Exode Ghana : c’est le mot qui revient pour decrire un mouvement de fond observe ces derniers mois chez une partie de la jeunesse du Ghana. Confrontes a des difficultes persistantes pour trouver un emploi stable dans leur pays, un nombre croissant de jeunes Ghaneens se tournent vers le Golfe, et en particulier vers l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Qatar, plutot que vers l’Europe, longtemps consideree comme la destination privilegiee des candidats au depart. Ces pays du Golfe sont presentes comme plus accessibles, mais le parcours vers ces destinations passe souvent par des reseaux geres par des trafiquants et des agences de recrutement douteuses, selon une enquete publiee par Jeune Afrique a partir d’un reportage de The Africa Report.
Exode Ghana : un phenomene qui s’accelere vers le Golfe
Le constat dresse par le journaliste Kent Mensah, dont le reportage a ete repris par Jeune Afrique, est celui d’une acceleration. De plus en plus de jeunes du Ghana jettent leur devolu sur l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Qatar pour tenter d’echapper au chomage qui frappe une partie de la jeunesse ghaneenne. Ce choix s’explique en partie par la facilite relative d’acces a ces pays du Golfe, comparee aux demarches souvent longues, couteuses et incertaines pour rejoindre l’Europe. Mais cette accessibilite a un revers: le parcours migratoire est frequemment organise par des intermediaires peu regardants sur la legalite ou la transparence de leurs pratiques, qu’il s’agisse de trafiquants ou d’agences de recrutement dont le fonctionnement reste flou.
Le parcours de Francis Agyepong, instituteur candidat au depart
Pour illustrer ce phenomene, le reportage s’appuie sur le cas de Francis Agyepong, un instituteur ghaneen de 35 ans. Pour financer son depart vers l’Arabie saoudite, il a emprunte 2 500 dollars et puise 1 000 dollars dans ses economies, avec l’aide de son frere. Au moment ou il s’apprete a partir, Francis Agyepong ne sait pas precisement ce qui l’attend une fois sur place. En revanche, il sait tres bien ce qu’il laisse derriere lui: une dette qu’il devra rembourser dans un delai de trois mois seulement. Cette echeance tres courte donne la mesure de la pression financiere qui pese sur les candidats au depart des le premier jour de leur projet migratoire. Elle montre aussi a quel point ce type de parcours repose sur un pari: un emploi que la personne n’a pas encore, et des revenus qu’elle espere mais qui restent, a ce stade, hypothetiques.
Ce cas individuel n’est pas isole. Il traduit une logique plus large: pour une partie de la jeunesse ghaneenne, s’endetter pour partir travailler a l’etranger apparait comme une option plus rapide, et parfois plus accessible, que de continuer a chercher un emploi localement sans perspective claire. Le recours a l’emprunt, y compris aupres de proches, pour financer un depart vers le Golfe, souligne a quel point la pression economique peut pousser des profils qualifies, comme celui d’un instituteur, a envisager une reconversion professionnelle a l’etranger, souvent dans des secteurs tres eloignes de leur formation initiale.
Pourquoi le Golfe attire desormais plus que l’Europe
Le reportage souligne que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar sont percus comme des destinations plus accessibles que l’Europe pour les candidats au depart ghaneens. Cette perception d’accessibilite tient notamment a des procedures jugees moins complexes que les demarches de visa europeennes, meme si le texte source ne detaille pas precisement les mecanismes administratifs en jeu. Ce qui ressort clairement, en revanche, c’est que cette accessibilite relative ne garantit pas pour autant un parcours securise: le texte insiste sur le fait que ces trajets sont souvent organises par des trafiquants et des agences de recrutement dont les pratiques laissent a desirer.
La photo qui accompagne l’enquete, prise au marche de Kantamanto, a Accra, un marche connu pour le commerce de vetements d’occasion importes, rappelle en filigrane le contexte economique dans lequel s’inscrit ce choix migratoire: une economie locale ou l’informel occupe une place importante, et ou de nombreux jeunes cherchent des alternatives pour ameliorer leur situation.
Des reseaux de recrutement pas toujours fiables
Le point le plus preoccupant souleve par l’enquete concerne la nature des intermediaires qui organisent ces departs. Selon Jeune Afrique, les trajets vers le Golfe sont souvent geres par des trafiquants et des agences de recrutement douteuses. Cette formulation, volontairement prudente, indique que tous les intermediaires ne respectent pas les regles, sans pour autant affirmer que l’ensemble du secteur du recrutement vers le Golfe serait illegal. Elle invite toutefois a une vigilance particuliere pour toute personne envisageant ce type de depart.
Le cas de Francis Agyepong illustre bien le niveau de risque financier pris par les candidats au depart: une dette a rembourser en trois mois, pour un emploi qui n’est pas encore garanti. Ce type de montage financier, ou l’emprunt precede l’obtention effective du poste, est precisement le terrain sur lequel prosperent les abus signales par le reportage: pression sur des personnes endettees, promesses non tenues, conditions de travail ou de remuneration differentes de celles annoncees au depart.
Comment se proteger face a ce type de parcours
Sans se substituer a un conseil juridique ou administratif personnalise, plusieurs reflexes de prudence generaux peuvent etre rappeles a toute personne envisageant un depart vers le Golfe dans le cadre d’une offre d’emploi transmise par un intermediaire:
- Verifier aupres des autorites competentes, notamment les services consulaires ou les ministeres en charge du travail et des affaires etrangeres, si l’agence de recrutement est officiellement enregistree et autorisee a operer.
- Exiger un contrat de travail ecrit, lisible et detaille, precisant le salaire, les conditions de logement, la duree du contrat et les conditions de rupture, avant d’engager le moindre frais.
- Se mefier de toute demande de paiement important avant le depart, en particulier lorsque le poste promis n’est pas confirme par un document officiel verifiable.
- Prendre contact, avant le depart, avec l’ambassade ou le consulat du pays de destination pour connaitre les demarches officielles de recrutement et les points de vigilance connus.
- Mesurer, au moment d’emprunter pour financer un depart, le risque financier reel en cas de retard ou d’echec du projet, notamment lorsque l’emprunt doit etre rembourse dans un delai tres court.
Ces precautions ne garantissent pas l’absence totale de risque, mais elles permettent de limiter l’exposition a des pratiques abusives, en particulier lorsque le projet de depart repose, comme dans le cas de Francis Agyepong, sur un emprunt important contracte avant meme l’obtention confirmee d’un emploi.
Ce qu’il faut retenir de cet exode vers le Golfe
L’exode Ghana vers le Golfe, tel que decrit par Jeune Afrique a partir du reportage de The Africa Report, met en lumiere une tendance de fond: face au chomage, une partie de la jeunesse ghaneenne se tourne vers l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Qatar, des destinations jugees plus accessibles que l’Europe. Mais ce choix s’accompagne de risques reels, lies a des reseaux de trafiquants et a des agences de recrutement dont les pratiques ne sont pas toujours transparentes. Le parcours de Francis Agyepong, qui s’est endette pour un emploi encore incertain, illustre le pari financier et humain que represente ce type de depart. Pour les lecteurs de ServAfrica interesses par les dynamiques migratoires et economiques du continent, ce dossier rappelle l’importance d’une information fiable avant tout projet de depart a l’etranger.
Sources
- Jeune Afrique, Face au chomage, l’exode des jeunes Ghaneens vers le Golfe s’accelere
- Kent Mensah, The Africa Report, cite par Jeune Afrique
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