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INDUSTRIALISATION

Lithium : la Chine au cœur de l’essor minier africain

Équipe éditoriale ServAfrica. 10.06.2026 7 min de lecture
Harare, capitale du Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, au cœur de la filière dominée par les capitaux chinois
Harare, capitale du Zimbabwe, premier producteur africain de lithium (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Le lithium, ce métal gris argenté indispensable aux batteries des véhicules électriques, est devenu un enjeu stratégique mondial. L’Afrique s’impose comme un fournisseur en pleine ascension — mais derrière cet essor, ce sont surtout les capitaux chinois qui tirent les ficelles, de la mine au raffinage. ServAfrica décrypte une dépendance qui interroge l’avenir de la filière.

Les faits

Au Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, le groupe chinois Zhejiang Huayou prévoit de produire du carbonate de lithium de qualité batterie depuis sa mine Arcadia, située à l’est de Harare. Cette annonce intervient quelques mois après la première production africaine de sulfate de lithium réalisée par la même société. Elle illustre le rôle central des acteurs chinois dans la filière, de l’extraction jusqu’à la transformation.

Cette domination ne se limite pas au Zimbabwe. Des groupes comme Zhejiang Huayou, Sinomine Resources ou Ganfeng Lithium contrôlent les principales mines du Zimbabwe et du Mali, et étendent leur emprise jusqu’en République démocratique du Congo et au Ghana. Au niveau mondial, la Chine est non seulement parmi les premiers producteurs (avec l’Australie et le Chili), mais surtout le premier pôle de raffinage, avec environ 62 % des capacités mondiales en 2024, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Une rue commerçante de Harare, au Zimbabwe, pays qui impose le raffinage local du lithium
Une artère de Harare, au Zimbabwe (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

La demande mondiale de lithium ne cesse de croître, tirée par l’essor des véhicules électriques, et un déficit de l’offre est anticipé à l’horizon 2035. Dans ce contexte, la production minière africaine a connu un bond spectaculaire, passant en quelques années d’une part marginale à environ 10 % de la production mondiale, portée principalement par le Zimbabwe et le Mali.

Pour capter davantage de valeur, plusieurs pays producteurs ont changé de doctrine. Le Zimbabwe a ainsi interdit l’exportation du minerai brut, contraignant les opérateurs à raffiner sur place. L’objectif est triple : accroître la valeur ajoutée locale, augmenter les recettes fiscales et créer des emplois. Cette volonté de « value addition » a été largement affichée par les pays africains lors du dernier grand rendez-vous du secteur, le Mining Indaba du Cap. Des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars ont été engagés pour bâtir des usines de raffinage produisant du sulfate puis du carbonate de lithium.

Le Zimbabwe concentre l’essentiel des regards. Le pays abrite certains des plus importants gisements connus au monde, de la mine d’Arcadia, près de Harare, à celle de Bikita, dans le sud, longtemps considérée comme le plus grand dépôt de lithium du continent. Cette richesse géologique, conjuguée à une demande mondiale en forte hausse, a fait du Zimbabwe un aimant à investissements — au point que la quasi-totalité de la production africaine légale à grande échelle en provient aujourd’hui. Mais cette concentration crée aussi une dépendance : celle d’une économie dont la trajectoire minière est désormais étroitement liée aux décisions d’opérateurs étrangers.

Analyse

Première clé de lecture : un modèle intégré, mais sous influence. Les acteurs chinois ne se contentent plus d’extraire : ils transforment localement le minerai en composants à haute valeur ajoutée, destinés prioritairement à l’industrie chinoise des batteries. C’est une avancée pour l’industrialisation africaine — des usines, des emplois, des transferts — mais une avancée largement pilotée de l’extérieur.

Le centre Eastgate à Harare, symbole de l'économie zimbabwéenne portée par le lithium
Le centre Eastgate, à Harare (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Deuxième clé : une dépendance à double tranchant. La concentration de la filière entre quelques mains chinoises offre aux pays africains des débouchés et des capitaux immédiats, mais limite leur marge de manœuvre et les expose à un acheteur quasi unique. La valeur réellement captée localement reste une question ouverte, d’autant que les composants partent majoritairement alimenter des chaînes de batteries situées hors du continent.

Troisième clé : un rééquilibrage en germe. D’autres acteurs commencent à se positionner. L’américaine KoBold Metals investit dans l’exploration autour de la zone de Manono, en RDC ; la Banque européenne d’investissement soutient un projet de mine en Namibie ; et des sociétés publiques, comme la zimbabwéenne Kuvimba Mining, tentent de faire émerger des champions locaux. La marge de manœuvre des pays producteurs dépendra de leur capacité à diversifier leurs partenaires et à bâtir des acteurs industriels nationaux.

Score ServAfrica

Cet article met en avant le Zimbabwe, figure de proue de la filière. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Zimbabwe obtient un score de 38 sur 100. Le pays dispose de ressources minières exceptionnelles, mais reste pénalisé par des défis de gouvernance, de transparence et de climat des affaires. La manière dont il négociera la valorisation locale de son lithium pèsera sur sa trajectoire. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.

Opportunités

La filière ouvre de réelles opportunités. Sur le plan industriel, le raffinage local crée de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés. Sur le plan budgétaire, l’interdiction d’exporter le brut peut augmenter les recettes des États. Sur le plan stratégique, l’Afrique se positionne dans une chaîne de valeur mondiale appelée à croître avec la transition énergétique. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Tech Afrique.

Sur le plan stratégique, l’Afrique se positionne dans une chaîne de valeur mondiale appelée à croître avec la transition énergétique. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Tech Afrique.

À plus long terme, l’ambition de certains pays va au-delà du raffinage : il s’agit de remonter la chaîne de valeur jusqu’à la fabrication de composants de batteries, voire de cellules. La République démocratique du Congo et la Zambie ont ainsi évoqué la création de zones industrielles communes dédiées aux batteries. Un saut considérable, qui suppose énergie fiable, infrastructures, capital humain qualifié et financements de long terme — autant de conditions encore largement à réunir sur le continent.

Une scène urbaine à Harare, au Zimbabwe, illustrant les enjeux économiques de la filière lithium
Harare, capitale d’un pays clé de la filière lithium africaine (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

Plusieurs risques appellent à la vigilance. Le premier est la dépendance à un partenaire dominant, qui réduit le pouvoir de négociation des pays producteurs. Le deuxième est la volatilité des cours du lithium, susceptible de fragiliser des projets coûteux. Le troisième concerne les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), régulièrement pointés par les organisations de la société civile. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

Conclusion

L’essor du lithium africain est une chance réelle pour l’industrialisation du continent, mais une chance largement captée, pour l’instant, par les capitaux chinois. Le véritable enjeu pour l’Afrique n’est pas seulement d’extraire ou même de raffiner : c’est de négocier des partenariats équilibrés, de diversifier ses alliés et de faire en sorte que la « ruée vers l’or blanc » profite durablement à ses populations. La transition énergétique mondiale se jouera aussi sur ce terrain.

Pour aller plus loin

Approfondissez avec nos rubriques Business Afrique, Tech Afrique et Investir en Afrique.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.