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BUSINESS AFRIQUE

Investissements du Golfe : l’Afrique verte courtisée par les Émirats et Oman

Équipe éditoriale ServAfrica. 13.06.2026 7 min de lecture
Nouakchott en Mauritanie, pays courtise par les investissements du Golfe dans l'energie verte
Nouakchott : la Mauritanie au cœur des investissements du Golfe dans l’énergie verte (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Discrètement mais sûrement, les investissements du Golfe redessinent le paysage économique africain. Émirats arabes unis en tête, les pétromonarchies misent des dizaines de milliards sur le continent, en particulier dans l’énergie verte. La Mauritanie illustre cette nouvelle donne. ServAfrica analyse une dynamique aux enjeux considérables.

Investissements du Golfe : les faits

Lors du 39e sommet de l’Union africaine, en février 2026 à Addis-Abeba, les Émirats arabes unis ont rappelé l’ampleur de leur engagement : plus de 110 milliards de dollars investis en Afrique entre 2019 et 2023, présentés comme le montant le plus important engagé par un seul pays sur cette période. Plus de 70 milliards de dollars de cette enveloppe ont été orientés vers l’énergie, notamment les énergies renouvelables et propres.

Ces investissements du Golfe sont portés par des acteurs de premier plan, comme la société émiratie Masdar, le développeur Amea Power ou le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement. L’hydrogène vert s’impose comme une nouvelle frontière. La Mauritanie en offre un exemple éclairant : avec ses projets Nour et AMAN, le pays mise sur le solaire, l’éolien, le gaz et l’hydrogène vert, présentés comme les piliers de son offre aux investisseurs. La Banque africaine de développement accompagne cette ambition, avec un atelier tenu à Nouakchott en avril 2026 pour structurer le tout premier cadre d’enchères pour l’hydrogène vert du continent. D’autres pays du Golfe, comme Oman, s’invitent également dans des secteurs stratégiques, du diamant aux infrastructures portuaires.

Coucher de soleil sur Nouakchott, symbole du potentiel solaire vise par les investissements du Golfe
Le potentiel solaire de la Mauritanie attire les capitaux étrangers (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

Cette montée en puissance répond à un immense besoin. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Afrique aurait besoin d’environ 190 milliards de dollars d’investissements par an entre 2026 et 2030 pour atteindre ses objectifs d’énergie et de climat, dont les deux tiers dans les énergies propres. Or le continent dispose d’un atout colossal : ses capacités solaires représenteraient près de 40 % des ressources mondiales.

Dans le même temps, l’aide publique occidentale recule, laissant un espace que les pays du Golfe, riches de leurs fonds souverains et engagés dans des stratégies de neutralité carbone, sont prompts à occuper. Pour des États comme la Mauritanie, longtemps perçus comme de simples frontières extractives, l’enjeu est de se transformer en véritables plateformes de production et de transformation régionales. Le pays cherche ainsi à valoriser localement son gaz, ses minerais et ses ressources halieutiques, tout en se positionnant sur les énergies de demain.

Cet intérêt du Golfe ne se limite pas à l’énergie. Au fil des années, les fonds souverains et les grands groupes émiratis, saoudiens ou qatariens ont multiplié les prises de position dans les ports, la logistique, l’agriculture et les mines à travers le continent. Cette stratégie répond à une double logique : sécuriser des actifs et des routes commerciales stratégiques, et préparer l’après-pétrole en diversifiant les sources de revenus. Pour les pays du Golfe, l’Afrique n’est plus une terre lointaine, mais un prolongement naturel de leur zone d’influence économique, à quelques heures de vol. Cette proximité géographique et la rapidité de décision de leurs fonds, moins contraints que les bailleurs multilatéraux, expliquent en partie le succès de leurs offres auprès des gouvernements africains.

Analyse

Première clé de lecture : un partenaire pour combler le déficit. Face au retrait relatif des bailleurs traditionnels, les investissements du Golfe apportent des capitaux considérables et une appétence pour les grands projets d’infrastructure. Pour l’Afrique, c’est l’occasion de diversifier ses partenaires et d’accélérer son électrification.

Batiment moderne a Nouakchott, illustrant les retombees des investissements du Golfe en Mauritanie
Les capitaux du Golfe financent infrastructures et énergies propres (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Deuxième clé : l’hydrogène vert, pari d’avenir. Produire de l’hydrogène à partir du soleil et du vent du Sahara est une promesse séduisante. Mais cet hydrogène est largement destiné à l’exportation, vers l’Europe et le Golfe. La question est donc de savoir quelle part de la valeur, et des emplois, restera sur le sol africain.

Troisième clé : opportunité ou dépendance ? C’est tout l’enjeu. Les investissements du Golfe peuvent être un formidable levier de développement, à condition que les pays africains négocient des accords équilibrés, exigent des transferts de technologie et veillent à leur souveraineté. Diversifier ses partenaires ne doit pas conduire à troquer une dépendance contre une autre. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Investir en Afrique et Business Afrique.

Pour la diaspora et les investisseurs africains, cette nouvelle géographie des capitaux mérite d’être suivie de près. Les grands projets d’énergie verte créent en effet des besoins en compétences, en sous-traitance et en services locaux, autant d’occasions de participer à la chaîne de valeur. L’enjeu, pour les économies concernées, est de ne pas se contenter d’accueillir les capitaux du Golfe, mais de bâtir autour d’eux un tissu d’entreprises et de talents nationaux. C’est à cette condition que les investissements du Golfe se traduiront par un développement réellement endogène, et non par une simple juxtaposition d’enclaves tournées vers l’exportation. La capacité des États à fixer des règles claires et à former leur jeunesse sera, là encore, déterminante.

Score ServAfrica

Cet article met en avant la Mauritanie. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, la Mauritanie obtient un score de 44 sur 100. Riche en gaz, en minerais et en potentiel d’énergie verte, le pays attire les capitaux, mais reste confronté à des défis de gouvernance, d’infrastructures et de diversification. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.

Opportunités

Plusieurs opportunités se dégagent. Sur le plan énergétique, ces capitaux peuvent accélérer l’accès à l’électricité et la transition verte. Sur le plan industriel, l’hydrogène vert ouvre une filière d’avenir. Sur le plan du financement, le Golfe diversifie les sources de capitaux du continent. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Investir en Afrique et Diaspora.

Vue de Nouakchott, capitale d'une Mauritanie transformee par les investissements du Golfe
La Mauritanie veut devenir une plateforme régionale de transformation (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

Plusieurs points de vigilance méritent attention. Le premier est le risque d’une nouvelle dépendance, si la valeur produite part surtout à l’export. Le deuxième tient à la souveraineté sur les ressources et les infrastructures stratégiques. Le troisième concerne la transparence des accords et leur bénéfice réel pour les populations. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement ; nous invitons à croiser plusieurs sources.

Conclusion

L’arrivée massive des capitaux du Golfe marque un tournant dans l’histoire économique de l’Afrique. