
Sommet quadripartite : Égypte, Soudan, Érythrée et Somalie rejettent les mesures unilatérales sur l’eau
Sommet quadripartite : c’est dans la ville côtière égyptienne d’El Alamein que s’est tenue, dimanche, une rencontre réunissant l’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie. À l’issue de cette réunion, les quatre pays ont publié une déclaration commune, dite déclaration d’El Alamein, rejetant toute mesure unilatérale portant atteinte aux droits de l’Égypte et du Soudan sur leurs ressources en eau. Cette prise de position s’inscrit dans le différend qui oppose depuis plusieurs années l’Égypte et le Soudan à l’Éthiopie au sujet du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, un ouvrage construit sur le Nil bleu qui cristallise les tensions régionales autour du partage des eaux du fleuve.
Au-delà de la question hydrique, les dirigeants réunis ont également affiché un front commun contre toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures des pays de la région, « sous quelque prétexte que ce soit », selon les termes de la déclaration commune publiée à l’issue de la rencontre.
Sommet quadripartite à El Alamein : un message commun sur l’eau et la souveraineté
Le choix d’El Alamein, ville côtière égyptienne, pour accueillir ce sommet n’est pas anodin : il permet de réunir dans un cadre solennel des pays directement concernés par les dossiers abordés, à commencer par l’Égypte et le Soudan, tous deux riverains du Nil et parties prenantes du différend avec l’Éthiopie sur le Grand barrage de la Renaissance. La présence de l’Érythrée et de la Somalie élargit la portée du sommet à des enjeux de stabilité régionale dans la Corne de l’Afrique.
La déclaration commune d’El Alamein formule un rejet explicite de « toute mesure unilatérale » qui affecterait les droits de l’Égypte et du Soudan sur l’eau. Cette formulation vise directement le contexte du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, un projet hydroélectrique construit par l’Éthiopie sur le Nil bleu, qui alimente depuis sa conception des tensions diplomatiques avec Le Caire et Khartoum. Ces deux pays considèrent que tout remplissage ou toute exploitation du barrage décidée sans accord préalable constitue une atteinte à leurs droits historiques sur les eaux du fleuve, dont dépendent largement leur agriculture, leur approvisionnement en eau potable et leur production d’électricité.
Le différend autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne
Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne est au cœur des tensions évoquées lors de ce sommet. L’Égypte et le Soudan réclament de longue date un accord contraignant encadrant le remplissage et l’exploitation du barrage, afin de garantir que leurs besoins en eau ne soient pas affectés par les décisions prises unilatéralement par Addis-Abeba. En réaffirmant leur rejet de « toute mesure unilatérale », les signataires de la déclaration d’El Alamein envoient un signal clair : pour Le Caire et Khartoum, la question du Nil ne saurait être tranchée sans concertation régionale.
Soutien à la souveraineté du Soudan et rejet de toute entité parallèle
La déclaration commune consacre une partie importante à la situation intérieure du Soudan, pays confronté à une crise politique et sécuritaire prolongée. Les quatre pays réaffirment leur soutien à la souveraineté du Soudan, à son intégrité territoriale et à ses institutions. Ils rejettent explicitement « la création de toute entité parallèle », une formule qui renvoie aux tentatives de structuration d’autorités concurrentes à celles reconnues par la communauté internationale.
La déclaration appelle également à la reprise d’un processus politique « dirigé et porté par les Soudanais », insistant sur la nécessité de soutenir les institutions nationales existantes plutôt que des structures parallèles. Les signataires rejettent par ailleurs tout soutien aux mercenaires, une mention qui souligne les préoccupations des quatre pays face à l’implication d’acteurs armés extérieurs dans les dynamiques de conflit sur le territoire soudanais.
Unité de la Somalie et rejet de toute reconnaissance du « Somaliland »
Le sommet a également abordé la situation de la Somalie, dont l’unité et la souveraineté ont été réaffirmées par les quatre pays signataires. La déclaration rejette toute ingérence visant l’intégrité territoriale ou la souveraineté somalienne. Point notable, les signataires rejettent explicitement toute reconnaissance ou tout soutien au « soi-disant Somaliland », une région du nord de la Somalie qui a proclamé son indépendance de façon unilatérale mais qui n’est reconnue par aucun État membre des Nations unies.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où certains acteurs internationaux ont, ces dernières années, entretenu des relations renforcées avec les autorités du Somaliland, suscitant l’inquiétude de Mogadiscio et de ses partenaires régionaux quant à un éventuel glissement vers une reconnaissance de facto. En réaffirmant leur attachement à l’unité somalienne, l’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie elle-même consolident un front diplomatique commun sur ce dossier sensible.
Pourquoi ce sommet compte pour la région
Ce sommet quadripartite illustre la manière dont les questions de l’eau, de la souveraineté et de la stabilité politique sont étroitement imbriquées dans la Corne de l’Afrique et le bassin du Nil. Pour l’Égypte, pays dont la quasi-totalité des ressources en eau douce provient du Nil, toute évolution dans la gestion du fleuve en amont a des répercussions directes sur l’agriculture, l’approvisionnement des villes et la sécurité alimentaire. Le Soudan, également riverain du fleuve, partage des préoccupations similaires, tout en traversant une période de fragilité institutionnelle qui rend d’autant plus sensible la question du soutien international à ses institutions reconnues.
Pour l’Érythrée et la Somalie, la participation à ce sommet traduit une volonté de peser collectivement sur des dossiers régionaux qui dépassent les frontières d’un seul État : la stabilité du Soudan et le respect de l’intégrité territoriale somalienne concernent l’ensemble des pays riverains de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique. En rejetant conjointement les ingérences extérieures « sous quelque prétexte que ce soit », les quatre signataires affichent une volonté de défendre un principe de souveraineté partagé, applicable aussi bien aux ressources naturelles qu’aux équilibres politiques internes.
Pour les lecteurs attentifs à l’actualité du continent, qu’ils vivent en Afrique ou dans la diaspora, ce type de déclaration commune mérite d’être suivi dans la durée : les positions de principe affichées à El Alamein devront désormais se traduire, ou non, par des avancées concrètes sur les dossiers évoqués, qu’il s’agisse des négociations sur le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, du processus politique soudanais ou de la question du Somaliland.
Ce qu’il faut retenir de ce sommet quadripartite
Le sommet d’El Alamein a permis à l’Égypte, au Soudan, à l’Érythrée et à la Somalie d’afficher une position commune sur trois dossiers majeurs : le rejet des mesures unilatérales affectant les droits sur l’eau du Nil, le soutien à la souveraineté et aux institutions du Soudan face à toute entité parallèle, et la défense de l’unité somalienne face aux velléités de reconnaissance du Somaliland. La déclaration commune publiée à l’issue de la rencontre ne constitue pas un accord contraignant, mais elle fixe un cadre politique que les quatre pays entendent faire valoir dans leurs relations avec les autres acteurs de la région et de la communauté internationale.
Pour suivre l’évolution de ces dossiers diplomatiques qui touchent directement l’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie, servafrica.fr continuera de couvrir les développements du bassin du Nil et de la Corne de l’Afrique.
Sources
- Anadolu Ajansı, Sommet quadripartite en Égypte: rejet des «mesures unilatérales» affectant les droits de l’Égypte et du Soudan sur l’eau
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.