
Fraude pétrolière : la RDC déploie un dispositif numérique et électronique de contrôle
Fraude pétrolière : c’est le mal que le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) entend désormais combattre avec des outils numériques et électroniques. Une réunion interministérielle tenue le mardi 29 septembre 2026 au ministère des Hydrocarbures, sous la présidence de la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a permis de valider les derniers préparatifs avant le lancement d’une phase pilote destinée à mieux contrôler les mouvements de carburants sur les principaux corridors d’approvisionnement du Sud et de l’Est du pays. Pour la diaspora congolaise et pour les acteurs économiques intéressés par le secteur des hydrocarbures en République Démocratique du Congo, comprendre ce dispositif permet de mieux cerner les enjeux de traçabilité qui touchent un secteur sensible et stratégique.
Fraude pétrolière : un mode opératoire bien identifié par les autorités
Selon les éléments présentés lors de la réunion interministérielle, la fraude dans le secteur aval des hydrocarbures repose en grande partie sur un manque de traçabilité des cargaisons de carburants qui transitent par les corridors du Sud et de l’Est de la RDC. Ces flux proviennent notamment de la Tanzanie, de la Zambie, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud, et alimentent une partie des marchés congolais. L’absence d’un suivi en temps réel des mouvements de camions-citernes, depuis le pays d’origine jusqu’aux points d’entrée en RDC puis aux lieux de destination ou de dépotage, laisse place à des incohérences entre les déclarations officielles et les volumes réellement livrés. C’est précisément ce décalage entre ce qui est déclaré aux autorités et ce qui circule réellement sur le terrain que les pouvoirs publics congolais souhaitent désormais objectiver grâce à des outils numériques et à un suivi physique renforcé.
Qui est concerné par ce dispositif de contrôle pétrolier
Le dispositif présenté vise en premier lieu les acteurs de la chaîne d’approvisionnement en produits pétroliers : importateurs, transporteurs par camions-citernes, opérateurs de dépôts et de stations-service sur les corridors ciblés. Il concerne également les administrations chargées du contrôle et de la perception des recettes, à savoir la Direction générale des douanes et accises (DGDA) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), toutes deux représentées lors de la réunion du 29 septembre 2026, aux côtés de la Primature et des ministères de l’Économie nationale et des Finances.
Pour les professionnels du secteur opérant en toute légalité, ce dispositif ne constitue pas une contrainte supplémentaire mais un cadre de transparence appelé à s’imposer progressivement. Pour les circuits qui s’appuient sur des déclarations incomplètes ou des itinéraires non contrôlés, en revanche, la mise en place de ces outils de suivi réduit sensiblement les marges de manœuvre.
Les deux piliers du dispositif
Le mécanisme annoncé repose sur deux volets complémentaires.
SIGOIL, une plateforme de gouvernance numérique
Développée avec la société Swiss Authentis, la plateforme SIGOIL est présentée comme un outil de gouvernance numérique destiné à centraliser les données relatives au secteur pétrolier aval. Elle doit permettre au ministère des Hydrocarbures de disposer d’une meilleure visibilité sur les flux de produits pétroliers, à partir de données accessibles en temps réel. Le Directeur général de Swiss Authentis, Guillaume Chaize, a indiqué à l’issue de la réunion que le projet, préparé depuis un an, entrait désormais dans sa phase opérationnelle : « Depuis un an, nous investissons dans une plateforme de gouvernance souveraine, propriété du ministère des Hydrocarbures. Et grâce à l’action de Madame la Ministre d’État, maintenant nous sommes à la phase du pilote. »
Des scellés électroniques pour le suivi physique des cargaisons
Le second volet du dispositif concerne le contrôle physique des cargaisons et sera assuré avec l’appui d’Intertek, société spécialisée dans les services d’inspection, de test et de certification. Le mécanisme prévoit l’installation de scellés électroniques équipés de technologies GPS/GSM sur les camions-citernes, afin de suivre le déplacement des cargaisons depuis leur pays d’origine, à travers les points d’entrée en RDC, jusqu’aux lieux de destination ou de dépotage. Marcel Compaoré, manager régional d’Intertek, a précisé que l’entreprise interviendrait notamment dans la pose des scellés et le suivi des produits aux différents points du circuit d’approvisionnement : « Notre domaine, ce sont les tests, les inspections et la certification. »
Signaux d’alerte identifiés par les autorités
Si la source ne détaille pas de cas précis, elle indique clairement l’objectif poursuivi : le croisement des données collectées sur le terrain avec celles enregistrées dans le système central doit permettre d’identifier plus rapidement les éventuelles incohérences dans les mouvements et les déclarations de produits pétroliers. Autrement dit, les signaux qui doivent désormais déclencher une vigilance accrue de la part des autorités sont les écarts entre les volumes déclarés à l’entrée du territoire et ceux effectivement livrés, les itinéraires de camions-citernes qui s’écartent des corridors habituels sans justification, ainsi que les retards ou absences de données remontées vers la plateforme SIGOIL. Pour les opérateurs économiques, ces mêmes signaux constituent autant de points à anticiper pour se mettre en conformité avant l’extension du dispositif.
