
Oligui Nguema : le bal des conseillers qui entoure le président gabonais
Oligui Nguema s’est imposé, depuis le coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, comme un chef d’État qui cultive la consultation sans jamais se lier à un cercle unique de conseillers. Entre visiteurs du soir reçus discrètement et figures officielles présentées publiquement, le président gabonais a fait de cet équilibre des influences l’un des ressorts de sa méthode de gouvernement, selon une enquête publiée par Jeune Afrique.
Le parallèle avec Nicolas Machiavel, auteur du Prince, n’est pas anodin. Le philosophe florentin conseillait à son lecteur de se méfier de deux écueils face aux flatteurs : se laisser corrompre par leurs louanges, ou au contraire les mépriser au point de se couper de tout avis extérieur. Sa recommandation était de ne garder autour de soi qu’une poignée de sages, invités à s’exprimer sans détour. C’est cette tension, entre ouverture mesurée et prudence politique, que Jeune Afrique observe chez Brice Clotaire Oligui Nguema.
Trois ans après le coup d’État, un bilan contrasté
Le 30 août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema prenait le pouvoir au Gabon à la faveur d’un coup d’État qui mettait fin à la présidence d’Ali Bongo Ondimba. Trois ans plus tard, et quinze mois après son élection à la tête de l’État, le bilan dressé par Jeune Afrique est nuancé : la sortie de transition a été menée à son terme, la machine économique a été relancée et le pays a retrouvé sa place dans le concert des nations. Mais plusieurs défis restent entiers, à commencer par l’endettement du pays, ainsi que les difficultés persistantes d’accès à l’eau et à l’électricité, qualifiées de casse-tête insoluble par le média.
Ce contexte éclaire le mode de gouvernance décrit dans l’article consacré au cercle de conseillers du président : à la tête d’un pays en reconstruction institutionnelle, Oligui Nguema aurait choisi de multiplier les sources d’avis plutôt que de s’appuyer sur un entourage figé, une stratégie qui lui permettrait de ne jamais apparaître durablement inféodé à un clan en particulier.
La bataille des avoirs avec la famille Bongo
Un autre axe structurant la présidence d’Oligui Nguema, documenté par Jeune Afrique, concerne le conflit qui l’oppose à une partie de la famille de son prédécesseur. Depuis le putsch d’août 2023, cette confrontation ne cesse de s’envenimer autour d’un enjeu précis : un patrimoine colossal, que les proches d’Ali Bongo Ondimba espèrent préserver face à la traque des avoirs lancée par le nouveau pouvoir. Cette bataille, à la fois judiciaire et politique, s’inscrit dans le même climat de recomposition du paysage gabonais que celui qui façonne le jeu des conseillers autour du chef de l’État.
Dans ce paysage, un nom retient particulièrement l’attention de Jeune Afrique : celui d’Omar Denis Bongo Ondimba. Petit-fils de l’ancien président congolais Denis Sassou Nguesso et frère d’Ali Bongo Ondimba, il séjourne de plus en plus régulièrement à Libreville. Le média le décrit comme restant discret, tout en entretenant un flou stratégique autour d’un éventuel retour au Gabon et d’ambitions politiques encore non assumées publiquement. Sa présence croissante dans la capitale gabonaise illustre la complexité des rapports de force qui continuent de se jouer autour du pouvoir, trois ans après le changement de régime.
Un style présidentiel fondé sur la consultation
Le portrait dressé par la journaliste Jeanne Le Bihan, spécialiste du Gabon et de la Côte d’Ivoire pour Jeune Afrique, insiste sur cette capacité du président gabonais à recevoir largement, qu’il s’agisse de figures officielles reconnues ou de visiteurs plus discrets. Cette méthode, qui évoque la prudence recommandée par Machiavel face aux flatteurs, viserait à préserver la marge de manœuvre du chef de l’État dans un environnement politique encore marqué par les séquelles de la transition et par la rivalité persistante avec l’ancien clan au pouvoir.
L’inauguration de la Cité de la Démocratie à Libreville, le 3 mai 2026, à laquelle Brice Clotaire Oligui Nguema a participé, illustre ce souci de mise en scène institutionnelle qui accompagne la consolidation du pouvoir présidentiel. Ces apparitions publiques s’ajoutent aux consultations plus feutrées que décrit Jeune Afrique, dessinant le portrait d’un président qui avance avec prudence sur l’échiquier politique gabonais.
Ce qu’il faut retenir de la méthode Oligui Nguema
Quinze mois après son élection et trois ans après avoir pris le pouvoir par la force, Brice Clotaire Oligui Nguema gouverne le Gabon en s’appuyant sur un réseau de conseillers volontairement diversifié, sans s’enfermer dans la dépendance à un clan unique. Ce choix s’accompagne d’un bilan contrasté, entre relance économique réelle et défis structurels non résolus, comme l’endettement ou l’accès à l’eau et à l’électricité. Il se double d’une confrontation toujours vive avec une partie de l’ancienne famille au pouvoir, autour de la question sensible des avoirs et du patrimoine. Pour les observateurs de la vie politique gabonaise, cette capacité à équilibrer les influences, sans jamais s’y lier durablement, constitue l’un des traits les plus caractéristiques de la présidence d’Oligui Nguema.
Sources
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