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Politique & société Maroc

Fatima El Mansouri, première femme Première ministre du Maroc, entre palais, religieux et féministes

Fatima El Mansouri a été nommée par le roi Mohammed VI première femme Première ministre du Maroc, une décision saluée par une partie de la jeunesse mais contestée par des voix conservatrices, alors que les réformes du droit de la famille restent attendues.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

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Fatima El Mansouri, première femme Première ministre du Maroc, entre palais, religieux et féministes
Photo : Anfas Press / Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0

Fatima El Mansouri est devenue la première femme Première ministre de l’histoire du Maroc, une nomination royale qui a immédiatement suscité des réactions contrastées dans le pays, entre satisfaction d’une partie de la jeunesse et réserves exprimées par des voix religieuses et conservatrices. Agée de 50 ans, elle a présenté sa nomination comme une étape importante pour les femmes marocaines, selon les informations rapportées par BBC News Afrique.

Sa désignation intervient après que son parti, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), a remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections législatives de septembre 2026. Depuis ce scrutin, le PAM a annoncé une coalition avec trois autres partis, qui détiennent ensemble 207 des 395 sièges du Parlement marocain. Cette majorité donne à la nouvelle Première ministre une base institutionnelle solide pour conduire son gouvernement, même si le véritable centre du pouvoir reste ailleurs.

Fatima El Mansouri face aux limites du pouvoir exécutif

Le Maroc fonctionne en effet comme une monarchie constitutionnelle, mais le pouvoir exécutif reste entre les mains du monarque, le roi Mohammed VI, âgé de 63 ans. La nomination de Fatima El Mansouri, aussi symbolique soit-elle, s’inscrit donc dans un cadre où les grandes orientations politiques continuent de relever de l’autorité royale. C’est précisément cette architecture institutionnelle qui alimente une partie du débat actuel : certains Marocains ont accepté la nomination d’une femme à ce poste non pas comme une évolution des mentalités, mais parce qu’il s’agissait, selon eux, d’une décision émanant directement du roi.

Cette distinction entre acceptation de la décision royale et adhésion au principe d’une femme à la tête du gouvernement traverse une grande partie des réactions recueillies dans la rue, illustrant la complexité du moment politique que traverse le pays.

Des réticences religieuses et conservatrices assumées

Dès le début du mois, un ancien ministre de la Justice d’un gouvernement dirigé par des islamistes, Mustafa Ramid, a relancé publiquement le débat sur la légitimité d’une femme à occuper la plus haute fonction gouvernementale. Dans une longue publication sur Facebook, il a cité un adage islamique selon lequel un peuple qui confie ses affaires à une femme ne réussira jamais, s’interrogeant ouvertement sur la pertinence de cette nomination.

Il a par ailleurs fait valoir que le Maroc, pays à majorité musulmane, aurait trouvé un équilibre entre l’égalité des sexes et les responsabilités du pouvoir étatique, en réservant la plus haute fonction du pays, celle de roi, aux hommes. Ce type de prise de position publique s’inscrit dans un contexte juridique particulier : au Maroc, toute critique de la monarchie comporte des risques juridiques, le code pénal érigeant en infraction certaines formes d’offense ou d’insulte envers le roi, la famille royale et la monarchie elle-même. Le débat autour de Fatima El Mansouri s’est donc concentré sur sa personne et sa fonction de Première ministre, plutôt que sur l’institution monarchique qui l’a nommée.

Entre satire en ligne et soutien de la jeunesse

Le lendemain de sa nomination, la chaîne de télévision locale Chouf TV est allée à la rencontre d’hommes marocains dans la rue pour recueillir leurs réactions à l’idée d’une femme à la tête du gouvernement. Plusieurs d’entre eux, pour la plupart d’âge mûr ou plus âgés, ont hésité avant de répondre. Certains ont indiqué accepter la décision uniquement parce qu’elle émanait du roi. Un homme aux cheveux gris, qui n’a pas donné son nom ni son âge, a résumé ce malaise en déclarant trouver étrange d’avoir une femme à la tête du gouvernement et ne pas être sûr d’être à l’aise avec cette situation.

Sur internet, la nomination a également alimenté la satire politique. Une vidéo montrant deux femmes se tirant les cheveux a été largement partagée, accompagnée de légendes suggérant que c’est à cela que pourraient ressembler de futurs désaccords parlementaires impliquant Fatima El Mansouri et ses collègues. À l’inverse, de nombreux jeunes Marocains, et en particulier des femmes, ont salué sa nomination comme une avancée. Ce contraste générationnel illustre une société marocaine où les mentalités évoluent progressivement, sans que les opinions conservatrices et religieuses perdent pour autant leur poids dans le débat public.

Le droit de la famille, terrain d’attente pour les femmes marocaines

Au-delà du symbole, certains des débats les plus controversés du pays sur l’égalité des sexes concernent le droit de la famille, notamment l’héritage, le mariage et le divorce. Selon les règles successorales actuelles, une fille reçoit généralement la moitié de la part d’un fils dans des circonstances comparables. Le Conseil supérieur des oulémas, organe des érudits religieux du pays, a jusqu’à présent résisté aux appels en faveur de l’égalité successorale, en invoquant la jurisprudence islamique.

Ce même conseil a également rejeté les propositions visant à abolir le taasib, une règle qui peut obliger des orphelines sans frères à partager leur héritage avec des parents masculins, même éloignés. Dans un rapport publié en 2022, le Conseil national des droits de l’homme du Maroc, cité par BBC News Afrique, a affirmé que ces règles successorales inégales contribuaient à la pauvreté des femmes.

La polygamie reste par ailleurs légale sous certaines conditions au Maroc. Des modifications proposées au code de la famille prévoient notamment la possibilité pour les femmes de stipuler, dans leur contrat de mariage, que leurs maris ne peuvent prendre une autre épouse. Des exceptions subsistent toutefois, notamment des dispositions relatives à l’infertilité ou à la maladie de la première épouse, des dispositions que les groupes de défense des droits des femmes ont critiquées pour des raisons de respect de la vie privée et de confidentialité médicale.

La Moudawana, dossier en suspens

L’ensemble de ces questions est au cœur des propositions de réforme de la Moudawana, le code de la famille marocain, qui régit le mariage, le divorce et la garde des enfants. Un ensemble de changements a été annoncé en 2024, mais ces réformes n’ont pas encore été adoptées à ce jour. C’est précisément sur ce dossier que se concentrent les attentes de nombreuses jeunes femmes marocaines à l’égard du nouveau gouvernement, au-delà de la portée symbolique de la nomination de Fatima El Mansouri.

Ce qu’il faut retenir de la nomination de Fatima El Mansouri

La désignation de Fatima El Mansouri au poste de Première ministre constitue une première dans l’histoire politique du Maroc, rendue possible par la victoire électorale du PAM et la coalition qu’il a formée au Parlement. Mais cette avancée institutionnelle se heurte à des résistances culturelles et religieuses persistantes, exprimées publiquement par certaines figures politiques et relayées dans le débat public. Le véritable test de cette nomination se jouera probablement sur des dossiers concrets, à commencer par la réforme attendue de la Moudawana, qui touche directement à l’héritage, au mariage et à la place des femmes dans la société marocaine.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. servafrica.fr

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