Agoa Afrique du Sud : c’est l’expression qui résume l’inquiétude exprimée ce lundi 19 octobre par le président sud-africain Cyril Ramaphosa. Lors d’un briefing, il a déclaré que son pays devait se préparer à une possible exclusion de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), l’accord commercial préférentiel qui lie les États-Unis à la plupart des pays africains. Cette annonce intervient alors que les relations entre Pretoria et Washington restent marquées par des tensions persistantes.
Agoa Afrique du Sud : ce qu’a dit Cyril Ramaphosa
Répondant à une question d’un journaliste de l’AFP, Cyril Ramaphosa a tenu des propos mesurés mais clairs sur l’incertitude qui plane sur l’avenir commercial de son pays. Il a expliqué : « Le Congrès a décidé que nous devions rester dans l’Agoa, la décision finale revient désormais au pouvoir exécutif. On verra bien, mais nous sommes en discussions avec eux. Au passage, afin de préparer les Sud-Africains à cette éventualité, au cas où ça arriverait, nous ne serions pas le premier pays à être exclu de l’Agoa, et je pense que nous ne serons pas le dernier. »
Le chef de l’État a ajouté que le gouvernement devait désormais anticiper les répercussions d’une telle décision et identifier des alternatives commerciales. Il a reconnu qu’une exclusion « serait dévastatrice » pour l’Afrique du Sud, « compte tenu du nombre d’emplois en jeu », tout en assurant que son gouvernement continuerait à « œuvrer pour tirer le meilleur parti de ses relations commerciales avec différentes régions du monde ».
Comment fonctionne l’Agoa et pourquoi la décision n’est pas encore prise
L’Agoa est un dispositif américain qui accorde des avantages commerciaux aux pays africains exportant vers les États-Unis. Il a été renouvelé en septembre dernier par le Congrès américain, et l’Afrique du Sud en est le premier bénéficiaire. Cet accord n’annule toutefois pas les nouvelles surtaxes douanières mises en place par l’administration Trump, mais il permet d’en exempter certains produits.
Selon les règles en vigueur, le président américain réexamine chaque année l’éligibilité de chaque pays à l’Agoa. Un préavis de 60 jours doit être notifié au Congrès et au pays concerné avant toute exclusion. Pour qu’un pays soit exclu avant le 1er janvier de la nouvelle année, l’annonce doit intervenir avant le 2 novembre. Ce calendrier explique l’urgence avec laquelle Cyril Ramaphosa aborde désormais le sujet.
Un précédent existe : le 30 octobre 2023, l’ancien président américain Joe Biden avait déclaré quatre pays inéligibles à l’Agoa, à savoir la République centrafricaine, le Gabon, le Niger et l’Ouganda. Cette décision avait pris effet le 1er janvier 2024, illustrant la rapidité avec laquelle une exclusion peut être mise en œuvre une fois l’annonce faite.
Des tensions diplomatiques en toile de fond
La situation actuelle s’inscrit dans un climat de défiance entre les deux pays. Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump accuse Pretoria, sans fondement selon les éléments rapportés, de « persécutions » contre les Afrikaners, descendants des colons européens. Mi-septembre, Washington a annoncé des restrictions de visa contre des responsables sud-africains.
Dans ce contexte, les États-Unis ont par ailleurs accueilli, au 30 septembre, 16 287 Sud-Africains en un an dans le cadre d’un programme de relocalisation. Hormis cinq ressortissants afghans, ces Sud-Africains sont les seules personnes à avoir reçu un statut de réfugié de la part de Washington sur cette période, un chiffre révélateur de l’ampleur particulière accordée à ce dossier par l’administration américaine.
Agoa Afrique du Sud : des secteurs économiques entiers sous tension
Les conséquences d’une éventuelle exclusion ne seraient pas anodines pour l’économie sud-africaine. Les secteurs automobile et agricole, notamment la filière des agrumes, sont particulièrement exposés aux effets de l’Agoa. Selon les chiffres de l’organisation patronale du secteur automobile sud-africain, la Naamsa, cités par Africa Radio, 86 000 emplois étaient directement liés à l’Agoa dans l’industrie automobile en 2025, un chiffre qui grimpe à 125 000 si l’on inclut les sous-traitants.
Ces données donnent la mesure de l’enjeu social et économique que représente ce dossier pour l’Afrique du Sud. Une exclusion toucherait non seulement les entreprises exportatrices, mais aussi l’ensemble des chaînes de valeur qui dépendent de cet accès privilégié au marché américain.
Ce qu’il faut retenir de ce dossier
Le renouvellement de l’Agoa par le Congrès américain en septembre ne garantit donc pas le maintien de l’Afrique du Sud dans le dispositif, la décision finale appartenant à l’exécutif américain. Entre le calendrier serré imposé par la procédure de notification, les tensions diplomatiques persistantes autour de la question des Afrikaners, et les emplois en jeu dans des secteurs clés comme l’automobile et l’agriculture, Pretoria se retrouve dans une position d’attente qui pèse directement sur son économie. Cyril Ramaphosa a choisi d’anticiper publiquement ce scénario, tout en indiquant que son gouvernement chercherait des alternatives commerciales en cas d’exclusion effective.
Sources
- Africa Radio – Etats-Unis. L’Afrique du Sud se prépare à une possible exclusion de l’accord commercial Agoa
- Naamsa, citée par Africa Radio
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