Cap sur la CAN 2027Le guide du foot africain 2026-2027, à télécharger gratuitementVoir le guide →
Aller au contenu

Archives et histoire Ghana, Réunion

Yaa Asantewaa, la reine mère qui défia l’Empire britannique

Yaa Asantewaa, reine mère d'Ejisu dans l'Empire Ashanti, est restée dans l'histoire pour avoir pris la tête, en 1900, de la rébellion du Trône d'or contre les colons britanniques. Retour sur le parcours d'une figure majeure de la résistance africaine.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

Commenter
Yaa Asantewaa, la reine mère qui défia l'Empire britannique
Photo : Noahalorwu / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Yaa Asantewaa demeure l’une des figures les plus marquantes de la résistance africaine face à la colonisation britannique. Reine mère d’Ejisu dans l’Empire Ashanti, situé dans l’actuel Ghana, elle a mené en 1900 une rébellion restée célèbre sous le nom de « Guerre du trône d’or ». Son parcours, documenté par les historiens, illustre à la fois le rôle politique des femmes dans la société Ashanti et l’ampleur de la résistance opposée à l’Empire britannique au tournant du XXe siècle.

Origines et contexte

Née vers 1840, Yaa Asantewaa devient reine mère d’Ejisu, nommée à ce titre par son frère Nana Akwasi Afrane Okpese, alors Ejisuhene, c’est-à-dire chef d’Ejisu, l’un des territoires de la Confédération Ashanti. Durant le règne de son frère, cette confédération traverse une période troublée, marquée notamment par une guerre civile qui s’étend de 1883 à 1888 et fragilise l’équilibre interne du pouvoir Ashanti.

À la mort de son frère en 1894, Yaa Asantewaa exerce son droit de reine mère pour désigner son propre petit-fils comme nouvel Ejisuhene, assurant ainsi la continuité du pouvoir au sein de sa lignée. Deux ans plus tard, en 1896, les Britanniques exilent aux Seychelles le roi Asante Prempeh I ainsi que plusieurs membres du gouvernement Ashanti. Cet exil place Yaa Asantewaa dans une position centrale : elle devient régente du district d’Ejisu-Juaben, chargée de représenter l’autorité Ashanti en l’absence du souverain.

Le parcours

Après le départ forcé de Prempeh I, le gouverneur-général britannique de la Côte-de-l’Or, Frederick Hodgson, exige que lui soit remis le Trône d’or, symbole suprême de la nation Ashanti. Cette demande, perçue comme une humiliation inacceptable, provoque une réunion secrète des membres restants du gouvernement Ashanti à Kumasi, convoquée pour trouver un moyen sûr de faire revenir le roi. Les participants ne parviennent toutefois pas à s’accorder sur la conduite à tenir.

C’est à ce moment que Yaa Asantewaa, présente à la réunion, se lève et s’adresse aux chefs présents. Selon la source historique, elle leur tient des propos restés célèbres, leur reprochant leur hésitation à défendre leur roi et affirmant que, si les hommes refusaient de se battre, les femmes le feraient elles-mêmes, jusqu’à la dernière d’entre elles. Cette intervention décisive la place à la tête du mouvement de résistance qui s’organise alors, avec le soutien d’autres membres de la noblesse Ashanti.

Les combats et les actes marquants Yaa Asantewaa

La rébellion débute en mars 1900. Les forces Ashanti assiègent le fort de Kumasi, où les Britanniques se sont réfugiés. Le siège se prolonge plusieurs mois, contraignant le gouverneur de la Côte-de-l’Or à envoyer 1 400 hommes pour tenter de le lever, renfort auquel il faut encore ajouter 1 200 soldats supplémentaires pour parvenir à mettre fin à la rébellion. Cette mobilisation militaire considérable témoigne de l’ampleur de la résistance opposée par les forces Ashanti.

Durant l’offensive finale, Yaa Asantewaa et quinze de ses plus proches conseillers sont capturés par les troupes britanniques, puis déportés aux Seychelles. Cette rébellion constitue la dernière des guerres anglo-ashanti, un cycle de conflits qui se poursuivait depuis le XIXe siècle. Le 1er janvier 1902, après près d’un siècle de résistance de l’armée Ashanti, l’Empire Ashanti devient officiellement un protectorat de la couronne britannique.

Yaa Asantewaa meurt en exil aux Seychelles le 17 octobre 1921, sans avoir revu sa terre natale. Trois ans plus tard, le 27 décembre 1924, Prempeh I et les autres exilés sont autorisés à rentrer en territoire Ashanti. Le roi veille alors à ce que les dépouilles de Yaa Asantewaa et des autres exilés décédés soient rapatriées afin de recevoir l’enterrement qui leur était dû.

Ce qu’en disent les historiens

Les historiens soulignent que l’épisode de Yaa Asantewaa doit être replacé dans le contexte du rôle social et politique particulier des femmes dans la société Ashanti. Cette société fonctionne selon un système matrilinéaire, dans lequel chaque fonction masculine possède un équivalent féminin. Au niveau du village, l’ôdekuro, chef de village, a pour homologue une ôbaa panyin, responsable des affaires concernant les femmes. Pour un ôhene, chef de division, ou un ômanhene, chef de communauté, l’équivalent féminin est l’ôhemma, une femme chef qui siège au conseil.

