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Politique & société RD Congo

Dérives budgétaires RDC : la Cour des comptes hausse le ton face au gouvernement

En RDC, la Cour des comptes vient de livrer un verdict sévère sur l'exécution du budget 2025 : un dépassement net de 2,2 milliards de dollars, tiré par la présidence et la Défense, qui remet en question le respect des plafonds votés par les députés.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

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Dérives budgétaires RDC : la Cour des comptes hausse le ton face au gouvernement
Photo d'illustration : Tumisu / Pixabay (licence Pixabay)

Dérives budgétaires RDC : l’expression résume le constat posé chaque année, ou presque, par la Cour des comptes congolaise lorsqu’elle examine l’exécution du budget de l’État. Pour l’exercice 2025, le verdict rendu public le 26 octobre est particulièrement sévère : un dépassement net de 2,2 milliards de dollars, porté principalement par la présidence de la République et le ministère de la Défense. Ce rapport, transmis aux députés de la République démocratique du Congo, doit normalement éclairer leur vote sur la loi portant reddition des comptes. Son contenu interpelle sur la manière dont les crédits votés sont, une fois de plus, dépassés sans que les mécanismes de contrôle parviennent à les contenir.

Dérives budgétaires RDC : un rapport attendu chaque année

En RDC, la Cour des comptes transmet chaque année aux députés un rapport sur l’exécution du budget de l’exercice précédent. Ce document constitue la base du débat parlementaire qui doit aboutir au vote de la loi de reddition des comptes, c’est-à-dire la validation ou non de la manière dont le gouvernement a dépensé l’argent public au regard de ce que le Parlement avait autorisé. C’est dans ce cadre que le rapport portant sur l’exercice 2025 a été rendu public le 26 octobre. Son verdict est sans détour : selon la Cour, « les crédits votés ne jouent plus leur rôle de plafond ». Cette formule, reprise telle quelle dans le document, signifie que les plafonds de dépenses fixés par la loi de finances n’ont pas été respectés, et que les dépassements constatés ne relèvent plus de l’exception mais semblent devenus la règle.

Un dépassement net de 2,2 milliards de dollars

Le chiffre central du rapport est celui d’un dépassement net de 2,2 milliards de dollars sur l’exécution du budget 2025. Ce montant traduit l’écart entre les dépenses effectivement réalisées par l’État congolais et les plafonds que les députés avaient votés pour cet exercice. Un tel écart, à cette échelle, pose une question simple mais essentielle : à quoi sert le vote du budget par le Parlement si les ministères concernés peuvent dépenser au-delà de ce qui a été autorisé, sans que cela n’entraîne de conséquences visibles ? C’est précisément le sens de la mise en garde de la Cour des comptes, dont le rôle constitutionnel est justement de vérifier la conformité des dépenses publiques avec les autorisations budgétaires votées.

Présidence et Défense en tête des dépassements

Selon le rapport, ce dépassement net de 2,2 milliards de dollars a été dopé par deux institutions en particulier : la présidence de la République et le ministère de la Défense. Que ces deux entités figurent en tête des dérapages budgétaires n’est pas anodin. Elles concentrent souvent, dans plusieurs pays, des dépenses jugées sensibles ou stratégiques, ce qui peut rendre leur contrôle plus délicat pour les institutions de vérification. Le rapport de la Cour des comptes ne détaille pas, dans les extraits disponibles, la nature précise de ces dépassements, mais il les identifie clairement comme les deux principaux moteurs de l’écart constaté entre les crédits votés et les dépenses réellement exécutées.

