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Journalistes Matsadaash inculpés de terrorisme en Égypte : six noms, une accusation lourde
Politique & société

Journalistes Matsadaash inculpés de terrorisme en Égypte : six noms, une accusation lourde

08.10.2026

Journalistes Matsadaash : la justice égyptienne a formellement inculpé, mercredi, six membres de la rédaction de cette plateforme indépendante spécialisée dans la vérification de l’information. Les intéressés sont poursuivis pour des infractions liées au terrorisme, dans une affaire qui mêle accusations de liens avec les Frères musulmans, soupçons de financement étranger et dénonciation de « fausses informations ». L’affaire suscite une vive inquiétude parmi les organisations internationales de défense de la liberté de la presse.

Journalistes Matsadaash : qui sont les six personnes inculpées

Les six journalistes visés par cette procédure sont Mohamed Ashraf, Abdullah Qadri, Islam Barakat, Omar Hilal, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel. Ils forment ensemble la rédaction de Matsadaash, une plateforme indépendante créée en 2018 et spécialisée dans le fact-checking. Le nom de ce média, qui signifie « N’y crois pas » en arabe, résume sa ligne éditoriale : une démarche de vérification des informations et de rectification des déclarations trompeuses, quelle qu’en soit la source, y compris lorsqu’il s’agit de déclarations émanant des autorités ou d’organismes gouvernementaux égyptiens.

Selon la direction du média et plusieurs organisations de défense des droits humains, les six journalistes ont été arrêtés lors de plusieurs raids menés les 28 et 29 septembre 2026. Leur interpellation s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue des médias indépendants en Égypte, un pays où le travail journalistique, en particulier lorsqu’il questionne la parole officielle, s’exerce sous une pression constante.

Des accusations liées au terrorisme et aux Frères musulmans

Dans un communiqué publié mercredi, les procureurs égyptiens présentent cette affaire comme le fruit d’enquêtes portant sur les activités de dirigeants des Frères musulmans à l’étranger, une confrérie interdite en Égypte. Selon le parquet, ces dirigeants auraient donné pour consigne à leurs membres de créer des plateformes en ligne destinées à diffuser « rumeurs, fausses nouvelles et déclarations », dans le but de miner la confiance dans les institutions de l’État égyptien et d’inciter la population à participer à des manifestations.

Le communiqué désigne explicitement Matsadaash comme « l’une des plateformes médiatiques du groupe » opérant depuis l’étranger. Les enquêteurs affirment par ailleurs que les prévenus auraient reçu un financement mensuel en devises étrangères, via des virements provenant d’une entreprise appartenant à un membre de la confrérie vivant hors du pays. C’est sur la base de cette accusation de financement étranger et de diffusion présumée de fausses informations que les six journalistes se retrouvent aujourd’hui inculpés d’infractions liées au terrorisme, une qualification juridique lourde de conséquences dans le système judiciaire égyptien.

Un travail de fact-checking qui dérangeait

La spécificité de Matsadaash tient précisément à sa méthode : vérifier les déclarations publiques, qu’elles émanent de responsables politiques, d’institutions ou d’autres sources, et signaler les informations trompeuses. Cette activité a conduit la plateforme à remettre en cause à plusieurs reprises des déclarations émanant des autorités et d’organismes gouvernementaux égyptiens. C’est précisément ce travail de contrôle de la parole officielle qui semble aujourd’hui au cœur des poursuites engagées contre ses membres.

Pour les organisations de défense de la liberté de la presse, cette affaire illustre une tendance plus large : l’utilisation de la législation antiterroriste pour poursuivre des professionnels des médias dont le travail déplaît aux autorités, en les associant à des mouvements interdits comme les Frères musulmans. Une telle qualification permet des procédures judiciaires plus longues et des conditions de détention plus strictes que pour des infractions de droit commun liées à la presse.

Des allégations de torture en détention, démenties par les autorités

L’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), citée par Africanews, a affirmé lundi que les six journalistes ont été victimes de « diverses formes de torture et de mauvais traitements » pendant leur détention. Ces allégations ont été démenties par le ministère de l’Intérieur égyptien. Aucune enquête indépendante n’a, à ce stade, confirmé ou infirmé ces accusations, qui s’ajoutent néanmoins aux inquiétudes déjà exprimées quant au sort réservé aux six prévenus depuis leur arrestation fin septembre.

Une mobilisation internationale pour la libération de la rédaction

L’affaire a suscité une réaction rapide de la communauté internationale des défenseurs de la presse. Trente-quatre organisations et médias indépendants, parmi lesquels Reporters Sans Frontières, le Committee to Protect Journalists et Human Rights Watch, ont signé un appel international réclamant la libération de l’ensemble de la rédaction de Matsadaash. Cet appel conjoint, qui rassemble des acteurs majeurs de la défense de la liberté de la presse à l’échelle mondiale, témoigne de l’ampleur de la préoccupation suscitée par cette affaire au-delà des frontières égyptiennes.

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte où les autorités égyptiennes font régulièrement l’objet de critiques de la part d’organisations internationales concernant le traitement réservé aux journalistes et aux voix critiques. Le fait que des organisations aussi diverses que RSF, le CPJ et Human Rights Watch s’accordent pour réclamer une même libération donne un poids particulier à cette demande collective.

Pourquoi cette affaire dépasse le seul cas de six journalistes

Au-delà du sort individuel des six prévenus, cette inculpation pose la question plus large de l’espace laissé au journalisme indépendant et au fact-checking en Égypte. Un média dont la mission consiste à vérifier les déclarations publiques et à signaler les informations trompeuses se retrouve aujourd’hui accusé d’avoir lui-même diffusé de « fausses informations », dans le cadre d’une procédure qui le relie à une organisation interdite. Cette inversion de l’accusation interroge sur la place laissée, dans le pays, à un contrôle indépendant de la parole officielle.

Pour les lecteurs et observateurs attentifs à l’actualité du continent, cette affaire rappelle que la liberté de la presse reste un enjeu sensible dans plusieurs pays africains, et que les qualifications juridiques liées au terrorisme peuvent, dans certains contextes, être mobilisées contre des professionnels des médias dont l’activité consiste précisément à informer et à vérifier les faits.

Ce qu’il faut retenir de l’affaire Matsadaash

Six journalistes de la plateforme de fact-checking Matsadaash, arrêtés fin septembre 2026, ont été inculpés d’infractions liées au terrorisme par la justice égyptienne, sur fond d’accusations de liens avec les Frères musulmans et de financements étrangers. Des allégations de torture en détention, démenties par le ministère de l’Intérieur, s’ajoutent à ce dossier suivi de près par la communauté internationale, trente-quatre organisations ayant appelé à la libération de l’ensemble de la rédaction. L’issue judiciaire de cette affaire sera scrutée comme un indicateur de l’état de la liberté de la presse en Égypte.

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Sources

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