Bubu Ogisi a profité du dernier jour de la Lagos Fashion Week pour présenter un défilé qui dépasse le cadre habituel d’une présentation de mode. La créatrice nigériane, à la tête de la marque IAMISIGO, a conçu une mise en scène mêlant performance, installation et spiritualité, avec des pièces uniques réalisées à la main à partir de matières premières venues de tout le continent africain.
Ce défilé, organisé au Nigeria, s’inscrit dans une édition de la Lagos Fashion Week marquée par la volonté de nombreux créateurs africains de s’affranchir des codes classiques de la présentation de mode. Pour Bubu Ogisi, il ne s’agit pas seulement de montrer des vêtements, mais de proposer une expérience sensorielle et symbolique au public.
Bubu Ogisi, entre rupture et transmission
Interrogée après son défilé, Bubu Ogisi a expliqué la démarche derrière sa collection IAMISIGO : « Je pense que nous montrons simplement aux gens comment, en quelque sorte, bousculer le statu quo et s’en détacher. Des stratégies existent déjà, mais il est également possible d’en créer de nouvelles ; je pense que c’est aussi ce que nous présentons à tout le monde. »
Cette volonté de sortir des sentiers battus se traduit par des pièces faites main, pensées comme des objets uniques plutôt que comme des produits destinés à une production en série. Les matières premières utilisées proviennent de plusieurs régions d’Afrique, ce qui donne à chaque création une dimension à la fois artisanale et collective, rassemblant des savoir-faire venus de différents territoires du continent.
Une scénographie pensée comme une œuvre à part entière
Pour accompagner cette vision, Bubu Ogisi a fait appel à l’artiste plasticien français Hubert Crabieres, chargé de concevoir la scénographie du défilé IAMISIGO. Celui-ci a expliqué avoir été particulièrement marqué par l’usage de la couleur chez les créateurs africains, très différent de ce qu’il observe habituellement en Europe : « Ce que j’ai trouvé incroyable ici, tout d’abord, c’est l’utilisation de la couleur, qui, je pense, est assez différente de ce à quoi nous sommes habitués en Europe. Les couleurs, ainsi qu’une sorte de construction architecturale des vêtements, qui est beaucoup plus expressive et ne vise pas nécessairement à atteindre un résultat très minimaliste. »
Il a ajouté que cette expérience reflète aussi son séjour à Lagos : « C’est assez surprenant, mais je pense que cela reflète aussi l’expérience que j’ai vécue à Lagos. Tous nos sens sont constamment stimulés ici. » Cette collaboration entre une créatrice nigériane et un artiste plasticien français illustre la manière dont la Lagos Fashion Week attire des regards et des savoir-faire venus d’horizons différents, tout en restant ancrée dans une identité africaine affirmée.
La Lagos Fashion Week, tribune des créateurs africains
La Lagos Fashion Week constitue depuis plusieurs années une tribune majeure pour les créateurs africains, qui puisent à la fois dans des influences traditionnelles, contemporaines et parfois occidentales pour construire leur propre identité de marque. Cette édition ne fait pas exception : les designers présents ont cherché à surprendre à chaque présentation, en proposant une image qui leur est propre plutôt qu’une simple imitation des codes établis par les grandes maisons internationales.
Parmi les voix qui ont commenté cette dynamique figure Amina Ladymya, créatrice de contenu et designer sénégalaise installée à Milan. Elle a comparé l’énergie créative observée à Lagos à ce qu’elle perçoit comme un essoufflement de certaines marques de luxe occidentales : « À l’heure actuelle, quand on voit ce qui se passe avec certaines marques de luxe, il y a ce manque de « wow ». Je pense que les créatifs se sont en quelque sorte surenchérés, au point qu’il manque aujourd’hui cette chose de voir quelque chose qui puisse vraiment vous toucher au plus profond de vous-même. Et je pense que ce qui se passe ici en ce moment, c’est justement ce qui manque dans ce sens-là, ce qui signifie que tous les créateurs sont très talentueux. »
Durabilité, un enjeu de plus en plus présent
Au-delà de l’esthétique et de la dimension artistique, la Lagos Fashion Week intègre de façon croissante les enjeux de durabilité dans sa sélection de designers. Cette évolution traduit une prise de conscience partagée par une partie de l’industrie de la mode sur le continent, qui cherche à conjuguer créativité, valorisation des savoir-faire locaux et réduction de l’impact environnemental de la confection.
Le choix de matières premières issues de différentes régions d’Afrique, mis en avant par Bubu Ogisi pour sa collection IAMISIGO, s’inscrit dans cette logique : privilégier des ressources locales et des techniques artisanales plutôt que des productions standardisées, tout en donnant une visibilité internationale à ces savoir-faire.
Ce qu’il faut retenir de ce défilé entre art et mode
Le travail présenté par Bubu Ogisi lors de cette édition de la Lagos Fashion Week illustre une tendance plus large observée chez plusieurs créateurs africains : refuser de limiter la mode à un simple produit commercial pour en faire un langage artistique, porteur de sens et de mémoire. En associant performance, installation et matières premières africaines, la créatrice nigériane propose une alternative aux formats classiques du podium, saluée par des observateurs venus de différents horizons, qu’il s’agisse de l’artiste français Hubert Crabieres ou de la designer sénégalaise Amina Ladymya.
Cette édition confirme aussi la place grandissante de la Lagos Fashion Week comme rendez-vous incontournable pour comprendre les dynamiques actuelles de la mode africaine, entre affirmation identitaire, exigence créative et prise en compte des enjeux de durabilité.
Sources
Pour suivre l’actualité de la mode et de la culture africaines, retrouvez d’autres analyses sur servafrica.fr.
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.
https://servafrica.fr
Médiathèque ServAfrica
Nos vidéos sur l'Afrique
Retrouvez les vidéos ServAfrica sur nos chaînes.
Passer à l'action avec AfriPilot
Préparez votre projet au Nigéria étape par étape : vérifier sa viabilité, estimer revenus et charges avec vos propres hypothèses, réunir les règles du pays.
Ouvrir AfriPilotAller plus loin sur ce pays
Outils ServAfrica utiles
Une information vous semble inexacte ? Signaler une erreur

Commentaires et suggestions
Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.