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Ibrahim Traoré CPI : le président burkinabè dénonce un instrument de l’impérialisme
Politique & société

Ibrahim Traoré CPI : le président burkinabè dénonce un instrument de l’impérialisme

08.10.2026

Ibrahim Traoré CPI : cette association est désormais au centre de l’actualité diplomatique en Afrique de l’Ouest. Le président du Burkina Faso a vivement critiqué la Cour pénale internationale lors d’une interview, estimant que l’institution appliquerait une justice à géométrie variable, sévère envers les dirigeants africains et indulgente envers les puissances occidentales. Ces déclarations interviennent dans un contexte précis : le retrait concerté de l’Alliance des États du Sahel du Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI.

Cette prise de position s’inscrit dans une trajectoire diplomatique engagée depuis plusieurs mois par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont choisi de se désolidariser progressivement de plusieurs institutions internationales jugées trop proches des intérêts occidentaux.

Ibrahim Traoré CPI : des critiques frontales contre La Haye

Dans cette interview relayée par le média La Nouvelle Tribune et reprise par AfrikMag, Ibrahim Traoré n’a pas mâché ses mots à l’égard de la Cour pénale internationale, tribunal basé à La Haye et chargé de juger les crimes les plus graves relevant du droit international, tels que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Le dirigeant burkinabè a résumé sa position en une formule sans ambiguïté : « La CPI est un organe de l’impérialisme. »

Pour étayer son propos, Ibrahim Traoré a mis en avant un déséquilibre qu’il juge flagrant dans l’activité de la Cour depuis sa création. Il a interpellé directement ses interlocuteurs avec cette question : « Depuis sa création, combien d’Africains ont été traduits devant la CPI ? Et combien d’Occidentaux ont été traduits devant la CPI ? » Cette interrogation résume l’argument central avancé par le chef de l’État burkinabè et plus largement par les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel : la justice pénale internationale se concentrerait de façon disproportionnée sur le continent africain, laissant de côté les actions menées par des puissances occidentales dans d’autres régions du monde.

Le retrait de l’AES du Statut de Rome, point de départ de la controverse

Les déclarations du président Traoré font directement suite à une décision politique majeure prise conjointement par les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel. Selon les éléments rapportés, le Niger a été le premier à notifier officiellement au Secrétaire général des Nations Unies sa décision de se retirer du Statut de Rome, avec une date d’effet fixée au 18 juin 2026. Six jours plus tard, le Burkina Faso et le Mali ont à leur tour transmis leurs notifications officielles de retrait. L’ensemble de ces trois notifications a été formellement enregistré par les Nations Unies le 30 juin 2026.

Les représentants gouvernementaux des trois pays concernés ont justifié cette décision collective en qualifiant la Cour pénale internationale d’instrument de répression néocoloniale. Ce vocabulaire, repris dans les communications officielles de l’Alliance des États du Sahel, traduit une défiance assumée envers les institutions multilatérales perçues comme héritières d’un ordre international jugé défavorable aux intérêts africains.

Les exemples cités par Ibrahim Traoré : Irak, Libye et Côte d’Ivoire

Pour illustrer son accusation de partialité, Ibrahim Traoré s’est appuyé sur plusieurs précédents historiques et judiciaires. Il a d’abord évoqué les interventions étrangères menées en Irak et en Libye, deux conflits qui n’ont pas donné lieu, selon son argumentaire, à des poursuites devant la CPI à l’encontre des puissances occidentales impliquées.

Il a ensuite cité la crise post-électorale survenue en Côte d’Ivoire entre 2010 et 2011, en faisant explicitement référence à l’acquittement final de l’ancien président Laurent Gbagbo. Ce dossier, suivi de près en Afrique de l’Ouest, est régulièrement mobilisé par les critiques de la CPI pour souligner, selon eux, les limites et les failles du fonctionnement de la justice pénale internationale lorsqu’elle traite de dossiers africains.

Un repositionnement géopolitique plus large pour le Burkina Faso et l’AES

Le retrait du Statut de Rome ne constitue pas un épisode isolé. Il s’inscrit dans un mouvement géopolitique plus vaste engagé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel. Depuis plusieurs mois, ces trois pays ont progressivement rompu leurs liens avec différents organismes régionaux et internationaux, qu’ils considèrent comme trop alignés sur les positions occidentales. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) figure parmi les institutions concernées par ce mouvement de distanciation.

Le président Traoré a fait de la revendication d’un partage équitable des ressources africaines et de l’industrialisation du continent une priorité affichée de son action, sans attendre, selon ses déclarations, une assistance extérieure venue de l’Occident. Cette orientation se traduit par des mesures concrètes au niveau national.

Des mesures économiques et industrielles concrètes

Le gouvernement militaire du Burkina Faso a ainsi imposé que 80 % de l’aide reçue soit désormais dépensée à l’intérieur du pays, les autorités faisant valoir que les coûts administratifs liés à la gestion de cette aide ne devraient pas en représenter la part la plus importante. Cette orientation vise à maximiser l’impact local des financements extérieurs plutôt que leur redistribution via des circuits administratifs externes.

Sur le plan industriel, le Burkina Faso a également lancé une usine de fabrication d’uniformes militaires, ainsi qu’une industrie de fabrication de véhicules blindés. Cette dernière initiative a d’ores et déjà produit plusieurs véhicules militaires, qui ont été récemment présentés au public. Ces projets s’inscrivent dans la volonté affichée par les autorités burkinabè de renforcer l’autonomie industrielle et sécuritaire du pays.

Le renforcement des liens avec la Russie

Malgré la rupture progressive avec plusieurs cadres multilatéraux occidentaux, le Burkina Faso, le Niger et le Mali continuent de renforcer leur coopération commerciale et sécuritaire avec la Russie. Cette orientation confirme un repositionnement stratégique des trois pays de l’Alliance des États du Sahel, qui cherchent à diversifier leurs partenariats internationaux en dehors des cadres traditionnels occidentaux et des institutions qu’ils jugent trop influencées par ces derniers.

Ibrahim Traoré CPI : ce qu’il faut retenir de cette controverse

Les déclarations d’Ibrahim Traoré sur la Cour pénale internationale illustrent une tendance de fond observée au sein de l’Alliance des États du Sahel : la remise en question assumée des institutions internationales héritées de l’ordre multilatéral d’après-guerre, jugées déséquilibrées par les dirigeants burkinabè, malien et nigérien. Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger du Statut de Rome, officiellement enregistré par les Nations Unies le 30 juin 2026, marque une étape significative dans ce repositionnement diplomatique.

Pour les observateurs de la vie politique ouest-africaine, cette séquence confirme que les trois pays de l’AES entendent construire une trajectoire souveraine, tant sur le plan judiciaire que sur le plan économique et industriel, en s’appuyant notamment sur un rapprochement affirmé avec la Russie et sur des politiques nationales de valorisation des ressources internes. Ce dossier continuera d’être suivi avec attention, tant il touche à la fois aux questions de justice internationale et aux équilibres géopolitiques en Afrique de l’Ouest.

Sources

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