
Le royaume d’Aksoum, puissance africaine entre mer Rouge et Méditerranée
Dans les hauts plateaux du nord de l’Éthiopie, de grandes stèles de pierre rappellent qu’un royaume africain a frappé sa propre monnaie, commercé de la Méditerranée à l’océan Indien et adopté le christianisme dès le IVe siècle. Retour sur le royaume d’Aksoum, puissance majeure de l’Antiquité tardive.
Un royaume né dans les hauts plateaux
Le royaume d’Aksoum (ou Axoum) s’est formé dans le nord de l’actuelle Éthiopie, dans la région du Tigré, et s’étendait aussi sur une partie de l’actuelle Érythrée. Selon l’Encyclopaedia Britannica, il apparaît vers le Ier siècle de notre ère. Britannica souligne qu’il ne s’agit pas d’une colonie venue des royaumes sabéens du sud de l’Arabie, hypothèse ancienne aujourd’hui écartée, mais d’une puissance locale qui s’est développée en Afrique du Nord-Est.
L’une des plus anciennes descriptions écrites se trouve dans le Périple de la mer Érythrée, un guide de navigation rédigé en grec au Ier siècle. Ce texte décrit le port d’Adoulis, sur la mer Rouge, près de l’actuelle Massawa, et situe à huit jours de marche vers l’intérieur la « métropole » des Axoumites. Il nomme aussi un roi, Zoscalès, qui contrôlait alors la côte.
Un carrefour entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Asie
Du IIIe au VIe siècle, Aksoum devient, selon Britannica, le plus grand marché du nord-est de l’Afrique. Ses marchands commercent jusqu’à Alexandrie et au-delà du Nil, et le royaume contrôle des routes clés entre l’Afrique, le monde méditerranéen et l’Asie. Le Périple mentionne que l’ivoire venu de l’intérieur transitait par Aksoum avant d’être exporté par Adoulis ; les historiens citent aussi l’or, l’encens et les animaux parmi les produits échangés.
Cette position a frappé les contemporains. Au IIIe siècle, le prophète perse Mani, fondateur du manichéisme, aurait compté le royaume des Axoumites parmi les quatre grands royaumes du monde, aux côtés de la Perse, de Rome et de la Chine. Cette mention est rapportée dans un texte manichéen, les Kephalaia, et reprise par de nombreux historiens.
Une monnaie africaine frappée pendant plusieurs siècles
À partir de la fin du IIIe siècle, les rois d’Aksoum frappent des pièces d’or, d’argent et de bronze. Le premier souverain connu par ses monnaies est Endybis, dont le règne est généralement situé vers 270-300. Les légendes des premières pièces sont rédigées en grec, langue du commerce dans l’Orient méditerranéen. Ces monnaies sont, selon les spécialistes, les seules frappées dans l’Afrique au sud du Sahara durant l’Antiquité. Elles constituent aussi une source précieuse : c’est grâce à elles que l’on connaît le nom de plusieurs rois.
Le royaume possède sa propre écriture, le guèze. Les inscriptions royales sont parfois rédigées en trois versions, en guèze, en sabéen et en grec, comme sur la pierre dite d’Ézana.
Ézana et l’adoption du christianisme
Au IVe siècle, les rois d’Aksoum se convertissent au christianisme. Le roi Ézana est le plus connu d’entre eux. Selon la tradition rapportée par les historiens de l’Église, un chrétien originaire de Tyr, Frumentius, conduit jeune à la cour d’Aksoum après l’attaque du navire sur lequel il voyageait, joua un rôle dans cette conversion, puis fut consacré évêque par Athanase d’Alexandrie. La date exacte de la conversion d’Ézana est discutée ; les estimations la placent généralement vers le milieu du IVe siècle.
Ce choix se lit sur les monnaies : les symboles du croissant et du disque, liés aux anciens cultes, y sont remplacés par la croix. Selon Britannica, l’adoption du christianisme renforce aussi les liens politiques d’Aksoum avec l’Empire byzantin. L’Église orthodoxe éthiopienne, qui conserve aujourd’hui encore le guèze comme langue liturgique, s’inscrit dans cet héritage.
De l’expansion en Arabie au déclin
Aksoum étend aussi son influence de l’autre côté de la mer Rouge. Britannica indique qu’aux IIe et IIIe siècles, le royaume exerce une autorité dans le sud de l’Arabie, et qu’au VIe siècle, un roi aksoumite réduit le Yémen à l’état de vassal. La tradition et les sources de l’époque associent cette expédition au roi Kaleb. Dans la seconde moitié du VIe siècle, les Perses envahissent à leur tour l’Arabie du Sud et mettent fin à cette présence.
Aux VIIe et VIIIe siècles, l’expansion des puissances arabes perturbe les routes commerciales de la mer Rouge. Selon Britannica, cette transformation contribue au déclin de la base économique et de l’influence politique d’Aksoum. Le centre du pouvoir se déplace progressivement vers le sud, à l’intérieur des hauts plateaux. La ville d’Aksoum garde cependant une grande importance religieuse.
Repères
- Vers le Ier siècle : apparition du royaume d’Aksoum (selon Britannica).
- Ier siècle : le Périple de la mer Érythrée décrit le port d’Adoulis et la « métropole » des Axoumites.
- IIIe siècle : le prophète Mani aurait compté Aksoum parmi les quatre grands royaumes du monde.
- Vers 270-300 : règne d’Endybis, premier roi connu par ses monnaies.
- IIIe-VIe siècle : apogée commercial du royaume.
- Milieu du IVe siècle (date discutée) : conversion du roi Ézana au christianisme.
- VIe siècle : un roi d’Aksoum, associé à Kaleb, impose sa suzeraineté au Yémen.
- VIIe-VIIIe siècle : perturbation des routes de la mer Rouge et déclin du royaume.
- 1937 : un obélisque d’Aksoum est emporté à Rome pendant l’occupation italienne.
- 1980 : inscription d’Aksoum au patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2005 et 2008 : retour de l’obélisque en Éthiopie, puis remontage sur son site d’origine.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Les vestiges d’Aksoum sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980. Le site comprend notamment des stèles monolithiques, des tombes royales et les ruines de palais. La plus grande stèle, aujourd’hui effondrée, mesurait environ 33 mètres. Une autre, haute de 24 mètres et pesant environ 150 tonnes selon l’ONU, avait été emportée à Rome en 1937, pendant l’occupation italienne. L’Italie a décidé de la restituer en 2005 ; découpée en trois blocs, elle a été remontée à Aksoum sous la supervision de l’UNESCO, opération achevée en août 2008. La ville reste un lieu de pèlerinage majeur pour les chrétiens orthodoxes d’Éthiopie : selon la tradition éthiopienne, l’église Sainte-Marie-de-Sion abriterait l’Arche d’alliance, une croyance religieuse qui ne peut faire l’objet d’aucune vérification.
Sources
- Encyclopaedia Britannica, « Aksum (ancient kingdom, Africa) » : https://www.britannica.com/place/Aksum-ancient-kingdom-Africa
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Aksoum » : https://whc.unesco.org/fr/list/15/
- ONU Info, « UNESCO teams successfully reinstall Ethiopian obelisk to original site », août 2008 : https://news.un.org/en/story/2008/08/268092
- UNESCO, Histoire générale de l’Afrique, volume II, « Afrique ancienne » (dir. G. Mokhtar) : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000184311
- Smarthistory, « Aksumite coins » : https://smarthistory.org/aksumite-coins/
- Périple de la mer Érythrée (texte grec et traduction), ToposText : https://topostext.org/work/491
Informations vérifiées le 1er octobre 2026.