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ALERTES & SÉCURITÉ

Mpox : la fin de l’urgence sanitaire, mais une vigilance qui reste de mise

Équipe éditoriale ServAfrica. 18.06.2026 11 min de lecture
Boulevard du 30 juin a Kinshasa capitale de la Republique democratique du Congo
Kinshasa, en République démocratique du Congo : épicentre historique du Mpox, le pays a annoncé la fin de l’épidémie tout en appelant à la vigilance. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Le Mpox, anciennement appelé variole du singe, a connu une accalmie majeure : après plus de deux ans de mobilisation, l’urgence sanitaire a été levée au niveau mondial puis continental, et la République démocratique du Congo a officiellement annoncé la fin de son épidémie. Une excellente nouvelle, fruit d’efforts collectifs. Mais les autorités sanitaires sont unanimes : la fin d’une épidémie ne signifie pas la disparition de la maladie. Alors que des cas resurgissent dans l’océan Indien, le moment est venu de faire le point, avec mesure, sur une maladie qui reste présente et appelle à une vigilance durable, sans céder à l’alarmisme. ServAfrica, dans le cadre de sa mission de prévention et d’information, propose ici un décryptage factuel destiné à éclairer sans inquiéter inutilement.

Mpox : les faits

Le recul du Mpox s’est traduit par une série de décisions officielles. En septembre 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que le Mpox ne constituait plus une urgence de santé publique de portée internationale, sur la base d’une baisse soutenue des cas et des décès en République démocratique du Congo et dans d’autres pays touchés, notamment le Burundi, la Sierra Leone et l’Ouganda. Quelques mois plus tard, en janvier 2026, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a à son tour levé l’urgence sanitaire au niveau continental. Au début de l’année 2026, la République démocratique du Congo s’est préparée à annoncer la fin de son épidémie, sur la base d’une baisse durable des cas, désormais en deçà des seuils épidémiques.

Ces décisions reposent sur des progrès réels. Plus de trois millions de doses de vaccins ont été livrées dans une douzaine de pays, et la plupart des États touchés ont développé une capacité de réponse durable. Pour autant, les autorités sanitaires congolaises le rappellent avec prudence : le Mpox reste présent au niveau national et est considéré comme endémique dans certaines régions. Et la situation demeure évolutive ailleurs. Fin 2025, Madagascar a confirmé ses premiers cas, et début 2026, plusieurs cas ont été signalés à La Réunion chez des personnes revenant de la Grande Île, conduisant les autorités à lancer une campagne de vaccination ciblée. La maladie n’a donc pas dit son dernier mot.

Il faut aussi rappeler l’ampleur qu’avait prise la crise. Apparue de façon préoccupante à partir de 2024, l’épidémie de clade Ib avait conduit l’OMS à maintenir un niveau d’alerte élevé pendant plusieurs mois, alors que des dizaines de milliers de cas étaient notifiés à travers la région africaine. La RDC concentrait la grande majorité des cas confirmés, mais la maladie s’était étendue à une vingtaine de pays du continent. Le reflux observé depuis traduit donc un renversement de tendance significatif, obtenu au prix d’une mobilisation soutenue des autorités sanitaires nationales et de leurs partenaires.

Flacon de vaccin coton et seringue illustrant la vaccination
La vaccination a joué un rôle clé dans le recul de l’épidémie, avec plus de trois millions de doses livrées sur le continent. (Photo d’illustration : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

Le Mpox est une maladie virale connue de longue date. Provoquée par un virus de la même famille que celui de la variole humaine, c’est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmise de l’animal à l’humain, dont le réservoir naturel est constitué de petits mammifères, notamment des rongeurs, présents en Afrique centrale et de l’Ouest. Le premier cas humain a été décrit en 1970 en République démocratique du Congo. Depuis, des flambées épidémiques surviennent régulièrement dans la région, mais leur fréquence s’est accrue ces dernières années.