Selon la source historique, les femmes Ashanti ne se contentaient pas d’un rôle honorifique : elles participaient aux procédures judiciaires et législatives, intervenaient dans le partage des terres et pesaient sur la décision d’engager ou de cesser la guerre. L’appel de Yaa Asantewaa aux femmes de l’empire, lors de la réunion de Kumasi, s’inscrit directement dans ces obligations politiques reconnues aux femmes au sein de la société Ashanti, et explique en partie pourquoi son intervention a pu renverser le cours des débats. Pour les troupes coloniales britanniques du XIXe siècle, confrontées à une figure féminine à la tête d’une résistance militaire structurée, cette situation représentait une configuration inédite.

Heritage et memoire

Le rêve de Yaa Asantewaa de voir les Ashanti libérés de la tutelle britannique se réalise bien après sa mort. Le 6 mars 1957, le protectorat Ashanti accède à l’indépendance au sein du Ghana, qui devient alors la première nation d’Afrique subsaharienne à accomplir cet exploit.

Depuis, Yaa Asantewaa reste une figure très aimée de l’histoire Ashanti et de l’histoire du Ghana pour son rôle dans l’opposition aux colons britanniques. Elle est immortalisée dans un chant traditionnel qui célèbre « la femme qui se bat contre les canons » et salue les grandes choses qu’elle a accomplies. Pour encourager l’émergence de plus de femmes chefs dans la société ghanéenne, la Yaa Asantewaa Girls’ Secondary School est créée à Kumasi en 1960, avec des fonds du Ghana Educational Trust.

En 2000, à l’occasion du centenaire de la rébellion, une semaine de célébrations est organisée au Ghana. Un musée lui est dédié à Kwaso, dans le district d’Ejisu-Juaben, inauguré le 3 août 2000. Le 23 juillet 2004, un incendie détruit malheureusement plusieurs objets historiques conservés dans ce musée, dont ses sandales et ses habits de guerre, appelés batakarikese. Un second festival Yaa Asantewaa se tient ensuite du 1er au 5 août 2006 à Ejisu. La titulature de reine mère d’Ejisu perdure aujourd’hui sous le nom de Yaa Asantewaa II.

Sa mémoire dépasse les frontières du Ghana. À Maida Vale, dans l’ouest de Londres, le Yaa Asantewaa Centre, consacré à l’art et aux populations africaines et caribéennes, porte son nom depuis 1986. Son histoire a également inspiré un documentaire télévisé diffusé au Ghana en 2001, intitulé Yaa Asantewaa – The Exile of King Prempeh and the Heroism of An African Queen, ainsi qu’un spectacle, Yaa Asantewaa: Warrior Queen, écrit par Margaret Busby et joué au Royaume-Uni et au Ghana entre 2001 et 2002. Une série radiophonique consacrée à sa vie a par ailleurs été diffusée en octobre 2003 sur BBC Radio Four, dans l’émission Woman’s Hour.

Repères

  • v. 1840 : naissance de Yaa Asantewaa
  • 1883-1888 : guerre civile au sein de la Confédération Ashanti
  • 1894 : mort de son frère, elle nomme son petit-fils Ejisuhene
  • 1896 : exil du roi Prempeh I aux Seychelles, elle devient régente d’Ejisu-Juaben
  • Mars 1900 : début de la rébellion Ashanti et du siège du fort de Kumasi
  • 1900 : capture de Yaa Asantewaa et déportation aux Seychelles
  • 1er janvier 1902 : l’Empire Ashanti devient protectorat britannique
  • 17 octobre 1921 : mort de Yaa Asantewaa en exil aux Seychelles
  • 27 décembre 1924 : retour des exilés et rapatriement de sa dépouille
  • 6 mars 1957 : indépendance du Ghana
  • 3 août 2000 : inauguration du musée Yaa Asantewaa à Kwaso

Le parcours de Yaa Asantewaa illustre comment une figure de la noblesse régionale a pu incarner, dans un moment critique, la résistance d’un peuple entier face à la domination coloniale. Son intervention lors de la réunion de Kumasi a transformé une assemblée hésitante en mouvement de rébellion organisé, et son nom reste aujourd’hui associé, au Ghana comme au-delà, à la mémoire de la lutte Ashanti pour sa souveraineté.

Sources

Pour en savoir plus sur l’histoire et les figures majeures du continent, retrouvez d’autres portraits sur servafrica.fr.

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Médiathèque ServAfrica

Nos vidéos sur l'Afrique

Retrouvez les vidéos ServAfrica sur nos chaînes.

Passer à l'action avec AfriPilot

Préparez votre projet au Ghana étape par étape : vérifier sa viabilité, estimer revenus et charges avec vos propres hypothèses, réunir les règles du pays.

Ouvrir AfriPilot

Aller plus loin sur ces pays

Ghana

Réunion

Seychelles

Outils ServAfrica utiles

Une information vous semble inexacte ? Signaler une erreur

Commentaires et suggestions

Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *