Port de Douala : 1,1 milliard de dollars pour son autonomie énergétique
Pour rester compétitif, le port de Douala veut s’affranchir des coupures de courant qui pénalisent ses opérations. Avec un projet de centrale électrique à 1,1 milliard de dollars, le premier port du Cameroun mise sur son autonomie énergétique. ServAfrica décrypte un investissement structurant pour toute l’Afrique centrale.
Port de Douala : les faits
Le Port autonome de Douala (PAD) s’apprête à lancer un projet énergétique stratégique : une centrale électrique autonome de 300 mégawatts, implantée sur le site de Douala-Bonabéri. Chiffré à 628 milliards de FCFA, soit environ 1,1 milliard de dollars, le projet est encadré par une convention signée le 12 septembre 2025 entre le PAD et la société Douala Port Power Corporation. Le démarrage des travaux est annoncé à partir de mars 2026.
Le montage est inédit. Il s’agit d’un partenariat public-privé de type « construire-exploiter-transférer », d’une durée de 25 ans, dont la réalisation a été confiée à un consortium d’entreprises chinoises. Surtout, le projet est intégralement porté par le partenaire privé : ni le port de Douala, ni l’État camerounais ne fournissent de caution ou de garantie financière, ce qui allège la pression sur les finances publiques. Outre la centrale, le dispositif prévoit un gazoduc reliant Kribi à Douala. Les promoteurs annoncent plus de 1 100 emplois directs et indirects, ainsi que des revenus récurrents pour le PAD et l’État, via la vente d’électricité.

Contexte
Douala est la capitale économique du Cameroun et son principal centre d’affaires. Son port constitue un véritable poumon logistique, non seulement pour le pays, mais pour toute l’Afrique centrale : il dessert aussi des États enclavés comme le Tchad et la République centrafricaine. À ce titre, sa performance conditionne une large part du commerce régional.
Or, comme une grande partie du pays, le port subit des coupures de courant à répétition, qui ralentissent les opérations, allongent les délais et alourdissent les coûts. En se dotant de sa propre source d’énergie, le port de Douala entend fiabiliser son activité et consolider son positionnement de hub maritime, face à la concurrence d’autres corridors. L’excédent de production pourra par ailleurs être injecté dans le réseau de la ville de Douala. Les autorités évoquent déjà une trajectoire similaire pour le port de Limbé, dessinant une nouvelle carte énergétique du littoral camerounais.
Le projet s’inscrit dans une compétition régionale de plus en plus vive. Sur la façade du golfe de Guinée, plusieurs ports modernisent leurs installations pour capter le trafic des pays enclavés et s’imposer comme la porte d’entrée privilégiée de l’Afrique centrale. Le port en eau profonde de Kribi, plus récent, monte en puissance, tandis que les corridors concurrents cherchent eux aussi à gagner en fiabilité. Dans cette course, la disponibilité d’une énergie continue devient un argument décisif : un terminal qui tourne sans interruption traite davantage de conteneurs, réduit les temps d’attente des navires et inspire confiance aux armateurs. En sécurisant son alimentation, le port de Douala joue donc une partie qui dépasse largement ses quais.
Analyse
Première clé de lecture : l’énergie, nerf de la compétitivité. Pour une plateforme logistique, l’électricité fiable n’est pas un luxe mais une condition de survie. En sécurisant son alimentation, le port de Douala s’attaque à l’un des principaux freins à sa performance et envoie un signal fort aux opérateurs.
Deuxième clé : un montage financier inédit. Le fait que le projet soit entièrement porté par le privé, sans garantie de l’État, est remarquable. Ce schéma illustre l’attractivité du secteur énergétique et offre un modèle pour financer des infrastructures lourdes sans alourdir la dette publique. Reste à veiller à la solidité et à la transparence des contrats.
Troisième clé : un effet d’entraînement régional. Au-delà du port lui-même, c’est toute l’Afrique centrale qui pourrait bénéficier d’une logistique plus fluide et plus fiable. Si le modèle réussit et inspire d’autres plateformes, comme Limbé, il pourrait transformer la compétitivité de la sous-région. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Investir en Afrique.
Le choix du gaz comme source d’énergie mérite aussi d’être souligné. En reliant Kribi à Douala par un gazoduc, le projet entend valoriser les ressources gazières nationales pour alimenter la centrale, une option présentée comme plus fiable et plus économique que le recours au réseau public ou aux groupes électrogènes au fioul. Cette logique d’intégration, du gaz à l’électricité jusqu’aux opérations portuaires, illustre une volonté de maîtriser toute la chaîne de valeur énergétique. Pour la diaspora et les investisseurs, de tels projets d’infrastructure constituent par ailleurs des points d’entrée concrets, qu’il s’agisse de financer, d’équiper ou d’accompagner la montée en compétences locale. Le port de Douala devient ainsi le laboratoire d’un nouveau modèle d’infrastructures africaines, financées et exploitées autrement.
Score ServAfrica
Cet article met en avant le Cameroun. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Cameroun obtient un score de 62 sur 100. Économie la plus diversifiée d’Afrique centrale et carrefour logistique régional grâce au port de Douala, le pays conserve un fort potentiel, malgré des défis de gouvernance et d’infrastructures. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.
Opportunités
Plusieurs opportunités se dégagent. Sur le plan logistique, une énergie fiable renforce la compétitivité du hub régional. Sur le plan économique, le projet crée des emplois et des revenus durables. Sur le plan du financement, le modèle privé ouvre la voie à d’autres infrastructures. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Découvrir l’Afrique.
Risques et points de vigilance
Plusieurs points de vigilance méritent attention. Le premier porte sur le coût du projet, dont l’ampleur a suscité des interrogations et des controverses qu’il conviendra de lever par la transparence. Le deuxième tient à la dépendance à un partenaire unique et à un consortium étranger sur 25 ans. Le troisième concerne l’impact réel sur la ville, au-delà du seul port. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement ; nous invitons à croiser plusieurs sources.
Conclusion
En misant sur son autonomie énergétique, le port de Douala s’attaque à un obstacle majeur de la logistique africaine. Si le projet tient ses promesses, dans la transparence et l’efficacité, il pourrait renforcer durablement la place du Cameroun comme carrefour de l’Afrique centrale. Un pari ambitieux, dont les retombées dépasseront largement les quais du port.
Pour aller plus loin
Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Business Afrique, Investir en Afrique et Découvrir l’Afrique.
Découvrir les ressources recommandées
Pour mieux comprendre la logistique portuaire et les infrastructures en Afrique, des ouvrages de référence peuvent éclairer le sujet. Cette recommandation est indépendante de notre analyse éditoriale.
Voir une sélection de livres sur la logistique et les infrastructures en Afrique
Soutenir ServAfrica
ServAfrica est un média indépendant au service de la diaspora africaine, attaché à une information vérifiée et utile. Si cet article vous a éclairé, vous pouvez nous aider à produire un contenu de qualité en nous soutenant ici : Soutenir ServAfrica. Merci de faire vivre une information indépendante sur l’Afrique.
Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.