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Politique & société Éthiopie, Égypte

Guerre Éthiopie Érythrée : l’accès à la mer Rouge est-il le vrai enjeu du conflit ?

Le 6 octobre, les forces érythréennes ont franchi la frontière pour entrer au Tigré depuis Zelambesa, progressant vers Adigrat puis Idaga Hamus. Quatre ans après avoir combattu côte à côte, Addis-Abeba et Asmara s'affrontent de nouveau, et la question de l'accès éthiopien à la mer Rouge revient au centre des analyses.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 6 min

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Illustration : Patrouille militaire en zone frontalière montagneuse d'Afrique de l'Est.
Illustration générée par IA (iziVoice, modèle gpt-image-2)

Image : illustration générée par IA.

Guerre Éthiopie Érythrée : l’expression n’était plus d’actualité depuis l’accord de paix historique de 2018, mais elle redevient le titre le plus juste pour décrire ce qui se joue depuis le début du mois d’octobre dans le nord de l’Éthiopie. Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, les forces érythréennes ont franchi la frontière pour entrer au Tigré depuis la localité de Zelambesa le 6 octobre, avant de progresser en direction d’Adigrat, puis d’Idaga Hamus. Quatre ans après avoir combattu côte à côte lors de la guerre du Tigré, les armées du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et du président érythréen Issayas Afewerki se retrouvent désormais face à face.

Ce renversement d’alliance interroge au-delà du strict théâtre militaire. Il relance une question plus ancienne, régulièrement évoquée depuis que l’Éthiopie a perdu son débouché maritime après l’indépendance de l’Érythrée en 1993 : l’accès à la mer Rouge est-il, derrière les équilibres politiques du Tigré, le véritable enjeu de cette confrontation ?

Guerre Éthiopie Érythrée : ce qui s’est passé début octobre

Le franchissement de la frontière par les forces érythréennes marque un tournant par rapport aux mois précédents. Jeune Afrique rappelle que dès début août, de violents affrontements avaient déjà secoué l’ouest du Tigré, ravivant le spectre d’une nouvelle guerre et mettant à l’épreuve l’accord de Pretoria, signé en 2022 pour mettre fin au conflit tigréen. Cet accord, censé sceller durablement la paix entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités régionales du Tigré, apparaissait déjà fragilisé bien avant l’entrée en scène directe de l’armée érythréenne.

Avec le franchissement de Zelambesa le 6 octobre et la progression vers Adigrat puis Idaga Hamus, le conflit change de nature : il ne s’agit plus seulement de tensions internes éthiopiennes autour du Tigré, mais d’une intervention militaire transfrontalière directe de l’Érythrée sur le sol éthiopien. Une déclaration citée par Jeune Afrique qualifie la situation d’« invasion totale de certaines régions du nord de l’Éthiopie par l’Érythrée », décrite comme « un acte d’agression flagrant ».

D’alliés à adversaires en quelques années

La bascule est spectaculaire au regard de l’histoire récente. En juillet 2018, une cérémonie à Addis-Abeba avait marqué la réouverture de l’ambassade d’Érythrée en Éthiopie, symbole de la réconciliation entre Abiy Ahmed et Issayas Afewerki après deux décennies de rupture diplomatique héritée de la guerre frontalière de 1998-2000. Cette réconciliation avait valu au Premier ministre éthiopien le prix Nobel de la paix. Lors de la guerre du Tigré qui a éclaté fin 2020, les deux pays s’étaient retrouvés du même côté du front, leurs armées combattant ensemble contre les forces du Front de libération du peuple du Tigré. Le fait que ces mêmes armées s’affrontent aujourd’hui illustre la fragilité des recompositions régionales dans la Corne de l’Afrique.

L’hypothèse de la mer Rouge derrière le conflit

C’est précisément cette question que pose l’analyse de Jeune Afrique : au-delà des rivalités immédiates autour du Tigré, l’accès de l’Éthiopie à la mer Rouge constitue-t-il l’enjeu de fond de cette nouvelle confrontation ? L’Éthiopie est, depuis la sécession de l’Érythrée en 1993, l’un des pays les plus peuplés au monde à ne disposer d’aucun accès maritime direct, une situation qui pèse sur son commerce extérieur et qui a nourri, ces dernières années, des déclarations répétées d’Addis-Abeba sur la nécessité de sécuriser un débouché sur la mer Rouge ou le golfe d’Aden.

