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ZLECAf : où en est le grand marché unique africain en 2026 ?

Équipe éditoriale ServAfrica. 26.06.2026 11 min de lecture
ZLECAf : le port de Mombasa, plateforme du commerce intra-africain.
Le port de Mombasa, au Kenya : les grandes plateformes portuaires sont au cœur des échanges que la ZLECAf veut intensifier. (CC BY-SA / via Wikimedia Commons)

La ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine, est l’ambition économique la plus audacieuse du continent depuis les indépendances : créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs. En 2026, le projet sort lentement du papier pour entrer dans le réel, avec des échanges intra-africains en hausse, un système de paiement panafricain et des initiatives commerciales pilotes. Tour d’horizon d’un chantier qui pourrait transformer l’Afrique.

ZLECAf, les faits

La ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) est un accord commercial signé en 2018, entré en vigueur en mai 2019 et opérationnel depuis janvier 2021. Avec 54 pays africains engagés et 47 ratifications, elle constitue, par le nombre de participants, la plus grande zone de libre-échange au monde depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce. Elle relie environ 1,3 milliard de personnes pour un produit intérieur brut combiné estimé à 3 400 milliards de dollars.

Son principe est simple à énoncer, complexe à mettre en œuvre : supprimer progressivement les droits de douane sur 90 % des marchandises échangées entre pays africains, puis ouvrir l’accès à au moins 97 % des biens, tout en libéralisant le commerce des services. L’objectif central est de faire décoller le commerce intra-africain, historiquement faible : les pays d’Afrique commercent beaucoup plus avec le reste du monde qu’entre eux, le commerce intracontinental représentant moins de 18 % de leurs échanges, là où ce taux dépasse 60 % en Europe ou en Asie.

Le porte-conteneurs ABIDJAN EXPRESS à quai, symbole du commerce maritime ouest-africain visé par la ZLECAf.
Le porte-conteneurs « Abidjan Express » à quai : la ZLECAf veut fluidifier la circulation des marchandises entre pays africains. (CC BY-SA / via Wikimedia Commons)

Contexte

L’idée d’un marché commun africain n’est pas nouvelle : elle plonge ses racines dans le panafricanisme et dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui rêve d’une Afrique intégrée et prospère. La décision de lancer le projet a été prise en 2012, et la phase opérationnelle a été symboliquement lancée à Niamey, au Niger, en juillet 2019. Mais entre la signature d’un accord et son application concrète, le chemin est semé d’obstacles techniques : il a fallu négocier les règles d’origine, c’est-à-dire les critères déterminant qu’un produit est bien « africain » et peut donc circuler en franchise de droits.

Pour amorcer les échanges réels, la ZLECAf a lancé en octobre 2022 la « Guided Trade Initiative » (Initiative de commerce guidé), un programme pilote testant les procédures commerciales sur une centaine de produits — du thé aux carreaux de céramique, des avocats aux produits pharmaceutiques — entre un premier groupe de pays comme le Ghana, le Kenya, le Rwanda, le Cameroun, l’Égypte, la Tunisie ou l’Afrique du Sud. Ce galop d’essai, élargi depuis à de nombreux autres États, sert à roder les mécanismes avant une mise en œuvre généralisée.

Il faut aussi comprendre la ZLECAf comme l’aboutissement d’une longue construction régionale. Avant elle existaient déjà des blocs économiques sous-régionaux : la CEDEAO en Afrique de l’Ouest, la COMESA en Afrique orientale et australe, la SADC dans le sud, la CEEAC en Afrique centrale, ou encore l’Union du Maghreb arabe. Ces communautés économiques régionales ont posé les premières briques de l’intégration, mais elles fonctionnaient en silos, parfois avec des règles incompatibles. La ZLECAf ambitionne de les fédérer dans un cadre unique, sans les remplacer, en harmonisant progressivement leurs régimes commerciaux. C’est cette mise en cohérence d’un continent jusque-là morcelé en marchés nationaux et régionaux distincts qui constitue le saut qualitatif.

