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Chute de Bukavu : la justice militaire congolaise juge deux généraux pour abandon de poste
Politique & société

Chute de Bukavu : la justice militaire congolaise juge deux généraux pour abandon de poste

03.10.2026

Image : illustration générée par IA.

Chute de Bukavu : c’est la question au cœur d’un procès ouvert le 25 septembre devant la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo (RDC). Deux hauts gradés de l’armée congolaise comparaissent, accusés d’avoir abandonné la capitale de la province du Sud-Kivu alors que les rebelles de l’AFC/M23 s’apprêtaient à s’en emparer, en février 2025. Des pièces du dossier, obtenues par Jeune Afrique, mettent en lumière des dysfonctionnements profonds au sein de la chaîne de commandement militaire congolaise.

Il s’agit d’un dossier sensible pour les autorités de Kinshasa, confrontées depuis plusieurs mois à une offensive de grande ampleur dans l’est du pays. La chute de Bukavu, en février 2025, avait marqué un tournant dans ce conflit, en plaçant une capitale provinciale entière sous le contrôle des rebelles.

Chute de Bukavu : ce que l’on sait du procès

Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, deux officiers supérieurs de l’armée congolaise, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), sont jugés devant la Haute Cour militaire depuis le 25 septembre. Ils sont accusés d’avoir abandonné leur poste à Bukavu au moment où la ville était conquise par les combattants de l’AFC/M23.

Le premier des deux accusés est identifié par Jeune Afrique comme Robert Yav Avul Ngola. Les détails précis de son rôle exact au moment des faits, ainsi que l’identité complète du second prévenu, n’ont pas été rendus publics dans leur intégralité à ce stade. Il convient de le rappeler : à ce jour, les deux hommes sont des prévenus, et non des condamnés. Le procès est en cours et aucune décision de justice n’a été rendue publique.

Des pièces versées au dossier, consultées par Jeune Afrique, évoquent une situation de confusion et de désorganisation au sein des troupes présentes à Bukavu au moment de l’offensive. Une expression retenue dans ces documents, et reprise comme titre de l’enquête, résume la situation telle que décrite dans le dossier : « tous les militaires avaient déjà pris le large ».

Le contexte : l’offensive de l’AFC/M23 dans l’est de la RDC

Bukavu est la capitale de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, une région marquée depuis plusieurs années par la présence de groupes armés et par les opérations du mouvement rebelle AFC/M23. La prise de la ville, en février 2025, documentée notamment par des images montrant les rebelles entrer dans Bukavu le 16 février 2025, avait constitué une étape majeure de l’offensive menée par ce groupe armé dans la région.

Cette avancée s’inscrit dans un contexte de tensions prolongées entre Kinshasa et les forces rebelles actives dans l’est du pays, une zone frontalière densément peuplée et stratégique sur le plan économique et sécuritaire. La chute d’une capitale provinciale aux mains d’un groupe armé constitue un événement d’une portée particulière, tant sur le plan militaire que sur celui de la confiance de la population envers les institutions de l’État.

Pourquoi ce procès est important

Ce procès revêt une importance particulière pour plusieurs raisons. D’abord, il s’agit de déterminer les responsabilités au sein de la hiérarchie militaire dans la perte d’une ville aussi importante que Bukavu. Pour une population qui a vécu l’arrivée des combattants de l’AFC/M23 et les conséquences de l’occupation de la ville, la question de savoir pourquoi les forces censées assurer sa protection ont quitté les lieux reste une interrogation légitime et douloureuse.

Ensuite, ce procès s’inscrit dans un effort plus large des autorités congolaises pour établir des responsabilités individuelles face aux revers militaires subis dans l’est du pays. La tenue d’un tel procès devant la Haute Cour militaire, l’instance compétente pour juger les hauts gradés de l’armée, traduit une volonté affichée de ne pas laisser impunies d’éventuelles défaillances dans la chaîne de commandement, même si, à ce stade, rien ne permet de préjuger de l’issue des débats ni de la culpabilité des deux prévenus.

Enfin, un tel dossier interroge plus largement l’organisation et la préparation des FARDC face à des offensives rebelles dans des zones sensibles de l’est du pays. Les dysfonctionnements évoqués dans les pièces du dossier, selon Jeune Afrique, pointent vers des failles qui dépassent le seul cas de Bukavu et qui concernent potentiellement d’autres localités exposées à des risques similaires.

Ce que cela change pour les habitants du Sud-Kivu

Pour les habitants de Bukavu et plus largement du Sud-Kivu, ce procès représente une forme de reconnaissance judiciaire de ce qui s’est passé lors de la chute de la ville. Nombre de résidents ont vécu directement les conséquences de l’arrivée des forces rebelles, avec les incertitudes et les bouleversements que cela a pu entraîner dans leur quotidien, qu’il s’agisse de déplacements, de ruptures d’approvisionnement ou de craintes pour leur sécurité.

Un procès de ce type peut contribuer à clarifier les circonstances exactes de l’abandon présumé de la ville par certaines unités militaires, et à établir, le cas échéant, des responsabilités individuelles. Il ne doit cependant pas être interprété, à ce stade, comme une confirmation de la culpabilité des deux officiers jugés : la présomption d’innocence s’applique pleinement tant qu’aucun jugement définitif n’a été rendu.

Ce que cela signifie pour la diaspora congolaise

Pour la diaspora congolaise, suivre ce type de procès permet de mieux comprendre les mécanismes institutionnels mis en œuvre face aux crises sécuritaires que traverse l’est du pays. La tenue de procédures judiciaires devant la Haute Cour militaire, et leur médiatisation, constitue une source d’information importante pour les Congolais établis à l’étranger qui cherchent à suivre l’évolution de la situation dans leur région d’origine, en particulier lorsque des proches ou des familles résident encore dans des zones touchées par le conflit.

Pour les membres de la diaspora qui envisagent un déplacement vers l’est de la RDC, que ce soit pour des raisons familiales, professionnelles ou humanitaires, il reste essentiel de se référer aux recommandations officielles des autorités compétentes et de suivre l’évolution de la situation sécuritaire par des canaux d’information fiables avant tout déplacement dans les provinces concernées par le conflit.

Une procédure encore en cours

À ce stade, aucune date de verdict n’a été communiquée publiquement. Le procès, ouvert le 25 septembre devant la Haute Cour militaire, se poursuit, et il appartiendra à cette juridiction d’établir, sur la base des éléments du dossier et des débats, les responsabilités éventuelles des deux prévenus dans l’abandon de Bukavu. ServAfrica suivra l’évolution de ce dossier et de son issue, dans le respect du principe de présomption d’innocence qui s’applique à toute personne mise en cause tant qu’un jugement définitif n’a pas été rendu.

Ce dossier illustre, plus largement, les défis auxquels est confrontée la République démocratique du Congo dans sa gestion du conflit qui touche l’est du pays, et la difficulté pour les institutions de l’État de concilier impératifs sécuritaires et exigences de transparence envers la population.

Conclusion

La chute de Bukavu, survenue en février 2025 lors de l’offensive de l’AFC/M23, continue de produire des répercussions judiciaires près de deux ans plus tard, avec l’ouverture d’un procès devant la Haute Cour militaire congolaise. Ce dossier, qui met en cause deux officiers supérieurs de l’armée congolaise, rappelle l’importance du principe de présomption d’innocence et la nécessité d’attendre l’issue des débats avant de tirer des conclusions définitives. ServAfrica continuera de suivre ce dossier et les développements du conflit dans l’est de la RDC.

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Sources

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