Conseil présidentiel Afrique : c’est le nom donné par Emmanuel Macron à une structure inédite, annoncée le 29 août 2017 lors de la conférence des ambassadeurs à Paris. Rattachée directement au chef de l’État, cette instance de onze membres bénévoles doit nourrir la politique africaine du président français, lui faire remonter des propositions et faire redescendre la perception de son action sur le continent. Retour sur la naissance de ce dispositif, ses ambitions et les tensions qu’il annonce.
Le point de départ
L’idée germe dès avril 2017, avant même l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Elle vise à incarner ce que l’Élysée appelle le « renouvellement du partenariat entre la France et l’Afrique » et à permettre une approche des enjeux qui ne se limite pas aux questions sécuritaires. « Notre projet est de ne pas faire que du sécuritaire et du contrôle des migrations », insiste l’un des conseillers du président, cité par Le Monde.
Le Conseil présidentiel pour l’Afrique, ou CPA, est conçu comme un outil réactif, à l’écart des circuits institutionnels classiques. « Nous devons avoir un esprit de hussards, être en mode vigie, ce que les institutionnels ne savent ou ne peuvent plus faire », explique Jules-Armand Aniambossou, Franco-Béninois et camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’École nationale d’administration (ENA). Passé par la préfectorale française avant d’être nommé ambassadeur du Bénin en France, il est désormais directeur général Afrique et Outre-Mer du groupe Duval et assure la coordination de l’équipe.
Les obstacles et les échecs
Dès l’annonce, l’Élysée prend soin de poser des limites : « Ce ne sera ni un nouveau think tank, ni un fan-club africain du président de la République », jure-t-on en interne. L’enjeu est de taille, car le dispositif doit coexister avec des structures déjà établies : le conseiller Afrique de l’Élysée, Franck Paris, et le directeur Afrique du ministère des Affaires étrangères, Rémi Maréchaux, ont certes participé à la sélection des membres du CPA, mais cette nouvelle intuition politique institutionnalisée risque, de l’aveu même des proches du président, d’empiéter sur leurs prérogatives.
Autre défi : composer une équipe cohérente à partir de parcours très différents. Footballeur reconverti, scientifique, avocat, entrepreneurs du numérique ou de la culture, journaliste : difficile de trouver des points de convergence évidents entre ces onze profils, le plus souvent issus de la diaspora africaine en France ou en Europe. L’entourage présidentiel assume ce choix : « Nous n’avons pas voulu faire de répartition en fonction des origines géographiques, mais en revanche nous avons respecté une égale répartition entre hommes et femmes », explique-t-on, tout en reconnaissant une volonté de signal générationnel : « On n’a pas fait de jeunisme, mais quand même un peu », admet-on à l’Élysée.
Le tournant
Le tournant, c’est la décision de constituer une équipe resserrée de onze bénévoles, avec un accès direct au président de la République, en dehors de toute hiérarchie administrative classique. La liste complète des membres illustre la diversité recherchée : Jean-Marc Adjovi-Boco, Franco-Béninois, ancien sportif et entrepreneur ; Jules-Armand Aniambossou, Franco-Béninois, coordinateur du Conseil ; Diane Binder, directrice adjointe du développement international du groupe Suez ; Yves-Justice Djimi, avocat ; Liz Gomis, journaliste et réalisatrice ; Jeremy Hadjenberg, directeur général adjoint chez IPG ; Yvonne Mburu, chercheuse et consultante en santé, originaire du Kenya ; Vanessa Moungar, Franco-Tchadienne, directrice genre, femmes et société civile à la Banque africaine de développement, originaire du Tchad ; Nomaza Nongqunga Coupez, entrepreneuse dans la culture, originaire d’Afrique du Sud ; Karim Sy, entrepreneur dans le numérique, basé à Dakar, au Sénégal ; et Sarah Toumi, entrepreneuse sociale franco-tunisienne, originaire de Tunisie.
Ce sont des personnalités qui ne sont pas connues pour « grenouiller dans les cercles du pouvoir », précise Le Monde, ce qui constitue en soi un choix politique : aller chercher des voix extérieures aux circuits traditionnels pour irriguer la décision présidentielle.
Les résultats
Concrètement, le Conseil présidentiel pour l’Afrique doit être sollicité avant chaque déplacement du chef de l’État sur le continent. Sa première mission annoncée est de préparer le discours d’Emmanuel Macron qui doit dessiner les grandes lignes de la politique française en Afrique. Selon les informations relayées par Le Monde, ce discours devait être prononcé à la mi-novembre 2017, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso.
À plus long terme, Jules-Armand Aniambossou évoque une ambition de « coproduction avec les partenaires africains sur des sujets d’intérêt partagé, avec une ambition continentale et pas seulement limitée aux francophones ». Parmi les premiers thèmes identifiés : la mobilité. Alors que l’Europe s’efforce de limiter les arrivées sur son sol, le coordinateur du CPA plaide pour « faire respirer les flux » : « Il ne s’agit pas d’ouvrir les vannes, mais d’offrir une respiration aux entrepreneurs, créateurs qui veulent se rendre en France et pour qui obtenir un visa, c’est la croix et la bannière. »
Des frictions avec d’autres administrations sont jugées probables, mais le coordinateur du Conseil s’en dit peu inquiet : « Tout le monde court vers l’Afrique. Nous avons une proximité qu’il faut savoir utiliser. À nous d’expliquer pourquoi avec la France ce sera mieux qu’avec d’autres. » Une autre source proche d’Emmanuel Macron, plus mesurée, résume l’objectif du dispositif comme la volonté de « retrouver des canaux de discussion avec cette réalité africaine que l’on a un peu perdue de vue ces dernières années ».
Ce qu’il faut retenir de ce Conseil présidentiel Afrique
La création du Conseil présidentiel pour l’Afrique illustre une méthode plus qu’une politique arrêtée : court-circuiter les circuits diplomatiques habituels en s’appuyant sur des profils issus de la diaspora, entrepreneurs, chercheurs, avocats ou artistes, pour alimenter directement la réflexion présidentielle. Cette approche traduit la volonté affichée de sortir d’une relation franco-africaine perçue comme figée dans des schémas sécuritaires ou migratoires.
Pour les Africains du continent comme pour la diaspora, l’initiative mérite d’être suivie dans la durée : la véritable mesure de son utilité se jouera moins dans sa composition que dans sa capacité réelle à peser sur les décisions, face à des administrations déjà installées. Le premier test annoncé, le discours de Ouagadougou, donnera une première indication sur la portée concrète de ce dispositif.
Sources
- Camer.be, « France – Emmanuel Macron crée un Conseil présidentiel pour l’Afrique, des « vigies » du continent »
- Le Monde, cité par Camer.be
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