Cette dimension géostratégique n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs capitales observent avec inquiétude les ambitions maritimes éthiopiennes. Selon Jeune Afrique, l’Égypte tente de rassembler autour d’elle les adversaires de l’Éthiopie, nouant une forme d’alliance avec l’Érythrée, le Soudan et la Somalie. Le média souligne toutefois que la solidité de ce front reste incertaine, de même que la réaction que pourrait avoir Washington face à cette recomposition.

Les États-Unis changent de posture vis-à-vis d’Asmara

Le contexte diplomatique évolue également du côté américain. Jeune Afrique rapporte que Washington a laissé expirer l’état d’urgence nationale qui avait été décrété sur le nord de l’Éthiopie, un geste présenté comme une décision stratégique mais controversée vis-à-vis de l’Érythrée, alors même que le Tigré renoue avec la violence. Ce choix intervient dans un moment où les sanctions américaines contre Asmara semblent progressivement tourner une page, selon le média, ce qui pourrait redistribuer les équilibres d’influence dans la région.

Pourquoi cette escalade est importante au-delà de l’Éthiopie et de l’Érythrée

Une reprise ouverte des hostilités entre l’Éthiopie et l’Érythrée n’aurait pas des conséquences circonscrites au seul Tigré. La région de la Corne de l’Afrique concentre déjà plusieurs lignes de tension : le Soudan traverse une crise interne majeure, la Somalie reste instable, et l’Égypte suit de très près tout ce qui touche à l’Éthiopie dans le cadre de son différend de longue date sur le barrage de la Renaissance et le partage des eaux du Nil. Une implication directe du Caire aux côtés d’Asmara, de Khartoum et de Mogadiscio, telle qu’évoquée par Jeune Afrique, dessinerait une coalition régionale hostile à Addis-Abeba, avec un risque de contagion du conflit au-delà des frontières tigréennes.

Pour les populations civiles du nord de l’Éthiopie, qui ont déjà payé un lourd tribut lors de la guerre du Tigré entre 2020 et 2022, cette nouvelle phase du conflit fait craindre une répétition des déplacements de population et des difficultés d’accès humanitaire déjà documentées lors du précédent conflit. L’accord de Pretoria avait permis un répit ; sa remise en cause fragilise les perspectives de stabilisation durable pour toute la région.

Un accord de paix sous tension

L’accord de Pretoria de novembre 2022 avait mis fin à deux années de guerre entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple du Tigré. Il prévoyait notamment le désarmement des forces tigréennes et un retrait progressif des troupes étrangères, dont les forces érythréennes, présentes sur le sol éthiopien pendant le conflit. Les affrontements rapportés dès le mois d’août dans l’ouest du Tigré, puis le franchissement direct de la frontière par l’armée érythréenne début octobre, indiquent que les termes de cet accord sont aujourd’hui largement remis en cause sur le terrain.

Ce qu’il faut retenir de cette nouvelle phase du conflit

La situation dans le nord de l’Éthiopie a franchi un seuil avec l’entrée confirmée des forces érythréennes sur le territoire éthiopien le 6 octobre, depuis Zelambesa, puis leur progression vers Adigrat et Idaga Hamus. Ce développement transforme une crise interne autour du Tigré en confrontation directe entre deux États, quatre ans seulement après que leurs armées combattaient côte à côte. La question posée par Jeune Afrique, celle de l’accès à la mer Rouge comme enjeu de fond, mérite d’être suivie avec attention dans les semaines à venir, tout comme les repositionnements régionaux autour de l’Égypte, du Soudan et de la Somalie, et l’évolution de la posture américaine vis-à-vis d’Asmara. Pour les lecteurs qui suivent l’actualité de la Corne de l’Afrique, la prudence reste de mise tant que les développements militaires et diplomatiques ne sont pas stabilisés.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. Retrouvez d’autres analyses sur l’actualité du continent sur servafrica.fr.

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