
Le Grand Zimbabwe, la cité de pierre que l’on refusa longtemps d’attribuer à l’Afrique
Dans le sud-est du Zimbabwe, des murailles de granit montées sans mortier se dressent depuis plus de six siècles. Longtemps attribuées à tort à des bâtisseurs étrangers, elles sont l’œuvre des ancêtres des Shona et témoignent d’une cité africaine au cœur des échanges de l’océan Indien.
Une cité de pierre au sud du Zambèze
Le Grand Zimbabwe se trouve à environ 30 kilomètres au sud-est de la ville de Masvingo. Selon l’Encyclopaedia Britannica, les ruines centrales s’étendent sur environ 80 hectares, ce qui en fait le plus vaste des quelque 150 grands ensembles de ruines en pierre recensés au Zimbabwe et au Mozambique. Le site a été bâti entre le XIe et le XVe siècle par les ancêtres des Shona, peuple de langue bantoue majoritaire dans le pays aujourd’hui.
Le nom même de Zimbabwe viendrait, selon l’interprétation la plus courante, de l’expression shona dzimba dza mabwe, « maisons de pierre ». Une autre étymologie, dzimba woye, « maisons vénérées », est parfois proposée. En 1980, à l’indépendance, le pays a pris ce nom en référence au site.
Trois ensembles, une architecture sans mortier
Les archéologues distinguent trois grands ensembles. Le premier, l’ensemble de la Colline, autrefois appelé « Acropole », est le plus ancien. Britannica indique que des indices stratigraphiques situent la pose des premières pierres vers l’an 900. Il domine la vallée de 80 mètres et est considéré comme le centre spirituel et religieux de la cité ; ses murs atteignent jusqu’à 6 mètres d’épaisseur et 11 mètres de hauteur.
Le deuxième, le Grand Enclos, est décrit par Britannica comme la plus grande construction ancienne d’un seul tenant de l’Afrique subsaharienne. Son mur extérieur mesure environ 250 mètres de circonférence et jusqu’à 11 mètres de haut. À l’intérieur se dresse une tour conique pleine, haute de 10 mètres et large de 5 mètres à la base, dont la fonction reste inconnue. Le troisième ensemble, situé dans la vallée, regroupe des habitations et des enclos plus modestes.
Toutes ces constructions ont été réalisées sans mortier, en blocs de granit taillés et assemblés, ou en s’appuyant sur des rochers naturels. Les murs sont souvent courbes et certains portent des motifs décoratifs, comme des frises en chevrons.
L’or, le bétail et l’océan Indien
La prospérité du Grand Zimbabwe reposait sur l’élevage, l’agriculture et le contrôle des échanges. La cité se trouvait sur les routes qui menaient l’or et l’ivoire de l’intérieur du continent vers la côte swahilie, d’où ils rejoignaient le commerce de l’océan Indien. Les fouilles ont livré des objets venus de loin : céladons et porcelaines de Chine, verreries du Proche-Orient et de Perse, des milliers de perles de verre importées, ainsi qu’une pièce de monnaie frappée à Kilwa, cité swahilie de l’actuelle Tanzanie.
La population de la cité à son apogée reste une estimation. Britannica évoque une population shona de 10 000 à 20 000 personnes ; d’autres chercheurs proposent des chiffres différents, faute de données directes.
Les oiseaux de stéatite
À la fin du XIXe siècle, plusieurs figurines d’oiseaux sculptées dans la stéatite (une pierre tendre aussi appelée pierre à savon) ont été retrouvées dans les ruines. Selon Britannica, cet « oiseau du Zimbabwe » est devenu un symbole national : il figure aujourd’hui sur le drapeau et les armoiries du pays. Une partie de ces sculptures a été emportée hors du pays à l’époque coloniale ; certaines ont depuis été restituées.
Un abandon, puis un long contresens colonial
Au XVe siècle, la cité est en grande partie abandonnée. Les causes de ce déclin restent débattues : épuisement des ressources autour d’une ville très peuplée, déplacement des routes commerciales vers le nord, rivalités politiques. Le pouvoir se recompose ailleurs, notamment dans l’État du Mutapa au nord et dans le royaume de Torwa, centré sur Khami, à l’ouest.
À partir de la fin du XIXe siècle, les ruines deviennent l’objet d’un contresens lourd de conséquences. En 1871, l’explorateur allemand Karl Mauch, qui cherchait le pays biblique d’Ophir, attribue le site à des bâtisseurs venus du Proche-Orient. Pendant des décennies, des auteurs liés à la colonisation refusent d’y voir une œuvre africaine et avancent des origines phéniciennes ou arabes. Selon Britannica, l’archéologue David Randall-MacIver conclut pourtant dès 1905 que les ruines sont médiévales et d’origine exclusivement africaine, conclusion confirmée en 1929 par Gertrude Caton-Thompson. Les recherches ultérieures l’ont largement établi : le Grand Zimbabwe est l’œuvre de sociétés africaines locales.
Repères
- Vers 900 : premières pierres posées sur la Colline, selon les indices stratigraphiques cités par Britannica.
- XIe-XVe siècle : construction et apogée de la cité.
- XVe siècle : abandon en grande partie de la cité ; montée du Mutapa et du royaume de Torwa (Khami).
- 1871 : visite de l’explorateur allemand Karl Mauch, qui attribue le site à des bâtisseurs étrangers.
- 1905 : David Randall-MacIver conclut à une origine africaine et médiévale.
- 1929 : Gertrude Caton-Thompson confirme cette conclusion.
- 1980 : indépendance du Zimbabwe, qui prend le nom du site.
- 1986 : inscription du monument national du Grand Zimbabwe au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le monument national du Grand Zimbabwe est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986. Le site, géré par les National Museums and Monuments of Zimbabwe, se visite près de Masvingo ; un musée sur place présente une partie des objets découverts lors des fouilles, dont des oiseaux de stéatite. Les ruines de Khami, liées au royaume qui a pris le relais, sont également inscrites au patrimoine mondial depuis 1986. Au-delà des pierres, le Grand Zimbabwe reste un symbole fort : son nom est celui du pays, et son oiseau figure sur le drapeau national.
Sources
- Encyclopaedia Britannica, « Great Zimbabwe » : https://www.britannica.com/place/Great-Zimbabwe
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Monument national du Grand Zimbabwe » : https://whc.unesco.org/fr/list/364/
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Monument national des ruines de Khami » : https://whc.unesco.org/fr/list/365/
- UNESCO, Histoire générale de l’Afrique, volume IV, « L’Afrique du XIIe au XVIe siècle » (dir. D. T. Niane) : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000184313
- South African History Online, « Zimbabwe » : https://sahistory.org.za/place/zimbabwe
Informations vérifiées le 1er octobre 2026.