Cap sur la CAN 2027Le guide du foot africain 2026-2027, à télécharger gratuitementVoir le guide →
Guinée équatoriale : une histoire coloniale et insulaire méconnue
Archives et histoire

Guinée équatoriale : une histoire coloniale et insulaire méconnue

04.10.2026

Guinée équatoriale est aujourd’hui un pays d’Afrique centrale constitué de deux ensembles géographiques distincts : une partie continentale, bordée par le Cameroun et le Gabon, et une partie insulaire regroupant notamment l’île de Bioko et l’île d’Annobón. Avant de devenir, à partir des années 1990, un important producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, ce territoire a connu une histoire longue et mouvementée, marquée par des millénaires de peuplement encore partiellement documentés, puis par plusieurs siècles de rivalités coloniales entre puissances européennes. Comprendre cette histoire permet d’éclairer le présent d’un pays dont l’identité reste profondément liée à son passé portugais puis espagnol.

Un territoire façonné par deux espaces géographiques

La Guinée équatoriale, en forme longue la république de Guinée équatoriale, se compose d’une partie continentale où se trouve désormais la capitale Ciudad de la Paz, en place depuis janvier 2026, et d’une partie insulaire comprenant l’île de Bioko, qui abritait l’ancienne capitale Malabo, ainsi que l’île d’Annobón. Les langues officielles sont l’espagnol, le français et le portugais, l’espagnol restant de très loin la langue la plus parlée au quotidien. Sur le plan ethnique, les Fang constituent le groupe dominant, représentant plus de 85 % de la population, tandis que les Bubi, population indigène de l’île de Bioko, forment environ 6,5 % des habitants. Cette dualité continent-îles, et la coexistence de plusieurs groupes humains, structurent l’histoire du pays depuis ses origines les plus anciennes.

Une préhistoire encore mal connue

L’étude de la préhistoire équatoguinéenne distingue deux ensembles géographiques : l’île de Bioko d’une part, la province du Littoral entre Cameroun et Gabon d’autre part. Jusqu’à environ 8 000 av. J.-C., Bioko était reliée au continent par un pont terrestre, progressivement immergé par la montée des eaux de l’Atlantique, qui avait commencé vers 11 000 av. J.-C. à la fin du dernier âge glaciaire. Il est probable, selon les connaissances disponibles sur le continent voisin, que ce territoire ait été occupé par des populations nomades de chasseurs-cueilleurs, sans que cela puisse être affirmé avec certitude pour l’île elle-même avant sa séparation.

Les vestiges du continent

Sur la partie continentale, des fouilles menées au site de Mossumu, dans la province du Littoral, ont révélé une présence humaine datée de 30 000 av. J.-C., correspondant à une industrie dite « Sangoenne », bien attestée à cette époque à travers l’Afrique centrale. D’autres sites, encore mal datés, témoignent autour de Bata et du Rio Muni de la permanence d’une présence humaine nomade, taillant la pierre et pratiquant la chasse et la cueillette, jusqu’à environ 3 000 av. J.-C.

Les traditions archéologiques de Bioko

Sur l’île de Bioko, trois gisements dits « prénéolithiques » ont été recensés, mais un seul, celui du séminaire de Banapa au sud de Malabo, a fait l’objet d’une fouille, menée dans les années 1960 par un anthropologue espagnol. Ce gisement est antérieur à la « Tradition Timbabé », elle-même non datée précisément mais antérieure à la « Tradition Carboneras », datée par le radiocarbone entre le Ve et le Xe siècle de notre ère. Des pierres taillées comparables à un âge récent de la pierre ont également été découvertes en surface sur l’île d’Elobey Grande, ce qui renforce l’hypothèse d’une présence humaine ancienne sur l’ensemble des îles équatoguinéennes avant leur séparation définitive du continent. Il faut toutefois rester prudent : l’hypothèse d’une installation de villages sur Bioko dès 3 500 av. J.-C., avancée à partir de modèles d’expansion du mode de vie villageois en Afrique centrale et de données linguistiques, n’a pour l’instant été confirmée par aucune découverte archéologique. La séquence connue sur l’île se poursuit ensuite avec les traditions « Bolaopi », « Buela » et « Balombe », cette dernière relevant déjà de la période historique.

