Madagascar : Randrianirina défend la « Refondation » et lance la concertation nationale

Sept mois après son arrivée au pouvoir, le président malgache de la « Refondation », le colonel Michaël Randrianirina, a défendu son bilan lors d’une longue intervention télévisée, le dimanche 31 mai 2026. À trois jours du lancement d’une concertation nationale décisive et dans un contexte de turbulences, le chef de l’État a mis en avant quelques chantiers, tout en reconnaissant les limites de son action. ServAfrica fait le point de manière factuelle et neutre sur cette séquence politique.
Les faits
Lors de cette prise de parole — sa deuxième grande intervention télévisée depuis son investiture en octobre 2025 — le colonel Randrianirina a dressé le bilan de sept mois de « Refondation », mettant en avant des chantiers en cours : l’accès à l’eau, l’électricité, ou encore des réformes dans l’enseignement supérieur. Selon plusieurs comptes rendus, il a également reconnu des retards et des limites, dans un exercice présenté comme un « mea culpa » partiel, alors que la contestation à l’égard de son pouvoir s’est faite plus audible.
Cette intervention précédait de quelques jours le lancement, prévu le 3 juin, de la concertation nationale, pièce maîtresse du projet de « Refondation de la République ». Le pilotage de ce dialogue a été confié au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), à qui l’État a accordé une large autonomie pour conduire les consultations. Selon le calendrier annoncé par le ministère en charge de la Refondation, ces concertations doivent s’étaler sur plusieurs mois en 2026 (du niveau local au niveau national), avec pour objectifs l’élaboration d’un projet de nouvelle Constitution (ouvrant la voie à une Ve République), une réforme du cadre électoral, et la préparation d’élections envisagées en 2027.
Le président a appelé l’ensemble des acteurs à prendre part au processus, estimant que le moment était propice pour « changer Madagascar ». Il a aussi mis en garde, à plusieurs reprises, contre les « calculs politiques » qu’il juge susceptibles de bloquer la concertation, certains acteurs se projetant, selon lui, déjà vers les élections plutôt que vers la refondation.
Contexte
Pour comprendre cette séquence, il faut rappeler les événements de l’automne 2025. Un vaste mouvement de contestation sociale, parti le 25 septembre et largement porté par la jeunesse (« Gen Z »), a conduit au départ du pays du président Andry Rajoelina, puis à sa destitution par l’Assemblée nationale le 14 octobre. Le colonel Michaël Randrianirina, à la faveur d’un basculement militaire, a été investi « président de la Refondation » le 17 octobre 2025. Les nouvelles autorités ont récusé la qualification de « coup d’État », évoquant un processus porté par la rue.
Depuis, le pouvoir s’emploie à définir une feuille de route : la « Refondation » se veut une transformation profonde des institutions, devant aboutir à une nouvelle Constitution et à des élections. La transition a toutefois suscité des réactions internationales (suspensions ou réserves de certaines organisations) et fait l’objet d’un suivi attentif. ServAfrica aborde ces évolutions dans sa rubrique Découvrir l’Afrique, avec prudence et sans prendre parti.
Madagascar, l’un des pays les plus peuplés de l’océan Indien, fait face à d’immenses défis de développement (pauvreté, accès aux services de base, infrastructures), sur fond d’une grande richesse naturelle et culturelle. Les attentes de la population, notamment de la jeunesse à l’origine du mouvement, sont fortes.
Analyse
La première clé de lecture est celle de la légitimation. En défendant son bilan et en lançant une concertation nationale confiée à un acteur jugé neutre (le FFKM), le pouvoir cherche à asseoir sa légitimité et à inscrire son action dans un cadre dialogué plutôt que purement militaire. C’est un enjeu central pour une transition née d’un basculement.
La deuxième clé concerne la méthode et le calendrier. La réussite de la « Refondation » dépendra de l’inclusivité réelle des concertations, du respect du calendrier (concertations en 2026, élections en 2027) et de la capacité à traduire les aspirations en réformes concrètes. Les reports et ajustements déjà observés montrent la difficulté de l’exercice.

La troisième clé invite à la nuance. Une transition est une période d’incertitude : les attentes sont élevées, les marges de manœuvre limitées, et les interprétations des acteurs divergent. La reconnaissance de retards par le chef de l’État traduit la difficulté de répondre rapidement aux espoirs suscités. Pour les observateurs et la diaspora, l’essentiel est de suivre la trajectoire d’ensemble — inclusivité du dialogue, libertés, calendrier électoral, situation socio-économique — au-delà de chaque discours. ServAfrica rapporte ces faits sans les trancher.
Score ServAfrica
Cet article met en avant Madagascar. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, Madagascar obtient un score de 40 sur 100. Ce niveau reflète d’importants défis de développement et de gouvernance, accentués par l’incertitude de la transition actuelle, malgré une nature exceptionnelle (biodiversité unique), un fort potentiel touristique et agricole, et une jeunesse dynamique. Ce score est une mesure prudente du risque global à un instant donné, susceptible d’évoluer selon l’issue de la transition.
Opportunités
Madagascar conserve de réels atouts de long terme. Son capital naturel (biodiversité unique au monde) soutient un écotourisme à fort potentiel. Son agriculture (vanille, girofle, cacao, riz) et ses ressources (nickel, cobalt, graphite — utiles à la transition énergétique) sont recherchées. Sa jeunesse et sa diaspora constituent un capital humain précieux. Une stabilisation politique et une meilleure gouvernance amélioreraient nettement l’attractivité. Pour la diaspora et les investisseurs, l’agro-industrie, l’écotourisme et les énergies sont des pistes à étudier, en lien avec nos rubriques Business Afrique et Investir en Afrique, en tenant compte du contexte.

Risques
La prudence reste de mise. Le premier risque est politique : l’incertitude de la transition et le respect du calendrier (concertations, élections). Le deuxième est social : fortes attentes de la population, notamment de la jeunesse. Le troisième est économique : pauvreté, infrastructures, dépendance à quelques filières. Le quatrième est informationnel : sur les sujets politiques, les interprétations divergent ; il convient de croiser des sources fiables. Cet article a une vocation strictement informative et n’exprime aucune position partisane.
Conclusion
En défendant le bilan de sept mois de « Refondation » et en lançant une concertation nationale confiée au FFKM, le pouvoir malgache cherche à structurer une transition née de la contestation de 2025. Entre chantiers mis en avant, retards reconnus et calendrier ambitieux (élections en 2027), l’enjeu est désormais de transformer les aspirations en réformes concrètes et inclusives. Pour la diaspora et les observateurs, suivre la trajectoire d’ensemble du pays reste essentiel. ServAfrica continuera d’en rendre compte avec rigueur, neutralité et équilibre.
Pour aller plus loin
Approfondissez avec nos ressources internes : Découvrir l’Afrique, Diaspora et nos Guides & Outils. Pour suivre l’actualité, croisez les sources de référence (presse malgache et panafricaine, agences internationales) et les communiqués officiels des autorités et des institutions impliquées dans la concertation.
Cet article porte sur une transition politique sensible et évolutive. Il vise à informer de façon neutre et factuelle, à partir de sources publiques disponibles à la date de publication, et n’exprime aucune position partisane.
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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.