutale après quatre ans de paix précaire
L’accord de Pretoria avait mis fin, il y a quatre ans, à une guerre dans le Tigré qui avait profondément marqué l’Éthiopie et déstabilisé toute la Corne de l’Afrique. Jeune Afrique décrit cette paix comme « précaire », un équilibre fragile que la reprise des hostilités, fin septembre, a fait voler en éclats en l’espace de quelques semaines. Le média parle d’une « escalade aussi rapide que brutale », signe que les tensions accumulées pendant ces quatre années n’avaient jamais véritablement disparu, malgré l’absence de combats ouverts.
Cette rapidité de la dégradation interroge sur la solidité réelle des accords de paix conclus dans la région ces dernières années. Un cessez-le-feu, même formalisé par un accord international, ne garantit pas que les causes profondes d’un conflit soient réglées. Dans le cas du Tigré, la reprise des combats montre que les équilibres politiques et militaires restaient instables, prêts à se rompre dès que les circonstances politiques évoluaient.
Issayas Afewerki et Abiy Ahmed, d’alliés à rivaux
Au cœur de cette crise se trouve une relation personnelle et politique qui a connu des retournements inédits : celle entre Issayas Afewerki, président de l’Érythrée depuis l’indépendance du pays, et Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien. Jeune Afrique rappelle que les deux hommes ont été, un temps, alliés. C’est en effet ce rapprochement entre Addis-Abeba et Asmara qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019, pour avoir mis fin à vingt ans de conflit frontalier entre les deux pays. Mais cette alliance, selon le média, s’est transformée en une « bataille des ambitions », marquée par des « retournements d’alliances inédits ».
Ce basculement d’une coopération affichée à une rivalité ouverte illustre la fragilité des recompositions diplomatiques dans la région. Une alliance scellée au sommet, entre deux dirigeants, peut se défaire tout aussi vite lorsque les intérêts stratégiques divergent, en particulier lorsque des enjeux territoriaux et militaires entrent en jeu, comme c’est le cas dans le Tigré.
Une guerre des drones aux conséquences civiles
Jeune Afrique évoque une véritable « guerre des drones » qui fait rage dans le ciel du Tigré depuis la reprise des hostilités. Cette dimension aérienne du conflit s’accompagne, selon le média, d’un « lot de victimes civiles collatérales », une formule qui souligne la brutalité de cette nouvelle phase du conflit pour les populations locales, sans qu’un bilan chiffré précis ne soit à ce stade disponible dans les éléments cités par la source.
L’usage de drones dans des conflits régionaux n’est pas propre à ce seul théâtre, mais il change la nature des combats : il permet des frappes à distance, souvent plus difficiles à attribuer avec certitude, et complique la protection des civils dans les zones concernées. Pour les populations du Tigré, qui avaient déjà payé un lourd tribut lors du premier conflit achevé par l’accord de Pretoria, cette reprise des violences ravive des craintes profondes quant à la sécurité des zones habitées.
Des soldats envoyés par Addis-Abeba, signe d’une implication directe
Selon Jeune Afrique, des soldats ont été envoyés par Addis-Abeba dans le cadre de cette reprise des combats. Cette implication directe du gouvernement central éthiopien dans la zone du Tigré confirme que le conflit ne se limite pas à des tensions locales ou à des affrontements entre factions régionales : il engage bien l’État éthiopien lui-même, aux côtés ou face à d’autres acteurs régionaux, dans un contexte où l’Érythrée voisine est également présentée comme partie prenante de l’équation.
Ce déploiement de forces nationales dans une région déjà fragilisée par des années de conflit pose la question de la capacité du pouvoir central éthiopien à stabiliser durablement le Tigré, quatre ans après un accord de paix censé clore ce chapitre. Il interroge également sur le rôle que joue, ou pourrait jouer, l’Érythrée dans cette nouvelle phase, étant donné les antécédents de participation érythréenne au premier conflit tigréen.
Vers une régionalisation du conflit dans la Corne de l’Afrique
Jeune Afrique parle explicitement d’une « régionalisation » du conflit, déjà « bel et bien là » selon le média, à peine un mois après la reprise des combats. Cette formulation suggère que la crise ne reste pas circonscrite au seul territoire éthiopien, mais qu’elle tend à impliquer, directement ou indirectement, des acteurs et des dynamiques dépassant les frontières nationales, à commencer par l’Érythrée voisine, dirigée par Issayas Afewerki.
Pour la région de la Corne de l’Afrique, une telle régionalisation est particulièrement préoccupante. Cette zone a déjà connu, ces dernières années, plusieurs foyers de tension qui ont mobilisé l’attention de la communauté internationale. Un embrasement renouvelé entre l’Éthiopie et l’Érythrée, deux pays aux poids démographique et militaire importants dans la zone, aurait des répercussions qui dépasseraient largement leurs frontières communes, touchant potentiellement la stabilité de l’ensemble de la sous-région.
Pourquoi ce retour de la guerre concerne aussi les lecteurs d’ailleurs
Pour les Africains du continent comme pour la diaspora originaire de cette région, cette actualité n’est pas un simple fait divers géopolitique lointain. Elle concerne directement les familles présentes dans le Tigré et dans les zones frontalières, les personnes qui envisageaient un déplacement ou un retour dans la région, ainsi que tous ceux qui suivent de près l’évolution politique de la Corne de l’Afrique. Pour les voyageurs et les professionnels amenés à se rendre en Éthiopie ou en Érythrée, une telle reprise des hostilités impose une vigilance accrue et un suivi régulier des informations officielles avant tout déplacement dans ou à proximité des zones concernées.
Plus largement, cette crise rappelle à quel point les équilibres diplomatiques en Afrique de l’Est restent sensibles aux rapports de force personnels entre dirigeants. La relation entre Issayas Afewerki et Abiy Ahmed, saluée internationalement il y a quelques années, montre aujourd’hui ses limites : une paix construite autour d’une entente entre deux hommes peut s’avérer plus fragile qu’un règlement structurel des causes profondes d’un conflit.
Ce qu’il faut retenir de ce retour de la guerre
Moins d’un mois après la reprise des combats dans le Tigré, la paix signée à Pretoria il y a quatre ans entre l’Éthiopie et les forces tigréennes apparaît aujourd’hui fragilisée. La relation entre Issayas Afewerki et Abiy Ahmed, passée d’une alliance saluée par un prix Nobel de la paix à une rivalité ouverte, est au cœur de cette nouvelle phase de tensions. Une guerre des drones fait des victimes civiles, des soldats ont été envoyés par Addis-Abeba, et Jeune Afrique évoque déjà une régionalisation du conflit dans la Corne de l’Afrique. Cette situation appelle à suivre avec attention les développements à venir, en s’appuyant sur des sources fiables, avant toute conclusion définitive sur l’ampleur et l’issue de cette crise.
Sources
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. servafrica.fr
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