Analyse, quatre clés pour comprendre

1. Des échanges qui décollent enfin

Le signal le plus encourageant est chiffré. Selon la Banque africaine de développement, le commerce intra-africain montre des signes de dynamisation, avec une projection d’environ 230 milliards de dollars d’échanges en 2026, soit une hausse d’environ 10 %. C’est encore modeste au regard du potentiel, mais la tendance s’inverse après des décennies de stagnation. Le Fonds monétaire international estime qu’une mise en œuvre pleine et entière pourrait accroître les échanges entre pays africains de plus de 50 %.

2. Le PAPSS, payer en monnaie locale

L’une des innovations les plus concrètes est financière : le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) permet d’effectuer des paiements transfrontaliers instantanés en monnaies locales, sans passer systématiquement par le dollar ou l’euro. Pour un importateur kényan payant un fournisseur ghanéen, c’est la promesse de transactions plus rapides et moins coûteuses, en réduisant la dépendance aux devises étrangères et les frais de conversion. C’est un maillon décisif pour rendre le commerce intra-africain fluide.

3. Lever les vrais obstacles, au-delà des douanes

Réduire les droits de douane ne suffit pas. Les vrais freins sont souvent les barrières non tarifaires : lenteurs douanières, paperasserie, contrôles redondants aux frontières, normes non harmonisées. La Banque mondiale estime que la majeure partie des gains potentiels de la ZLECAf — sur un total pouvant atteindre des centaines de milliards de dollars — proviendrait précisément de la facilitation des échanges, c’est-à-dire de la simplification de ces procédures. Le commerce des services, qui représente près de 60 % du PIB africain, fait également l’objet d’une libéralisation progressive dans cinq secteurs prioritaires : finance, transport, services aux entreprises, télécommunications et tourisme.

4. Un puissant levier de réduction de la pauvreté

Au-delà de la croissance, la ZLECAf est aussi un projet social. Selon les estimations de la Banque mondiale, sa pleine mise en œuvre pourrait sortir des dizaines de millions d’Africains de l’extrême pauvreté et augmenter sensiblement les revenus de dizaines de millions d’autres. En favorisant l’industrialisation, la diversification des exportations et l’émergence de chaînes de valeur régionales, l’accord pourrait créer des emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes, et réduire la dépendance du continent aux exportations de matières premières brutes.

Carte de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) regroupant les pays membres.
La Zone de libre-échange continentale africaine réunit la quasi-totalité des États du continent. (Carte / via Wikimedia Commons)

Des produits concrets, déjà en mouvement

Pour mesurer ce que la ZLECAf change au quotidien, il faut descendre du niveau des grands chiffres à celui des produits réels. L’initiative de commerce guidé a sélectionné une centaine de biens représentatifs de la diversité du continent : produits horticoles, avocats, fleurs coupées, thé, caoutchouc, huile de palme, carreaux de céramique, piles électriques ou encore médicaments. L’idée est de vérifier, sur des cas concrets, que la machine fonctionne : qu’une cargaison peut quitter un pays, franchir une frontière en bénéficiant des préférences tarifaires, et arriver à destination sans blocage. Chaque transaction réussie sert de preuve de concept et de modèle reproductible pour les opérateurs privés.

Un programme similaire est prévu pour le commerce des services, dans les cinq secteurs prioritaires. Là encore, les enjeux sont très concrets : un cabinet d’ingénierie sénégalais qui veut travailler en Côte d’Ivoire, une banque kényane qui souhaite s’implanter en Ouganda, ou un transporteur routier qui doit franchir plusieurs frontières. Le bon fonctionnement de ces flux dépend de détails techniques — reconnaissance mutuelle des diplômes et des normes, permis de conduire professionnels, limites de charge par essieu — qui font toute la différence entre un marché théorique et un marché réel.

Le score ServAfrica. Le score attribué au pays d’ancrage de cet article constitue une mesure prudente du risque global à un instant donné ; ni une garantie ni un conseil d’investissement, il s’applique au pays d’ancrage. La ZLECAf est un projet continental dont les bénéfices dépendront de la capacité des États à harmoniser leurs règles et à investir dans les infrastructures. Les avancées sont réelles mais inégalement réparties entre régions.