Une révision budgétaire déjà votée en cours d’année

Point notable souligné par la Cour : l’année 2025 avait pourtant été marquée par une révision du budget à la hausse. Autrement dit, les plafonds de dépenses avaient déjà été relevés en cours d’exercice, précisément pour tenir compte de besoins supplémentaires identifiés par le gouvernement. Que le dépassement persiste malgré cette révision à la hausse renforce la portée de la critique de la Cour des comptes : même après avoir donné davantage de marge de manœuvre budgétaire à l’exécutif, les plafonds révisés n’ont, semble-t-il, pas davantage été respectés. Cela nourrit le constat selon lequel les crédits votés, qu’ils soient initiaux ou révisés, ne jouent plus leur rôle de plafond au sein de l’exécution budgétaire congolaise.

Un phénomène qui n’est pas isolé

Ce rapport sur l’exercice 2025 s’inscrit dans une suite d’alertes similaires émises par la Cour des comptes congolaise ces dernières années. Jeune Afrique rappelait déjà, en juin 2026, dans un article consacré à la gouvernance des finances publiques en RDC, que l’institution pointait des défaillances dans la gestion budgétaire, alors même que la perspective d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi alimentait les tensions politiques dans le pays. La récurrence de ce type de constat, d’un exercice budgétaire à l’autre, interroge sur la capacité des mécanismes de contrôle interne à l’État congolais à réellement infléchir les pratiques budgétaires du gouvernement, plutôt qu’à se contenter de les documenter après coup.

Le rôle du ministre des Finances dans ce contexte

C’est au ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, que revient la responsabilité de défendre l’exécution budgétaire devant les parlementaires et de justifier, le cas échéant, les écarts relevés par la Cour des comptes. Or, selon le rapport, la Cour des comptes désavoue les justifications avancées par le gouvernement pour expliquer ces dépassements. Ce point est important : il ne s’agit pas seulement de constater un écart chiffré, mais de signaler que les explications fournies par l’exécutif ne convainquent pas l’institution chargée de vérifier la régularité des comptes publics. Un tel désaveu, formulé dans un document officiel transmis aux députés, place le gouvernement dans une position délicate au moment du débat parlementaire sur la loi de reddition des comptes.

Pourquoi cette question concerne tous ceux qui s’intéressent à la RDC

Au-delà des chiffres et des procédures parlementaires, ce type de rapport touche directement à la confiance que les citoyens, les partenaires internationaux et les acteurs économiques peuvent accorder à la gestion des finances publiques en RDC. Un budget qui ne joue plus son rôle de plafond signifie, concrètement, que les priorités affichées lors du vote initial peuvent être contournées en cours d’exercice, sans que le Parlement n’ait de prise réelle sur ces décisions. Pour les investisseurs, les bailleurs de fonds ou simplement les citoyens congolais qui suivent l’utilisation de l’argent public, ce genre de constat alimente des interrogations légitimes sur la prévisibilité et la rigueur de la gestion budgétaire du pays. Il rappelle aussi l’importance du travail des institutions de contrôle, comme la Cour des comptes, dont les rapports, même sévères, constituent un outil essentiel de transparence, à condition que leurs conclusions soient suivies d’effets concrets lors du vote parlementaire.

Ce qu’il faut retenir de ce nouveau rapport

Le rapport de la Cour des comptes sur l’exécution du budget 2025 en RDC dresse un constat clair : un dépassement net de 2,2 milliards de dollars, porté par la présidence et la Défense, des justifications gouvernementales jugées insuffisantes, et un avertissement explicite selon lequel les crédits votés ne jouent plus leur rôle de plafond. Ce n’est pas la première fois qu’un tel constat est posé, ce qui interroge sur la capacité du pays à transformer ces alertes répétées en réforme durable de la discipline budgétaire. Le débat qui s’ouvrira désormais devant les députés, dans le cadre du vote de la loi de reddition des comptes, sera l’occasion de mesurer si ce rapport entraîne des conséquences concrètes ou s’ajoute simplement à la liste des avertissements restés sans suite.

Sources

  • Jeune Afrique, « En RDC, pourquoi la Cour des comptes épingle encore les dérives budgétaires du gouvernement » : lire l’article

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