Les premiers contacts avec les Européens

Entre 1469 et 1474, des navigateurs portugais découvrent, dans le golfe de Guinée, les îles de São Tomé, Principe, Annobón et Fernando Poo. Le 1er janvier 1471, João de Santarém et Pedro Escobar aperçoivent une île qu’ils baptisent « Ilha do Ano Bom », l’île de la bonne année, à l’origine du nom actuel d’Annobón. En 1474, un autre navigateur portugais, Fernão do Pó, découvre dans le golfe du Biafra une île qu’il nomme d’abord « Formosa », la belle, avant qu’elle ne finisse par porter son propre nom. Cette île deviendra plus tard Bioko. Avec les îles de Corisco, Elobeye et Mbanié, ces territoires insulaires formeront la partie insulaire de la Guinée espagnole en 1778, puis de la Guinée équatoriale indépendante en 1968.

Colonisation portugaise et rivalités européennes

La première tentative de peuplement des îles du golfe par les Portugais a lieu sur São Tomé dès 1485, mais elle échoue ; ce n’est qu’en 1493 que cette installation réussit véritablement. L’île de Principe n’est peuplée qu’au début du XVIe siècle, Annobón au milieu de ce même siècle. Fernando Poo, elle, est déjà habitée par les Bubi : après y avoir construit un fort, les Portugais sont contraints de l’abandonner. Ces îles servent alors essentiellement d’escales de rafraîchissement pour les navires européens. Tout au long du XVIIe siècle, ces territoires subissent les assauts répétés des Français, et surtout des Hollandais, qui occupent à différentes périodes São Tomé en 1641, Annobón en 1661, ou encore Corisco, tout en menant de nombreuses actions sur la côte continentale du Rio Muni. L’épopée de Jean Dansaint, négrier français travaillant pour le compte du roi du Portugal dans la première moitié du XVIIIe siècle, illustre, selon la source, l’intensité de ces rivalités et la réalité du commerce d’êtres humains qui s’y déroulait alors. Cette page de l’histoire, liée à la traite négrière transatlantique, doit être rappelée avec exactitude : elle fait partie intégrante du passé de ce territoire et ne saurait être minimisée.

Le basculement vers l’Espagne

Par le traité de San Ildefonso et le traité d’El Pardo, en 1777 et 1778, le Portugal livre à l’Espagne les îles de Fernando Póo, Annobón et Corisco, en échange de la colonie de Sacramento, en Amérique du Sud, et d’autres territoires consolidant les frontières du Brésil. L’Espagne obtient en parallèle la liberté de commercer sur les côtes guinéennes, depuis le delta du Niger jusqu’au cap Lopez, au Gabon actuel. En 1778, une expédition partie de Montevideo, menée par le comte d’Argelejos, tente de prendre possession de ces territoires. Selon un récit rapporté par la source, qui mériterait d’être confirmé par des travaux complémentaires, le peuple de l’île d’Annobón se serait soulevé, ne reconnaissant ni la domination portugaise ni la domination espagnole. Après le débarquement à Fernando Poo, les membres de l’expédition sont touchés par de graves maladies et attaqués par les Bubi, qui ne reconnaissent pas davantage de domination étrangère. Ces événements provoquent une mutinerie qui met fin à l’expédition. Pendant plusieurs décennies, la colonisation espagnole reste donc largement théorique : ces îles continuent d’être de simples escales, fréquentées surtout par des navires anglais, portugais, hollandais et français.

Occupation britannique partielle et abolition de la traite (1827-1845)

En 1807, le Parlement britannique vote l’abolition de la traite atlantique, dont les flux déclinent fortement à partir de 1815 grâce au droit de visite des navires étrangers imposé par la Royal Navy. Le trafic illégal d’esclaves, mené par certaines familles enrichies par ce commerce, se poursuit cependant au-delà de cette date, avant d’être progressivement remplacé par le commerce de brandy, d’huile de palme, de bois précieux et de textiles entre Barcelone et la colonie. En 1827, l’Espagne autorise la colonisation de l’île de Bioko par les Britanniques : Santa Isabel, aujourd’hui Malabo, prend alors le nom de Port Clarence, et un tribunal y est constitué pour réprimer la traite des esclaves, après l’abolition de 1807 puis l’abolition de l’esclavage en 1833. Le climat et les maladies déciment de nombreux Espagnols lors des expéditions successives envoyées à partir de 1830. L’île est finalement revendiquée à nouveau par l’Espagne en 1845, année où Nicolás de Manterola y fait débarquer le premier missionnaire.

