
Mansa Moussa et l’empire du Mali : l’or, le pèlerinage de 1324 et la naissance d’une légende
Au XIVe siècle, un souverain ouest-africain traverse le Sahara pour se rendre à La Mecque et laisse au Caire un souvenir durable de sa générosité en or. Derrière la figure de Mansa Moussa se dessine l’histoire d’un empire, le Mali, qui a dominé pendant près de deux siècles le commerce de l’or et du sel entre l’Afrique de l’Ouest et la Méditerranée.
Des rives du haut Niger à un empire
L’empire du Mali est né dans le pays mandingue, sur le cours supérieur du Niger. Selon l’Encyclopaedia Britannica, il s’est développé à partir du petit royaume de Kangaba, dont la fondation remonterait à une date antérieure à l’an 1000. Son véritable essor commence au XIIIe siècle avec Soundiata Keïta. Vers 1230 selon Britannica (les historiens proposent des dates voisines, souvent autour de 1235), Soundiata remporte une victoire décisive sur Soumaoro Kanté, roi du Sosso, qui dominait alors la région. La tradition orale des griots, transmise de génération en génération, fait de cette victoire l’acte fondateur de l’empire.
Le souverain porte le titre de mansa, que l’on traduit généralement par « roi » ou « empereur ». Après Soundiata, plusieurs mansas étendent le territoire vers l’ouest et vers le nord, en direction des routes caravanières du Sahara.
L’or, le sel et les villes du Sahel
La puissance du Mali repose d’abord sur le commerce. Les armées impériales contrôlent, au sud, les terres aurifères du Bambouk et du Bondou, d’après Britannica. Au nord, l’empire s’étend jusqu’à la région de Teghaza, célèbre pour ses gisements de sel. Entre ces deux pôles, l’or des régions soudaniennes et le sel du désert s’échangent dans les villes marchandes du Sahel, d’où partent les caravanes vers l’Afrique du Nord.
Sous Mansa Moussa, l’autorité du Mali s’étend sur les pays du moyen Niger, sur les cités commerçantes de Tombouctou et de Gao, sur Oualata au sud du Sahara, et, selon Britannica, jusqu’aux pays haoussa à l’est et jusqu’au Tekrour et aux terres peules et toucouleures à l’ouest. Les estimations précises de sa superficie ou de sa population varient fortement selon les auteurs et ne reposent sur aucun recensement d’époque.
Mansa Moussa, un règne aux dates discutées
Les dates du règne de Mansa Moussa (Kankou Moussa dans la tradition orale) ne sont pas fixées avec certitude. Britannica indique un début de règne en 1307 ou en 1312, et une fin vers 1332 ou 1337. Ces incertitudes tiennent à la nature des sources : l’essentiel de ce que l’on sait de lui provient d’auteurs arabes, comme le savant al-Umari, qui séjourna au Caire une douzaine d’années après le passage du souverain et recueillit les témoignages de ceux qui l’avaient rencontré, ou l’historien Ibn Khaldoun.
Al-Umari rapporte aussi un récit attribué à Mansa Moussa lui-même : son prédécesseur aurait lancé des expéditions sur l’océan Atlantique, dont il ne serait jamais revenu. Ce récit n’est confirmé par aucune autre source et reste discuté par les historiens.
1324 : le pèlerinage qui fit connaître le Mali
En 1324, Mansa Moussa accomplit le pèlerinage à La Mecque. Ce voyage est l’épisode le plus célèbre de son règne. Les chiffres transmis par les chroniqueurs sont spectaculaires et doivent être lus avec prudence. Britannica reprend une estimation de 60 000 hommes, dont une suite personnelle de 12 000 esclaves, et de 80 chameaux portant chacun environ 300 livres d’or (près de 136 kilogrammes). D’autres sources avancent des chiffres différents : aucun ne peut être vérifié de façon indépendante.
