Anicet Ekane, activiste politique camerounais aujourd’hui décédé, a joué un rôle central dans la campagne présidentielle de 2025 en se rangeant derrière Issa Tchiroma Bakary. Leur rapprochement, scellé dans un contexte de recomposition brutale de l’opposition face à Paul Biya, n’a cependant pas produit les effets escomptés. Retour sur une séquence politique qui a marqué la dernière élection présidentielle au Cameroun et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.
Le coup d’arrêt porté à Maurice Kamto
Tout commence le 5 août 2025, lorsque le Conseil constitutionnel camerounais rejette définitivement la candidature de Maurice Kamto à la présidence de la République. Cette décision ne surprend personne tant la tension entre l’opposant et le pouvoir en place était vive depuis plusieurs mois. Pour tenter de contourner cet obstacle, Maurice Kamto avait pourtant démissionné de son propre parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), afin de rejoindre le Manidem, la formation dirigée par Anicet Ekane, auprès de laquelle il avait obtenu l’investiture nécessaire pour se présenter.
Cette manœuvre politique, qui visait à sécuriser une voie alternative vers la candidature, n’a finalement pas suffi à convaincre les juges constitutionnels. Le rejet de la candidature de Maurice Kamto a rebattu les cartes de l’opposition camerounaise à quelques semaines seulement du scrutin, poussant plusieurs figures politiques à revoir leurs alliances.
Anicet Ekane aux côtés d’Issa Tchiroma Bakary
C’est dans ce contexte bouleversé qu’Anicet Ekane s’est tourné vers un autre candidat : Issa Tchiroma Bakary. En octobre 2025, l’activiste est devenu l’un des principaux soutiens de sa campagne présidentielle. Une photographie prise lors d’un meeting à Bafoussam, le 24 septembre 2025, témoigne de cette proximité affichée : on y voit Anicet Ekane et Issa Tchiroma Bakary côte à côte, unis dans une même dynamique de campagne face au pouvoir sortant.
Cette alliance portait une ambition claire : rassembler une partie de l’opposition camerounaise autour d’une candidature susceptible de peser face à Paul Biya, alors que le paysage politique venait d’être fragilisé par l’exclusion de Maurice Kamto. Pour Anicet Ekane, soutenir Issa Tchiroma Bakary représentait une manière de poursuivre le combat politique qu’il menait de longue date, en dépit des obstacles institutionnels rencontrés par d’autres figures de l’opposition.
Une alliance qui ne s’est pas déroulée comme prévu
Malgré cet engagement affiché, le rapprochement entre les deux hommes face à Paul Biya ne s’est pas déroulé comme prévu. Le titre même de l’article de Jeune Afrique consacré à cette séquence, évoquant Anicet Ekane attendant Issa Tchiroma Bakary à Yaoundé, suggère des tensions ou des décalages dans la mise en œuvre concrète de cette alliance, au-delà des images de campagne communes.
Cette difficulté à transformer un soutien politique affiché en une coordination efficace sur le terrain illustre une réalité plus large de l’opposition camerounaise : les alliances nouées dans l’urgence, pour contrer une candidature unique de Paul Biya, peinent souvent à résister à l’épreuve de la campagne et, plus encore, à celle de l’après-élection.
Le sort réservé à Issa Tchiroma Bakary après la présidentielle
Les mois qui ont suivi la présidentielle ont confirmé la fragilité de cette dynamique. Issa Tchiroma Bakary, qui incarnait un temps l’espoir d’un véritable rapport de force avec le pouvoir en place, a vu sa situation politique se dégrader progressivement. Entre hésitations stratégiques et isolement croissant, sa trajectoire a été décrite comme une promesse restée inaboutie.
Sa situation a pris un tournant plus personnel encore : contraint à l’exil en Gambie, Issa Tchiroma Bakary a depuis déposé une plainte à Paris contre Paul Biya et plusieurs hauts responsables camerounais, pour des violences survenues après l’élection. Cette démarche s’appuie sur le principe de compétence universelle, qui permet à certaines juridictions de juger des faits graves commis à l’étranger, mais ses issues judiciaires demeurent très incertaines.
Pendant ce temps, du côté du MRC, le parti fondé par Maurice Kamto, la question de la succession s’est également posée. Après l’officialisation des listes de candidatures, la campagne pour l’élection du nouveau président du mouvement a été lancée, les autorités camerounaises ayant cette fois donné leur feu vert à la tenue de la convention.
Ce qu’il faut retenir de cette séquence politique
L’épisode de l’alliance entre Anicet Ekane et Issa Tchiroma Bakary illustre les recompositions permanentes qui traversent l’opposition camerounaise depuis l’exclusion de Maurice Kamto de la course présidentielle en août 2025. Un soutien politique affiché, même porté par une figure aussi engagée qu’Anicet Ekane, n’a pas suffi à garantir une coordination durable face à Paul Biya. La suite des événements, marquée par l’exil d’Issa Tchiroma Bakary, sa plainte judiciaire depuis la Gambie et la disparition d’Anicet Ekane, dessine le bilan contrasté d’une campagne électorale qui devait incarner un sursaut de l’opposition camerounaise.
Pour les lecteurs qui suivent l’actualité politique du Cameroun, cette séquence rappelle combien les alliances de circonstance, nouées dans l’urgence électorale, peinent souvent à résister à l’épreuve du temps et des rapports de force institutionnels.
Sources
ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance. https://servafrica.fr
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