Le retour espagnol et la colonie officielle (1856-1900)

En 1856, l’Espagne fonde officiellement la Guinée espagnole, d’abord réduite au domaine maritime des côtes guinéennes et à son île principale. Un premier gouverneur général est envoyé en 1858, et l’île obtient le statut de colonie espagnole l’année suivante. Le vaste domaine de plus de 800 000 km² que le Portugal avait cédé à l’Espagne par les traités de 1777 et 1778 reste cependant largement abandonné, et l’Espagne peine à faire reconnaître ses droits de propriété face aux autres puissances européennes déjà installées dans la région : la France au Gabon, l’Allemagne au Cameroun, le Royaume-Uni au Nigeria. À partir de 1884, le géographe espagnol Manuel Iradier y Bulfy entreprend de ré-annexer les territoires du Rio Muni en signant des traités avec les chefs locaux. La conférence de Berlin de 1884-1885, qui organise le partage colonial du continent, tourne cependant au désavantage de l’Espagne, qui ne se voit octroyer que 180 000 km², en plus de pertes supplémentaires au profit de la France sur le terrain. Une commission franco-espagnole est alors créée, qui aboutit au traité de Paris du 27 juin 1900 : l’Espagne ne conserve finalement qu’un territoire de 26 000 km², correspondant au Rio Muni, partie continentale de l’actuelle Guinée équatoriale. Pendant la guerre hispano-américaine de 1898, l’occupation militaire américaine de la colonie reste par ailleurs limitée, les intérêts des États-Unis se portant alors sur d’autres possessions coloniales.

Repères

  • 30 000 av. J.-C. : vestiges humains les plus anciens attestés sur le continent, au site de Mossumu
  • Entre 11 000 et 8 000 av. J.-C. : montée des eaux isolant progressivement Bioko du continent
  • Ve-Xe siècle : datation par radiocarbone de la Tradition Carboneras sur Bioko
  • 1469-1474 : découverte portugaise des îles du golfe de Guinée
  • 1er janvier 1471 : découverte d’Annobón par João de Santarém et Pedro Escobar
  • 1474 : découverte, par Fernão do Pó, de l’île renommée plus tard Bioko
  • 1777-1778 : traités de San Ildefonso et d’El Pardo, cession des îles par le Portugal à l’Espagne
  • 1807 : abolition de la traite atlantique votée par le Parlement britannique
  • 1827 : autorisation de colonisation britannique de Bioko, rebaptisée Port Clarence
  • 1833 : abolition de l’esclavage dans l’empire britannique
  • 1845 : l’île de Bioko revendiquée de nouveau par l’Espagne
  • 1856 : fondation officielle de la Guinée espagnole
  • 1884-1885 : conférence de Berlin, l’Espagne limitée à 180 000 km²
  • 27 juin 1900 : traité de Paris, l’Espagne réduite à 26 000 km² de Rio Muni
  • 1968 : indépendance de la Guinée équatoriale
  • 1979 : coup d’État porté au pouvoir par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo
  • 2021 : production pétrolière de 93 000 barils par jour, selon l’OPEP
  • Depuis janvier 2026 : Ciudad de la Paz, capitale de la partie continentale

Pourquoi cette histoire compte aujourd’hui

La Guinée équatoriale obtient son indépendance en 1968, sous la dictature de Francisco Macías Nguema, président à vie renversé par un coup d’État en 1979. Depuis cette date, le pouvoir est détenu par son neveu, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, sous l’autorité duquel le pays continue de connaître de graves violations des droits de l’homme. Depuis les années 1990, la Guinée équatoriale est devenue un important producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, mais cette production décline depuis 2016 et n’atteignait plus que 93 000 barils par jour en 2021, selon l’OPEP. Le pays se classe au quatrième rang des économies subsahariennes en PIB par habitant, mais les richesses issues du pétrole ont profité à très peu d’habitants, et les inégalités restent considérables.

Cette trajectoire récente ne se comprend qu’à la lumière des siècles précédents : la dualité continent-îles héritée des traités coloniaux, la présence persistante de la langue espagnole héritée de la colonisation, et la coexistence des Fang et des Bubi, deux populations dont les histoires respectives, continentale pour les uns, insulaire pour les autres, remontent à la préhistoire. Les forts portugais, les tribunaux antiesclavagistes de Port Clarence, les traités de délimitation signés à Paris en 1900 : tous ces éléments ont laissé des traces, parfois matérielles, souvent institutionnelles, dans la Guinée équatoriale contemporaine. Ils rappellent aussi que l’histoire de ce territoire s’est écrite à travers des rapports de force entre puissances européennes, sans que les populations locales, Bubi ou Fang, en aient été les premières bénéficiaires.

La Guinée équatoriale demeure ainsi un territoire dont l’histoire longue, encore partiellement documentée par l’archéologie, éclaire des enjeux très actuels : gouvernance, redistribution des ressources, et préservation d’une mémoire coloniale souvent méconnue en dehors du pays. Pour en savoir plus sur les pays d’Afrique centrale et leur actualité, retrouvez nos autres articles sur servafrica.fr.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *