Cacao Côte d’Ivoire Ghana : l’association nouée en 2018 entre Abidjan et Accra pour peser ensemble sur le marché mondial de l’or brun montre aujourd’hui des signes d’essoufflement. Ce tandem, qui réunit le premier et le deuxième producteurs mondiaux de cacao, se retrouve sous pression au moment où les deux pays doivent renforcer la traçabilité de leurs fèves pour continuer à exporter vers l’Europe.
Fin septembre, c’est la ville portuaire de Tema, au Ghana, qui a accueilli une rencontre internationale consacrée à la mise en œuvre de l’ARS-1000, une nouvelle norme africaine applicable à l’exportation des fèves de cacao vers le marché européen. Cette initiative est portée conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux géants mondiaux de la production cacaoyère.
Qu’est-ce que la norme ARS-1000 pour le cacao Côte d’Ivoire Ghana
L’ARS-1000 est présentée comme la réponse conjointe des deux producteurs à une échéance réglementaire européenne qui doit entrer en vigueur le 31 décembre prochain. Concrètement, Abidjan et Accra cherchent à harmoniser leurs standards de traçabilité pour que les fèves produites sur leur sol puissent continuer à franchir sans encombre les frontières du marché européen, qui demeure l’un des principaux débouchés du cacao africain.
Cette norme s’inscrit dans un contexte où les exigences de traçabilité imposées aux produits agricoles exportés vers l’Union européenne se durcissent. Pour les filières cacaoyères ivoirienne et ghanéenne, qui alimentent à elles deux une très large part de la production mondiale, l’enjeu n’est pas seulement technique : il conditionne l’accès continu à des marchés d’exportation essentiels pour les économies des deux pays.
Une alliance scellée en 2018 entre Abidjan et Accra
L’association entre la Côte d’Ivoire et le Ghana sur le dossier cacao a été nouée en 2018. L’objectif affiché à l’époque était clair : en unissant leurs forces, les deux pays, qui concentrent à eux seuls l’essentiel de l’offre mondiale de fèves, espéraient peser davantage sur la formation des prix et les conditions de commercialisation du cacao à l’échelle internationale.
Près de huit ans après sa création, ce tandem montre pourtant des signes de fragilité. Si les deux pays continuent de coordonner certaines initiatives, comme la mise en place de l’ARS-1000, les tensions entre leurs intérêts respectifs semblent désormais plus visibles, au moment précis où la pression internationale sur la traçabilité des fèves s’intensifie.
Une filière cacao ivoirienne déjà sous tension
Le contexte dans lequel se joue cette fragilisation de l’alliance n’est pas anodin. La Côte d’Ivoire a produit plus de 2 millions de tonnes de fèves de cacao au cours de la campagne 2025-2026, confirmant son rang de premier producteur mondial. Mais cette production record s’accompagne de difficultés structurelles pour la filière.
Abidjan a ainsi dû gérer, au cours des derniers mois, plusieurs épisodes de tension sur sa filière cacao. L’État ivoirien a engagé 280 milliards de francs CFA pour racheter des stocks de cacao bloqués dans les entrepôts des coopératives, une intervention publique inédite destinée à tourner la page d’une crise liée à des stocks invendus. Dans la foulée, la Côte d’Ivoire a également lancé une saison de commercialisation test, marquée par un nouveau calendrier, des tensions persistantes liées aux invendus, des phénomènes de spéculation et des problèmes de contrebande transfrontalière.
Ces difficultés ne sont pas propres à la Côte d’Ivoire. Au Cameroun, autre producteur important du continent, la production, la transformation locale et les exportations de cacao ont toutes été orientées à la baisse lors de la dernière campagne, après que la majorité des quelque 400 000 cultivateurs camerounais a choisi de conserver ses stocks dans l’espoir d’une remontée des cours. Ce comportement des producteurs, observé à plusieurs échelles du continent, illustre les incertitudes qui pèsent sur l’ensemble du secteur cacaoyer africain.
Pourquoi cette fragilisation inquiète les acteurs de la filière
Dans ce contexte déjà tendu pour les producteurs, l’essoufflement de l’alliance entre la Côte d’Ivoire et le Ghana prend une dimension particulière. Les deux pays doivent en effet avancer de concert sur la mise en œuvre de la norme ARS-1000 pour que leurs fèves continuent d’accéder sans obstacle au marché européen après le 31 décembre. Une coordination défaillante entre Abidjan et Accra sur ce dossier de traçabilité pourrait fragiliser la position de négociation des deux pays face à leurs partenaires commerciaux internationaux, à un moment où les volumes et les stocks sont déjà sous surveillance.
Pour les professionnels de la filière, qu’il s’agisse des coopératives, des exportateurs ou des acteurs de la transformation locale, la solidité de cette alliance conditionne en partie la capacité des deux pays à défendre des conditions commerciales favorables. Le cacao demeure un pilier économique majeur pour la Côte d’Ivoire comme pour le Ghana, et toute incertitude sur la coordination entre les deux premiers producteurs mondiaux a des répercussions potentielles sur l’ensemble de la chaîne, des planteurs jusqu’aux marchés d’exportation.
Ce qu’il faut retenir de cette fragilisation du tandem cacaoyer
L’alliance nouée en 2018 entre la Côte d’Ivoire et le Ghana pour peser sur le marché mondial du cacao traverse une phase de fragilité, alors même que les deux pays doivent coordonner leurs efforts pour répondre à une échéance réglementaire européenne fixée au 31 décembre. La rencontre de Tema, fin septembre, autour de la norme ARS-1000, a mis en évidence l’ampleur de ce défi commun. Dans le même temps, la filière cacaoyère ivoirienne continue de composer avec les suites d’une crise des stocks ayant nécessité une intervention publique de 280 milliards de francs CFA, tandis que d’autres producteurs du continent, comme le Cameroun, font face à des difficultés similaires. L’évolution de cette alliance entre Abidjan et Accra mérite d’être suivie de près dans les prochains mois, tant elle conditionne la capacité des deux pays à défendre leurs intérêts sur un marché mondial du cacao en pleine mutation réglementaire.
Sources
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