Le tournant date de 2022, avec une épidémie mondiale liée à une souche particulière, puis de 2024, avec l’émergence dans l’est de la RDC d’un nouveau variant, appelé clade Ib, et sa diffusion vers des pays voisins jusque-là épargnés. C’est cette dynamique qui a conduit l’OMS à déclarer, en août 2024, une urgence de santé publique de portée internationale. La réponse a longtemps été compliquée par des défis bien réels : accès limité aux vaccins, capacités de diagnostic restreintes et coexistence avec d’autres crises humanitaires. La maladie se transmet principalement par contact physique étroit, se traduit par de la fièvre, des douleurs et une éruption cutanée caractéristique, et guérit le plus souvent spontanément, même si des formes graves existent.

Pour bien comprendre, il est utile de distinguer les différentes formes du virus. Les spécialistes parlent de plusieurs clades, c’est-à-dire de lignées génétiques distinctes. Le clade I circule historiquement en Afrique centrale ; le clade Ib, plus récent, est celui qui a motivé la dernière alerte internationale. Une autre forme, le clade II, avait été responsable de l’épidémie mondiale de 2022, qui avait notamment touché l’Europe. Cette diversité explique que la transmissibilité et la gravité puissent varier d’une situation à l’autre, et que les données épidémiologiques restent parfois difficiles à interpréter. Les vaccins développés à l’origine contre la variole humaine offrent une protection appréciable, de l’ordre de plusieurs dizaines de pour cent après deux doses, ce qui en fait un outil précieux de prévention.

Analyse

Quatre clés permettent de comprendre la situation actuelle du Mpox.

Première clé : une victoire collective, mais fragile. Le recul de l’épidémie est le résultat d’une mobilisation coordonnée : campagnes de vaccination ciblées, sensibilisation des communautés, implication des acteurs locaux, y compris des guérisseurs traditionnels pour lutter contre la stigmatisation. Cette réussite démontre qu’une réponse persistante peut inverser la tendance, même face à une menace virale complexe. Elle a reposé sur l’engagement de milliers d’agents de santé, souvent dans des conditions difficiles, et sur la solidarité de partenaires internationaux ayant fourni vaccins, tests et appui logistique. Mais elle reste fragile tant que le virus circule.

Deuxième clé : la différence entre fin d’épidémie et disparition. Lever une urgence sanitaire ne signifie pas que la maladie a disparu. Le Mpox demeure endémique dans plusieurs régions d’Afrique centrale et de l’Ouest, où des cas continueront d’apparaître. Comprendre cette nuance est essentiel pour ne pas baisser la garde et maintenir les systèmes de surveillance en alerte.

Troisième clé : une géographie mouvante. Si la RDC reste le foyer historique, la maladie a montré sa capacité à franchir les frontières, comme en témoignent les cas récents à Madagascar et à La Réunion. Cette mobilité impose une coopération régionale et internationale, ainsi qu’une vigilance particulière pour les voyageurs et la diaspora qui circulent entre les continents. Le partage rapide des données entre pays et la coordination des dispositifs de surveillance aux frontières sont des leviers essentiels pour anticiper toute reprise.

Quatrième clé : l’importance de la prévention. Les outils existent : vaccins efficaces, diagnostic, mesures barrières et isolement des cas. Leur déploiement rapide et équitable, là où le besoin se fait sentir, est la meilleure garantie contre une nouvelle flambée. La pédagogie, sans stigmatisation, reste un pilier de cette prévention. Informer clairement sur les modes de transmission et les gestes qui protègent, tout en évitant de désigner des groupes ou des régions à l’opprobre, permet d’encourager le dépistage plutôt que de le freiner.

Vue de Kampala capitale de l Ouganda pays touche par le Mpox
Kampala, en Ouganda : le pays figure parmi ceux où la situation s’est nettement améliorée après une période de mobilisation. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Score ServAfrica

Dans le baromètre ServAfrica, la République démocratique du Congo, pays d’ancrage de cet article, obtient un score de 38 sur 100. Ce niveau reflète l’immense potentiel d’un pays au cœur de l’Afrique, riche en ressources et en population, mais confronté à des fragilités importantes en matière de sécurité dans certaines régions, d’infrastructures et de systèmes de santé. Ce score est une mesure prudente du risque global à un instant donné ; il ne constitue ni une garantie ni un conseil d’investissement, il s’applique au pays d’ancrage de cet article, et il évoluera au gré de la conjoncture et des progrès accomplis.

