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Afrique du Sud : Soweto et Durban en flammes, la colère anti-immigration explose

Une décision de la Cour constitutionnelle sud-africaine sur l'asile a mis le feu aux townships de Soweto et Durban. Véhicules incendiés, commerces pillés, trois arrestations : retour sur un engrenage qui concerne directement les Africains vivant en Afrique du Sud.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 5 min

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Afrique du Sud : Soweto et Durban en flammes, la colère anti-immigration explose
Photo : Matt-80 / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0

Afrique du Sud, pays dont la fiche figure sur notre page destination, a connu jeudi une nuit de violences xénophobes dans deux de ses grandes villes. À Soweto et à Durban, des véhicules ont été incendiés, des commerces tenus par des étrangers ont été pillés, et la police a procédé à trois arrestations. Le déclencheur n’est pas un fait divers isolé, mais une décision de justice vieille de plusieurs mois dont la mise en œuvre précipitée a mis le feu aux poudres.

Afrique du Sud : une décision de justice qui embrase les townships

Tout part d’un arrêt rendu en juillet par la Cour constitutionnelle sud-africaine, la plus haute juridiction du pays, dans l’affaire Scalabrini Centre of Cape Town contre le ministère de l’Intérieur. La Cour a jugé inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi sur les réfugiés qui empêchaient des demandeurs d’asile d’accéder au système de protection simplement parce qu’ils étaient entrés dans le pays sans visa de transit, ou parce qu’ils n’avaient pas respecté les délais prescrits pour déposer leur demande. Concrètement, des personnes fuyant des persécutions pouvaient jusqu’alors être expulsées avant même que leur dossier soit examiné. La Cour a mis fin à cette pratique.

Resté trois mois sous forme de texte juridique, cet arrêt est devenu un véritable détonateur fin septembre. Le 28 septembre, le directeur général du ministère de l’Intérieur a émis une directive interne destinée à mettre en œuvre l’arrêt dans les bureaux d’accueil des réfugiés. Selon les informations relayées, cette directive n’a été signée ni par la ministre de l’Intérieur ni par aucun responsable politique : le ministère affirme qu’elle a été prise sans la connaissance ni la consultation de la ministre. Sur le terrain, l’effet a été immédiat : les centres d’accueil ont été submergés par des centaines de personnes, les files d’attente se sont allongées et la tension est montée.

Soweto et Durban : nuit de violences et de pillages

Le jeudi 8 octobre, des manifestants se sont rassemblés à Durban devant un centre d’accueil pour réfugiés, exigeant sa fermeture. La police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser la foule et les commerces du centre-ville ont fermé leurs portes par précaution.

À Soweto, dans le quartier d’Orlando West, des habitants ont exigé la fermeture des spaza shops, ces petites épiceries de quartier souvent tenues par des ressortissants étrangers. Des commerçants ont été chassés, des boutiques attaquées et un bâtiment incendié. « Des affrontements ont eu lieu entre des ressortissants étrangers présents dans la région et des citoyens sud-africains », a déclaré Xolani Fihla, haut responsable de la police locale, à la SABC, citée par Camer.be. La police a confirmé le bilan matériel : quatorze véhicules incendiés à Durban et dix à Soweto. Des coups de feu ont également été signalés lors d’affrontements entre résidents et commerçants étrangers à Soweto.

Un bilan encore flou, trois arrestations

Trois ressortissants étrangers ont été arrêtés, accusés d’avoir agressé un manifestant à Durban. Selon la police du KwaZulu-Natal, la tension est partie de cet incident : un manifestant sud-africain aurait été agressé par un étranger et aurait souffert d’une fracture sévère à la jambe. « Pour le moment, je peux confirmer qu’aucun blessé n’a été signalé », a précisé Xolani Fihla à la SABC. Aucune confirmation indépendante du bilan humain n’a pu être obtenue auprès des autorités sanitaires à ce stade. Le commissaire national de police par intérim, le lieutenant-général Puleng Dimpane, a condamné la destruction de biens et annoncé le déploiement de renforts policiers dans les deux villes.

Le ministère retire sa directive, mais le mal est fait

Vendredi matin, le ministère de l’Intérieur a annoncé le retrait de la directive du 28 septembre. Dans un communiqué, le département reconnaît que « la mise en œuvre immédiate de l’arrêt a entraîné de graves conséquences qui n’auraient pas pu être prévues dans l’ordonnance de la Cour ». Parmi ces conséquences citées : des centres d’accueil submergés en quelques jours, des agents du ministère mis en danger, et de graves menaces pour la sécurité et l’ordre publics. Le retrait de la directive ne répare toutefois pas les dégâts matériels déjà causés à Soweto et à Durban, ni le climat de peur installé chez les commerçants étrangers de ces quartiers.

Ce que les Africains présents en Afrique du Sud doivent retenir

Pour les ressortissants africains installés en Afrique du Sud, qu’ils soient commerçants, demandeurs d’asile ou résidents réguliers, cet épisode appelle à la prudence dans les jours qui suivent. Quelques points pratiques ressortent de la situation décrite par les autorités locales.

  • Éviter de se rendre, le temps que la tension retombe, dans les zones directement concernées par les affrontements, notamment Orlando West à Soweto et les abords des centres d’accueil pour réfugiés à Durban.
  • Conserver sur soi ou en lieu sûr les documents d’identité, titres de séjour et récépissés de demande d’asile, les contrôles et vérifications pouvant se multiplier dans un contexte de tension.
  • Se tenir informé des communiqués officiels du ministère sud-africain de l’Intérieur concernant la mise en œuvre de la décision de la Cour constitutionnelle, qui reste en vigueur même après le retrait de la directive contestée.
  • Pour les commerçants étrangers, signaler tout incident ou menace aux services de police locaux et conserver les preuves nécessaires en cas de dommages matériels, pour toute démarche ultérieure d’indemnisation ou de plainte.
  • Les représentations consulaires des pays d’origine des ressortissants étrangers concernés restent un point de contact utile en cas de difficulté, notamment pour toute assistance administrative ou sécuritaire.

Cet épisode rappelle que les évolutions du droit de l’asile, même lorsqu’elles visent à protéger les demandeurs légitimes, peuvent avoir des répercussions sociales immédiates lorsqu’elles sont mises en œuvre sans anticipation suffisante des capacités d’accueil. La situation reste suivie de près par les autorités sud-africaines, qui ont annoncé le déploiement de renforts policiers à Soweto et à Durban.

Sources

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