Comment se protéger et se mettre en conformité
Pour les professionnels du secteur pétrolier aval en RDC, importateurs, transporteurs, gestionnaires de dépôts ou exploitants de stations-service, plusieurs précautions découlent directement des informations communiquées lors de cette réunion interministérielle :
- S’informer directement auprès du ministère des Hydrocarbures sur les modalités concrètes d’intégration à la plateforme SIGOIL dès le lancement de la phase pilote.
- Veiller à la cohérence des déclarations transmises aux administrations compétentes, notamment la DGDA et la DGRAD, afin d’éviter tout écart susceptible d’être signalé par le croisement des données.
- Anticiper l’installation des scellés électroniques GPS/GSM sur les camions-citernes opérant sur les corridors du Sud et de l’Est du pays, en particulier pour les flux en provenance de la Tanzanie, de la Zambie, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud.
- Se rapprocher des autorités compétentes, Primature, ministère des Hydrocarbures, ministère de l’Économie nationale et ministère des Finances, en cas de doute sur une obligation déclarative liée à ce nouveau cadre.
- Pour le grand public et les investisseurs de la diaspora, privilégier les circuits officiels d’approvisionnement et de distribution de carburants, et rester attentif aux communications officielles du gouvernement congolais sur l’avancement de ce projet pilote avant toute extension à d’autres zones du territoire.
Un enjeu de recettes publiques pour l’État congolais
Au-delà du seul contrôle des flux, ce dispositif présente un enjeu fiscal direct pour l’État. La réduction des circuits frauduleux et une meilleure traçabilité des importations doivent contribuer à limiter les pertes de recettes liées au commerce illicite des produits pétroliers. Dans un pays où la fiscalité pétrolière représente une source de revenus significative pour le budget national, la capacité à mieux suivre les volumes importés et distribués constitue un levier potentiel de consolidation des finances publiques, même si la source ne communique pas, à ce stade, d’estimation chiffrée des pertes actuelles liées à la fraude.
Une phase pilote avant une possible extension
Selon les informations communiquées à l’issue de la réunion, la phase pilote doit permettre dans un premier temps de tester le fonctionnement du dispositif sur les corridors ciblés du Sud et de l’Est de la RDC, avant une éventuelle extension à d’autres zones du territoire national. Cette approche progressive combine deux instruments complémentaires : la centralisation numérique des données avec SIGOIL et le suivi physique des cargaisons grâce aux solutions électroniques d’Intertek. Le gouvernement entend, à travers ce dispositif, renforcer la visibilité de l’État sur la chaîne d’approvisionnement des produits pétroliers et améliorer le contrôle des opérations depuis l’entrée sur le territoire jusqu’à la distribution.
Pour les lecteurs de ServAfrica installés en RDC ou en lien avec le secteur des hydrocarbures dans le pays, ce dossier illustre une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains : le recours croissant aux outils numériques pour renforcer la gouvernance des secteurs stratégiques et sécuriser les recettes publiques. Il convient toutefois de suivre les communications officielles du ministère des Hydrocarbures pour connaître le calendrier précis de mise en œuvre et les obligations concrètes qui s’appliqueront aux différents acteurs de la chaîne.
Sources
- Zoom Eco, « RDC : le Gouvernement prépare un dispositif numérique et électronique contre la fraude pétrolière » : lien vers l’article source
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