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COI : la France prend la présidence et relance la question de Mayotte

Équipe éditoriale ServAfrica. 10.06.2026 7 min de lecture
Moroni, capitale des Comores, où la France a pris la présidence de la Commission de l'océan Indien
Moroni, capitale des Comores (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

En prenant la présidence de la Commission de l’océan Indien à Moroni, la France a immédiatement remis sur la table un dossier explosif : l’intégration de Mayotte. Une priorité affichée par Paris, mais rejetée sans détour par les Comores, qui revendiquent l’île. ServAfrica décrypte un contentieux ancien, ravivé sur fond de rivalités régionales.

Les faits

Le 8 juin 2026, à Moroni, capitale des Comores, s’est tenu le 40e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien (COI). Cette réunion a acté le passage de la présidence tournante annuelle des Comores à la France, représentée dans la région par La Réunion. Dès sa prise de fonction, la ministre déléguée française chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux, Éléonore Caroit, a fait de l’intégration de Mayotte au sein de l’organisation l’une des priorités du mandat français.

La réaction comorienne a été immédiate et ferme. À la tribune, le ministre comorien des Affaires étrangères, Mbae Mohamed, a déclaré « Mayotte est comorienne », demandant à la France de « mettre fin à la violation de [son] intégrité territoriale ». Côté français, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a réaffirmé que « Mayotte est française ». Or toute nouvelle adhésion à la COI requiert l’unanimité des États membres : l’opposition comorienne bloque, à ce stade, les ambitions françaises.

Le littoral de Mamoudzou, à Mayotte, département français revendiqué par les Comores
Le littoral de Mamoudzou, à Mayotte (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

La COI réunit cinq membres depuis 1986 : les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et la France, présente via La Réunion. Mayotte, elle, n’en fait pas partie. Le différend remonte à la décolonisation : lors de l’accession des Comores à l’indépendance, dans les années 1970, Mayotte fut la seule île de l’archipel à choisir, par référendum, de rester rattachée à la France. Elle est devenue un département français en 2011, le 101e. Depuis, les Comores n’ont jamais cessé de revendiquer leur souveraineté sur l’île, position que plusieurs résolutions internationales ont historiquement soutenue, tandis que la France s’appuie sur la volonté exprimée par les Mahorais.

Le contentieux s’inscrit dans un environnement régional sous tension. L’influence grandissante de certaines puissances extérieures dans l’océan Indien, et leur soutien à des revendications territoriales, inquiètent les chancelleries. À cela s’ajoute un autre point de friction à l’horizon : les Jeux des îles de l’océan Indien 2027, prévus aux Comores, où la participation d’une délégation mahoraise sous statut français promet déjà des crispations.

Pour bien saisir l’âpreté du dossier, il faut rappeler le poids de l’histoire et de la géographie. Mayotte est séparée du reste de l’archipel par quelques dizaines de kilomètres seulement, et partage avec lui langues, cultures et liens familiaux. Mais l’écart de niveau de vie, considérable, alimente une immigration importante vers le département français, source de tensions récurrentes. Côté comorien, la revendication sur Mayotte est un marqueur identitaire et politique transpartisan, régulièrement réaffirmé à l’ONU et dans les enceintes régionales. Côté français, la départementalisation et les votes successifs des Mahorais sont présentés comme l’expression d’une volonté démocratique qu’il n’est pas question de remettre en cause.

Analyse

Première clé de lecture : un dossier réactivé. En faisant de l’intégration de Mayotte une priorité de sa présidence, la France met délibérément le sujet sur la table d’une organisation qui réunit des États dont l’un, les Comores, y est radicalement opposé. La règle de l’unanimité garantit toutefois que rien ne se fera sans l’accord de Moroni.

Port-Louis, à Maurice, l'un des cinq États membres de la Commission de l'océan Indien
Port-Louis (Maurice), État membre de la COI (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Deuxième clé : pragmatisme contre principe. Paris met en avant la coopération régionale concrète – développement, climat, sécurité maritime, pêche – et appelle au dialogue malgré le différend. Moroni oppose un argument de souveraineté et de droit international. Deux logiques difficilement conciliables, chacune cohérente de son point de vue.

La méthode française mérite d’être notée : plutôt qu’un passage en force, Paris semble miser sur une diplomatie graduelle, glissant Mayotte dans l’agenda de la coopération régionale en espérant l’y banaliser progressivement. Une approche que certains observateurs comoriens dénoncent comme une tentative de faire entrer Mayotte « par la petite porte », et qui pourrait, à l’inverse, raidir davantage Moroni. L’équilibre est délicat : trop de pression risque de braquer, trop de prudence de ne mener à rien.

Troisième clé : des enjeux qui dépassent Mayotte. L’océan Indien occidental est une zone stratégique – routes maritimes, ressources halieutiques, sécurité, migrations entre Anjouan et Mayotte. Le risque est que la querelle sur Mayotte vienne paralyser une coopération régionale pourtant indispensable face à des défis communs. ServAfrica rapporte les positions des deux parties sans trancher un contentieux qui relève du droit international et des États concernés.

Score ServAfrica

Cet article met en avant les Comores, au cœur de ce différend. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, les Comores obtiennent un score de 44 sur 100. L’archipel dispose d’atouts – position stratégique, diaspora active, potentiel touristique et agricole – tempérés par des fragilités institutionnelles et économiques. La gestion apaisée de ses relations régionales fait partie des facteurs susceptibles d’influer sur sa trajectoire. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.

Enjeux

Plusieurs enjeux se dégagent. Sur le plan régional, la COI porte des projets de coopération – pêche, climat, sécurité maritime, connectivité – dont la réussite suppose un minimum d’entente entre membres. Sur le plan diplomatique, la capacité à gérer le différend sans rompre le dialogue sera un test de maturité pour toutes les parties. Sur le plan humain, les liens familiaux et économiques entre les îles rappellent que les populations, elles, ne demandent qu’à circuler et à prospérer. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Découvrir l’Afrique et Diaspora.

Le Caudan Waterfront à Port-Louis, illustrant la coopération régionale dans l'océan Indien
Le Caudan Waterfront, à Port-Louis (Maurice) (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

Plusieurs risques appellent à la vigilance. Le premier est l’enlisement diplomatique, susceptible de paralyser la COI sur des dossiers de coopération essentiels. Le deuxième est l’instrumentalisation politique du différend, de part et d’autre. Le troisième tient aux tensions migratoires et sociales autour de Mayotte, dans un contexte régional fragile. Cet article rend compte d’un différend diplomatique évolutif à partir de sources publiques ; il ne préjuge pas de son issue et ne prend pas position sur la question de souveraineté.

Conclusion

La présidence française de la COI s’ouvre sur une note de tension : entre la volonté de Paris d’y intégrer Mayotte et le refus catégorique de Moroni, le bras de fer est engagé. Reste à savoir si les deux capitales sauront préserver la coopération régionale – sur le climat, la pêche ou la sécurité – par-delà un contentieux territorial qui, lui, ne se réglera pas en un mandat.

Pour la diaspora comorienne, très présente en France et dans l’océan Indien, ce dossier touche à l’intime autant qu’au politique. Il rappelle combien les héritages coloniaux continuent de façonner les relations entre Paris et ses anciens territoires.

Pour aller plus loin

Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Découvrir l’Afrique, Diaspora et Business Afrique. Pour le suivi du dossier, référez-vous aux communiqués officiels et aux médias de référence.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.