Enjeux

Au-delà du seul Mpox, cette séquence met en lumière des enjeux structurants pour le continent. Le premier est celui de la résilience des systèmes de santé. L’expérience acquise face au Mpox, comme face à d’autres épidémies, doit servir à renforcer durablement les capacités de surveillance, de diagnostic et de réponse rapide. Investir dans la santé publique, former le personnel soignant et doter les laboratoires d’équipements adéquats sont des priorités qui dépassent largement une seule maladie. Une approche dite « Une seule santé », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, est d’ailleurs de plus en plus mise en avant pour s’attaquer aux causes profondes des zoonoses, comme le contact avec la faune sauvage.

Le deuxième enjeu est celui de la souveraineté sanitaire et de l’accès équitable aux vaccins et aux traitements. Les difficultés d’approvisionnement observées au plus fort de la crise rappellent l’importance, pour l’Afrique, de développer ses propres capacités de production et de garantir un accès rapide aux outils médicaux. Pour la diaspora et les voyageurs, l’enjeu est aussi d’ordre informatif : connaître les zones de circulation active, respecter les mesures de prévention et consulter en cas de symptômes sont des réflexes simples mais essentiels. Enfin, l’enjeu humain demeure central : lutter contre la stigmatisation des personnes touchées est indispensable pour encourager le dépistage et briser les chaînes de transmission. La santé est un bien commun, et sa protection est l’affaire de tous.

Vue de Nairobi capitale du Kenya en Afrique de l Est
Nairobi, au Kenya : la coopération régionale a été déterminante pour endiguer la propagation du virus en Afrique de l’Est. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

La prudence reste de mise. Le premier risque est celui d’un relâchement prématuré. La levée de l’urgence sanitaire pourrait conduire à un désengagement des financements et de l’attention internationale, alors même que le virus continue de circuler. Maintenir la surveillance et la capacité de réponse, même en l’absence de pic épidémique, est essentiel pour éviter une résurgence.

Le deuxième point de vigilance concerne les zones où la maladie reste endémique et les territoires nouvellement touchés, comme dans l’océan Indien. La circulation du virus y appelle un suivi attentif. Pour les personnes qui voyagent vers des régions de circulation active, il est recommandé de se renseigner auprès des autorités sanitaires, de respecter les mesures barrières et de consulter rapidement en cas de symptômes. Cet article est informatif et ne se substitue en aucun cas à un avis médical ; les informations présentées émanent de sources officielles et sont susceptibles d’évoluer. En cas de doute ou de symptômes, il convient de consulter un professionnel de santé ou les autorités sanitaires compétentes. Il s’agit d’un sujet de santé sensible : si vous êtes personnellement concerné ou inquiet, n’hésitez pas à vous tourner vers les services de santé de votre pays.

Conclusion

La fin de l’urgence sanitaire liée au Mpox est une bonne nouvelle, qui récompense des années d’efforts et de coopération. Elle démontre la capacité des systèmes de santé africains, soutenus par leurs partenaires, à faire face à des menaces complexes. Mais elle ne doit pas être interprétée comme la fin du combat. La maladie demeure présente, endémique dans certaines régions et mobile dans d’autres, ce qui impose une vigilance durable plutôt qu’un relâchement. La véritable leçon de cette séquence est peut-être celle-ci : la santé publique se construit dans la continuité, par l’investissement constant dans la surveillance, la prévention et la coopération. C’est en tirant les enseignements de chaque crise que le continent renforcera sa résilience face aux menaces futures, qu’elles soient connues ou émergentes. Le Mpox, longtemps négligé hors d’Afrique, aura au moins eu le mérite de rappeler une vérité simple : la santé n’a pas de frontières, et la protection des populations les plus exposées profite, in fine, à tous. Rester informé, sans s’alarmer, et soutenir le renforcement des systèmes de santé : telle est sans doute la meilleure réponse collective à apporter.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.