Ce qui est mieux établi, c’est l’effet de ce passage sur l’économie du Caire. Selon les auteurs arabes repris par Britannica, les dépenses et les dons du souverain inondèrent le marché cairote d’or, au point d’en faire baisser la valeur durablement : une douzaine d’années plus tard, le marché ne s’en était pas encore totalement remis. Le pèlerinage fit connaître le Mali bien au-delà de l’Afrique. En 1375, l’Atlas catalan, carte attribuée au cartographe majorquin Abraham Cresques et conservée aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, représente un souverain du Mali assis sur un trône et tenant une pièce ou une pépite d’or.
Pendant ce pèlerinage, un général de Mansa Moussa, Sagmandia selon Britannica, s’empare de Gao, la capitale songhaï. Au retour, le souverain s’y rend pour recevoir la soumission du roi songhaï.
Tombouctou, ville de savoir
De retour au Mali, Mansa Moussa fait venir des lettrés et des architectes. Britannica indique qu’il installe des savants égyptiens à Tombouctou et à Gao, et qu’il confie à Abou Ishaq es-Sahéli, originaire de Grenade, la construction d’une mosquée et d’un palais à Tombouctou. La tradition lui attribue la grande mosquée Djingareyber, dont la construction est datée de 1325 à 1327 selon les sources. La ville devient au cours des siècles suivants un centre majeur de commerce et d’enseignement, avec la mosquée de Sankoré comme lieu d’étude.
Le Mali reste puissant après Moussa. En 1352-1353, le voyageur marocain Ibn Battuta séjourne à la cour de Mansa Souleymane, frère de Moussa, et en laisse un récit détaillé, l’un des rares témoignages directs sur l’empire à son apogée.
Le déclin et la relève songhaï
À partir de la fin du XIVe siècle, l’empire est affaibli par des querelles de succession et par la pression de ses voisins. L’empire songhaï, centré sur Gao, prend progressivement le contrôle du moyen Niger et de ses villes marchandes au XVe siècle. Selon Britannica, vers 1550, le Mali avait cessé d’être une puissance politique de premier plan, même si des royaumes mandingues ont continué d’exister.
Repères
- Avant l’an 1000 (selon Britannica) : fondation présumée du royaume de Kangaba, noyau du futur empire.
- Vers 1230-1235 : victoire de Soundiata Keïta sur Soumaoro Kanté, roi du Sosso.
- 1307 ou 1312 : début du règne de Mansa Moussa (date discutée).
- 1324 : pèlerinage de Mansa Moussa à La Mecque et passage au Caire.
- 1325-1327 : construction de la mosquée Djingareyber de Tombouctou, attribuée à Mansa Moussa.
- Vers 1332 ou 1337 : fin du règne de Mansa Moussa (date discutée).
- 1352-1353 : séjour d’Ibn Battuta à la cour de Mansa Souleymane.
- 1375 : l’Atlas catalan représente le souverain du Mali.
- Vers 1550 : le Mali n’est plus une puissance politique majeure.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
La ville de Tombouctou, avec ses mosquées Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Elle figure sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 2012, après les destructions subies pendant le conflit au nord du Mali ; plusieurs mausolées ont depuis été reconstruits avec le soutien de l’UNESCO. L’épopée de Soundiata reste vivante dans la tradition des griots, et la Charte du Manden, attribuée à la fondation de l’empire, est inscrite depuis 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. L’Atlas catalan est conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.
Sources
- Encyclopaedia Britannica, « Mūsā I of Mali » : https://www.britannica.com/biography/Musa-I-of-Mali
- Encyclopaedia Britannica, « Mali (historical empire, Africa) » : https://www.britannica.com/place/Mali-historical-empire-Africa
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Tombouctou » : https://whc.unesco.org/fr/list/119/
- UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « La Charte du Manden, proclamée à Kouroukan Fouga » : https://ich.unesco.org/fr/RL/la-charte-du-manden-proclamee-a-kouroukan-fouga-00290
- UNESCO, Histoire générale de l’Afrique, volume IV, « L’Afrique du XIIe au XVIe siècle » (dir. D. T. Niane) : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000184313
- Bibliothèque nationale de France, Atlas catalan (1375), Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55002481n
Informations vérifiées le 1er octobre 2026.