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Santé & assurance Congo

Ebola RDC : le directeur d’Africa CDC explique pourquoi l’épidémie échappe à tout contrôle

Ebola RDC : selon Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, plus de 70 % des cas ne figurent pas sur la liste des contacts suivis, ce qui explique pourquoi l'épidémie continue d'échapper à tout contrôle dans l'est du pays.

Équipe éditoriale ServAfrica. Publié le Lecture : 4 min

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Ebola RDC : le directeur d'Africa CDC explique pourquoi l'épidémie échappe à tout contrôle
Photo : belgium24.eu / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0

Ebola RDC reste une épidémie hors de contrôle selon Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies), qui a détaillé les raisons structurelles de cette situation. Son constat met en lumière un problème précis : une grande partie des malades échappe totalement au dispositif de surveillance mis en place par les autorités sanitaires en République démocratique du Congo.

Ebola RDC : des cas qui échappent massivement au suivi

Selon Jean Kaseya, la faille principale du dispositif actuel réside dans le suivi des contacts. « Plus de 70 % des cas ne figurent pas sur la liste des cas contacts », explique-t-il. Ce chiffre signifie que la majorité des personnes infectées n’avaient jamais été identifiées comme ayant été en contact avec un malade avant de développer elles-mêmes la maladie. Un tel écart rend très difficile toute anticipation de la propagation du virus.

Le directeur général d’Africa CDC va plus loin en pointant un second problème, directement lié à la prise en charge médicale : « Plus de 60 % des décès proviennent de personnes qui n’ont pas été pris en charge dans des centres de traitement d’Ebola. » Autrement dit, une majorité des morts n’ont jamais été soignées dans une structure adaptée, ce qui réduit considérablement les chances de survie et complique le travail d’identification des foyers de contamination.

Des déplacements de population qui aggravent la situation

Jean Kaseya décrit également une circulation des personnes qui échappe à tout contrôle. « Nous constatons que les gens se déplacent d’un endroit à un autre, sans que personne ne les en empêche », explique-t-il. Cette mobilité, dans une région marquée par l’instabilité, favorise la dissémination du virus vers de nouvelles localités, rendant obsolètes les efforts de confinement déjà engagés.

L’épidémie avait été détectée en mai dans la province d’Ituri, après plusieurs mois de propagation silencieuse. Depuis, c’est la province voisine du Nord-Kivu, isolée et marquée par un conflit armé persistant, qui est désormais considérée comme le nouvel épicentre de la maladie. Cette zone cumule deux difficultés majeures : un accès limité pour les équipes sanitaires et une population parfois contrainte de se déplacer pour fuir les violences, ce qui complique davantage le traçage des cas contacts.

La logique des listes de cas contacts expliquée par Africa CDC

Pour illustrer la méthode qui permettrait, selon lui, de reprendre la main sur l’épidémie, Jean Kaseya prend l’exemple d’une liste de cas contacts bien tenue. « Si vous disposez d’une liste de 50 000 ou 60 000 cas contacts et que de nouveaux cas proviennent de cette liste, vous n’avez pas à craindre, car vous savez que vous exercez une certaine maîtrise de la situation », explique-t-il. Dans ce scénario, chaque nouveau malade est déjà connu des autorités sanitaires, ce qui permet d’anticiper les besoins en soins et en isolement.

Le problème, selon lui, est inverse en République démocratique du Congo : « Mais lorsque de nouveaux cas apparaissent en dehors de cette liste de cas contacts, cela signifie que l’épidémie n’est pas maîtrisée. » C’est précisément ce schéma qui se répète depuis plusieurs semaines dans les zones touchées, avec une proportion élevée de cas qui surgissent sans avoir été anticipés par les équipes de riposte.

Restaurer la confiance des communautés, une priorité pour Africa CDC

Face à ce constat, le directeur général d’Africa CDC estime que la solution ne passe pas uniquement par des moyens techniques ou logistiques supplémentaires. Il insiste sur la nécessité d’instaurer un climat de confiance dans les communautés qui peuplent les villages concernés, afin de permettre un traçage rigoureux des cas contacts dans chaque localité. Cette approche suppose un dialogue constant avec les habitants, souvent méfiants envers les équipes sanitaires venues de l’extérieur, en particulier dans des zones marquées par des années de conflit et de défiance envers les institutions.

Cette dimension communautaire est régulièrement présentée par les experts en santé publique comme un facteur déterminant dans la maîtrise des épidémies de fièvres hémorragiques. Sans l’adhésion des populations locales, même les dispositifs les plus sophistiqués peinent à produire des résultats durables.

Ce qu’il faut retenir de l’épidémie en RDC

Selon les données communiquées par le gouvernement congolais, la République démocratique du Congo a enregistré plus de 8 500 cas et plus de 4 000 décès depuis le début de cette épidémie. Ces chiffres en font, selon les autorités, l’épidémie d’Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée et la plus meurtrière que le pays ait connue.

L’analyse de Jean Kaseya apporte un éclairage utile sur les mécanismes qui expliquent cette propagation rapide : des cas qui échappent au suivi, des décès qui surviennent en dehors des centres de traitement, et des déplacements de population qui ne sont pas contenus. Pour les lecteurs qui suivent la situation sanitaire en Afrique centrale, ce témoignage d’Africa CDC rappelle que la maîtrise d’une épidémie dépend autant de la confiance des populations que des moyens médicaux déployés sur le terrain.

ServAfrica continuera de suivre l’évolution de cette épidémie et les mesures prises par les autorités sanitaires pour tenter de reprendre le contrôle de la situation.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. Retrouvez d’autres analyses sur servafrica.fr.

Ces informations ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

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