
RDC M23 : comment Kinshasa a externalisé la défense de Goma
RDC M23 est redevenu, ces derniers mois, l’un des dossiers les plus suivis de la diplomatie et de la défense en Afrique centrale. Alors que les combattants de l’AFC/M23 progressaient vers Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, en janvier 2025, le gouvernement de Félix Tshisekedi à Kinshasa a tenté d’organiser une défense de dernier recours de la ville. Selon une enquête intitulée « Violence for Sale », menée par l’Initiative mondiale contre le crime organisé transnational (GI-TOC) et relayée par Jeune Afrique, cette défense s’est appuyée sur une coalition d’alliés militaires locaux et internationaux, loin du seul cadre des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
RDC M23 : une avancée qui a mis Goma sous pression
Depuis plusieurs mois, l’AFC/M23 a multiplié les gains territoriaux dans l’est de la RDC, une région marquée depuis des décennies par des cycles de violence armée. Début 2025, la menace pesant sur Goma, ville stratégique du Nord-Kivu située à la frontière avec le Rwanda, a pris une tournure particulièrement critique pour le pouvoir congolais. Face à cette situation, Kinshasa a cherché à constituer, dans l’urgence, un dispositif de défense capable de contenir la progression des combattants. C’est dans ce contexte que l’enquête de GI-TOC, citée par Jeune Afrique, met en lumière le recours à des partenaires extérieurs, au-delà des seules forces régulières congolaises.
Une photographie accompagnant l’enquête, prise le 29 janvier 2025 près du poste frontière avec le Rwanda à Goma, montre un membre du M23 surveillant des hommes présentés comme vraisemblablement des mercenaires roumains. Cette image, relayée par l’AFP et reprise par Jeune Afrique, illustre concrètement la présence de combattants étrangers sur ce théâtre d’opérations, aux côtés des forces loyalistes.
L’enquête « Violence for Sale » de GI-TOC : ce qu’elle révèle
Le travail mené par l’Initiative mondiale contre le crime organisé transnational, cité par Jeune Afrique, documente la manière dont des prestataires et des conseillers extérieurs opèrent sur le terrain aux côtés des forces congolaises. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’armée nationale, le gouvernement de Félix Tshisekedi aurait ainsi mobilisé une coalition hétérogène, mêlant alliés militaires locaux et acteurs internationaux, pour tenter de freiner l’avancée du M23 vers Goma.
Cette enquête s’inscrit dans un phénomène plus large observé dans plusieurs zones de conflit à travers le monde : le recours croissant à des sociétés militaires privées et à des réseaux de prestataires de sécurité, parfois peu transparents, pour compléter ou suppléer des armées nationales affaiblies ou dépassées par l’ampleur d’une crise. La présence évoquée de combattants roumains près de Goma, telle que documentée par la photographie de l’AFP, s’inscrit dans ce cadre d’externalisation de la défense.
Pourquoi l’externalisation de la guerre pose question
Le recours à des acteurs militaires extérieurs pour mener ou appuyer des opérations de défense soulève plusieurs enjeux majeurs, aussi bien pour la souveraineté de l’État que pour la protection des populations civiles.
- Transparence et responsabilité : lorsque des prestataires extérieurs interviennent dans un conflit, les chaînes de commandement et de responsabilité peuvent devenir moins lisibles, rendant plus difficile l’identification des responsabilités en cas d’exactions ou de violations du droit international humanitaire.
- Coût et dépendance : le recours à des alliés militaires internationaux engage souvent des ressources financières importantes et peut créer une dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs pour la sécurité du territoire national.
- Perception internationale : la présence de mercenaires ou de prestataires étrangers dans un conflit interne peut compliquer les efforts diplomatiques, notamment dans les discussions régionales et internationales visant à apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda.
- Image du pouvoir en place : pour Félix Tshisekedi et son gouvernement, le recours à une coalition externe pour défendre une ville aussi symbolique que Goma peut être perçu, selon les points de vue, soit comme une mesure pragmatique face à l’urgence, soit comme un aveu de fragilité des forces armées nationales.
Goma, enjeu stratégique pour la RDC et sa région
Goma n’est pas une ville congolaise comme les autres. Chef-lieu de la province du Nord-Kivu, elle est située à la frontière directe avec le Rwanda, dans une région riche en ressources minières et marquée depuis les années 1990 par des vagues successives de conflits armés impliquant des groupes armés locaux, des forces régionales et, selon de nombreux rapports internationaux, des soutiens extérieurs. La menace que représentait l’avancée de l’AFC/M23 vers cette ville en janvier 2025 dépassait donc le simple enjeu militaire local : elle touchait directement à la stabilité de toute la région des Grands Lacs.
C’est précisément parce que l’enjeu dépassait les capacités immédiates des FARDC que le gouvernement congolais aurait choisi, selon l’enquête de GI-TOC citée par Jeune Afrique, de mobiliser une coalition élargie, combinant soutiens locaux et internationaux, plutôt que de s’en remettre aux seules forces régulières.
Ce que cela signifie pour la diaspora et les observateurs
Pour la diaspora congolaise et pour l’ensemble des observateurs attentifs à la situation en RDC, cette révélation sur l’externalisation de la défense contre le M23 est un signal à prendre au sérieux. Elle invite à suivre de près plusieurs dossiers connexes : les discussions régionales et internationales sur la résolution du conflit dans l’est du pays, les éventuelles enquêtes sur le rôle exact des prestataires extérieurs mentionnés, ainsi que les réactions des autorités congolaises et des partenaires internationaux face à ces révélations.
Cette actualité s’ajoute à un contexte politique intérieur déjà tendu en RDC, où le pouvoir de Félix Tshisekedi fait face, par ailleurs, à des contestations sur d’autres terrains, notamment autour d’un projet de révision constitutionnelle contesté par une partie de l’opposition. Le dossier de la défense face au M23 vient ainsi s’ajouter à un ensemble de défis auxquels le gouvernement congolais doit répondre simultanément.
Les limites de ce que l’on sait à ce stade
Il convient de rester prudent sur l’ampleur exacte de cette externalisation, le nombre de prestataires impliqués ou les montants engagés, faute de données précises rendues publiques à ce jour dans les éléments disponibles de l’enquête. Ce que confirme pour l’instant le travail de GI-TOC, relayé par Jeune Afrique, c’est l’existence d’une stratégie de défense reposant sur des appuis extérieurs au moment critique de la bataille pour Goma, illustrée notamment par la présence documentée de combattants présentés comme des mercenaires roumains près du poste frontière avec le Rwanda.
Conclusion
L’épisode de la défense de Goma face à l’AFC/M23 illustre une tendance que suivent de près les analystes des conflits africains : le recours croissant, par certains États confrontés à des crises sécuritaires majeures, à des acteurs militaires extérieurs pour compléter leurs propres forces. Pour la RDC, ce choix soulève des questions de fond sur la souveraineté, la transparence et la capacité des institutions nationales à assumer seules la défense du territoire. Ces enjeux continueront d’alimenter le débat public et diplomatique autour de la crise dans l’est du pays dans les mois à venir.
Pour suivre l’actualité politique et sécuritaire de la RDC et de l’ensemble du continent, servafrica.fr poursuit sa veille et propose des analyses régulières à ses lecteurs.
Sources
- Jeune Afrique, « RDC : comment Félix Tshisekedi a externalisé la guerre contre le M23 »
- Initiative mondiale contre le crime organisé transnational (GI-TOC), enquête « Violence for Sale », citée par Jeune Afrique
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.