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CULTURE & SOCIÉTÉ Côte d’Ivoire

Basquiat Abidjan : quarante ans après son passage, la ville revisite l’histoire de l’artiste

Le 10 octobre 2026, Abidjan a marqué les quarante ans du vernissage de Jean-Michel Basquiat au Centre culturel français. Chercheurs, artistes et témoins de l'époque ont échangé lors d'une rencontre intitulée Palabres pour Basquiat, ouvrant une saison culturelle de deux ans consacrée à ce séjour longtemps resté dans l'ombre.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 4 min

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Basquiat Abidjan : quarante ans après son passage, la ville revisite l'histoire de l'artiste
Photo : Artvill / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Basquiat Abidjan : quarante ans après le passage de l’artiste américain Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire, artistes, chercheurs, journalistes et acteurs culturels se sont réunis le samedi 10 octobre 2026 à l’Institut français de Côte d’Ivoire, à Abidjan, pour revisiter cette histoire et interroger l’influence de ce séjour sur la création de l’artiste. Cette rencontre, dénommée Palabres pour Basquiat, s’inscrit dans le cadre de la saison culturelle Stereo Fetish.

Un anniversaire choisi avec précision

La date de cette rencontre n’a pas été fixée au hasard. Elle coïncide avec le quarantième anniversaire du vernissage de l’exposition de Jean-Michel Basquiat au Centre culturel français d’Abidjan, qui s’était tenu le 10 octobre 1986. À cette occasion, l’artiste avait présenté 23 œuvres lors de son passage en Côte d’Ivoire. Selon les éléments rapportés lors de la rencontre, Basquiat avait séjourné une dizaine de jours dans le pays et y avait exposé de son vivant, un épisode que les organisateurs souhaitent aujourd’hui remettre au centre de l’histoire de l’art.

Palabres pour Basquiat, une rencontre pensée comme un dialogue

À travers ce symposium d’ouverture intitulé Lire l’esprit du temps depuis Abidjan, les organisateurs entendent documenter les liens entre l’artiste et le continent africain. La journée a été conçue sous la forme d’une palabre, privilégiant les échanges entre les participants plutôt qu’une succession de communications académiques classiques.

À l’origine de cette initiative, Anna-Alix Koffi, fondatrice de Stereo Fetish, explique avoir découvert, au cours de ses recherches, le peu de traces laissées dans la mémoire collective par le passage de Basquiat en Côte d’Ivoire. Personne n’a parlé de ce passage en Côte d’Ivoire, c’est incroyable, a-t-elle relevé. Pour elle, il était important de rappeler que l’artiste avait séjourné une dizaine de jours dans le pays et exposé à Abidjan de son vivant.

Une saison culturelle de deux ans

Cette initiative marque le début d’une saison culturelle de deux ans, qui s’étend d’octobre 1986 à août 1988, période correspondant aux quarante ans du séjour de Basquiat en Côte d’Ivoire et de sa disparition prématurée. La saison Stereo Fetish prévoit de prolonger les recherches sur les liens entre l’artiste et le pays, en explorant les étapes de son séjour et les rencontres qui ont nourri son rapport aux cultures africaines.

Le témoignage d’un journaliste présent en 1986

Présent à cette rencontre, Bakary Sanogo, journaliste et expert en communication pour le développement, a apporté son témoignage. Il avait couvert l’exposition de Basquiat en octobre 1986 en qualité de journaliste et critique d’art. Revenant sur son travail de l’époque, il a décrit l’artiste comme une figure de l’audace et de l’avant-garde.

Jean-Michel Basquiat aura été une symphonie inachevée, il est parti très tôt, a-t-il déclaré, en référence à la disparition de l’artiste en 1988, à l’âge de 27 ans. Selon lui, les œuvres de Basquiat témoignent d’une démarche artistique qui n’était pas nécessairement admise à l’époque, notamment à travers les influences du pop art et de l’art de la rue. Aujourd’hui, 40 ans, 50 ans après, on parle toujours de Basquiat. C’est ça la création, c’est ça l’œuvre utile en matière de création artistique, c’est de voir loin, a-t-il souligné.

Une œuvre inscrite dans l’histoire de l’art noir

Les échanges ont également permis de mettre en évidence la dimension culturelle de l’œuvre de Basquiat. Arthur Jafa, artiste et intervenant venu des États-Unis, a insisté sur la contribution de l’artiste à l’histoire de l’art noir. D’origine haïtienne par son père et portoricaine par sa mère, Basquiat portait plusieurs héritages culturels qui se retrouvent dans son langage visuel. Il a notamment relevé que l’expression artistique noire ne saurait être réduite à la musique, soulignant l’existence de traditions riches et diversifiées dans les arts visuels et matériels, particulièrement sur le continent africain.

Le rôle de la coopération suisse rappelé

De son côté, Deborah Attolini, conseillère politique à l’ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire, a rappelé le rôle joué par son institution dans l’exposition de 1986. Elle a salué la capacité de l’artiste à établir des passerelles entre différentes cultures et à transmettre des messages à travers son travail. Nous voyons la culture et l’art comme des créateurs de ponts entre des peuples différents, entre des réalités différentes, a-t-elle affirmé, estimant que l’art constitue un moyen de dialogue et de construction d’une vision commune pour l’avenir.

Ce qu’il faut retenir de cette commémoration

Quarante ans après l’exposition du Centre culturel français d’Abidjan, le passage de Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire restait, selon les organisateurs eux-mêmes, largement absent de la mémoire collective. La rencontre Palabres pour Basquiat ouvre une saison de deux ans destinée à combler ce vide, en réunissant témoins de l’époque, chercheurs et artistes autour d’un même objectif : documenter les liens entre l’artiste et le continent africain et inscrire Abidjan dans le récit de son histoire. Les prochaines étapes de cette saison culturelle, annoncées jusqu’en août 1988 symboliquement, devraient permettre d’approfondir les circonstances exactes de ce séjour d’une dizaine de jours et son influence réelle sur l’œuvre de l’artiste.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. servafrica.fr

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