Enjeux et opportunités

Pour les entreprises africaines, et surtout les PME, la ZLECAf ouvre un marché de plus d’un milliard de consommateurs jusque-là fragmenté en dizaines de marchés nationaux. Pour les investisseurs, elle crée une échelle continentale qui rend viables des projets industriels impossibles à l’échelle d’un seul pays. Pour la diaspora, elle dessine un continent plus intégré, plus lisible et plus attractif. Pour les États, elle est un instrument de diversification économique et de souveraineté : au moment où le reste du monde se replie parfois sur le protectionnisme, l’Afrique fait le pari inverse de l’ouverture et de la coopération. Les opportunités se concentrent dans la logistique, les services financiers comme le PAPSS, l’agro-industrie, la transformation locale et le numérique. Encore faut-il que les infrastructures de transport et d’énergie suivent, car un marché unique ne vaut que par la capacité réelle des biens et des personnes à circuler d’un pays à l’autre.

Sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, cadre politique de la ZLECAf.
Un sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba : c’est à ce niveau que se décide l’orientation stratégique de la ZLECAf. (CC BY-SA / via Wikimedia Commons)

Risques et limites

L’enthousiasme doit être tempéré par le réalisme. Les bénéfices de la ZLECAf sont inégalement répartis : l’Afrique centrale, par exemple, accuse un retard en raison de déficits d’infrastructures, de capacités institutionnelles limitées et de barrières non tarifaires persistantes. L’harmonisation des politiques commerciales et l’amélioration des réseaux de transport restent des défis majeurs. La libre circulation des personnes, indispensable au commerce des services, demeure entravée par des régimes de visa restrictifs. Enfin, certains pays craignent que l’ouverture ne fragilise leurs industries naissantes face à des voisins plus compétitifs. La réussite de la ZLECAf dépendra de la volonté politique soutenue des États et de leur capacité à traduire les engagements en actes concrets. Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil en investissement.

Conclusion

La ZLECAf incarne un pari historique : celui d’une Afrique qui choisit l’intégration plutôt que la fragmentation, la coopération plutôt que le repli. Les progrès de 2026 — échanges en hausse, paiements en monnaies locales, initiatives pilotes élargies — montrent que le projet avance, lentement mais sûrement. Le défi des prochaines années sera de combler les écarts entre régions, de moderniser les infrastructures et de lever les obstacles invisibles aux frontières. Si l’Afrique y parvient, elle pourrait bâtir l’un des plus grands marchés intégrés de la planète, au bénéfice de sa jeunesse et de sa souveraineté économique. Ce marché unique, s’il se concrétise, repositionnerait aussi l’Afrique dans les négociations commerciales mondiales : en parlant d’une seule voix pour 1,3 milliard de consommateurs, le continent gagnerait un poids inédit face aux grandes puissances et aux autres blocs régionaux.

L’accord ne se limite pas à la circulation des marchandises. Il englobe aussi des chantiers réglementaires souvent invisibles du grand public mais déterminants pour les entreprises : la protection des droits de propriété intellectuelle, la politique de concurrence, le cadre de l’investissement et le commerce électronique. Ces volets, négociés dans des phases successives, visent à créer un environnement des affaires prévisible et harmonisé à l’échelle du continent. Pour une start-up du numérique comme pour un grand groupe industriel, la perspective de règles communes sur l’ensemble du marché africain est un puissant facteur d’attractivité. C’est l’une des raisons pour lesquelles institutions de développement, dirigeants politiques et chefs d’entreprise renouvellent régulièrement leur appel à accélérer la mise en œuvre et à garantir la libre circulation des personnes, condition souvent négligée mais essentielle d’un marché véritablement unifié.

Pour aller plus loin

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Sources
— Banque africaine de développement (BAD), projection 230 milliards de dollars d’échanges intra-africains en 2026.
— Banque mondiale, « ZLECAf : effets économiques et redistributifs » (gains potentiels, réduction de la pauvreté).
— Secrétariat de la ZLECAf / Union africaine, Guided Trade Initiative et PAPSS.
— PNUD, soutien à la mise en œuvre de la ZLECAf.
— Wikipédia et MacMap (ITC), « Zone de libre-échange continentale africaine » (consultés en juin 2026).
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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.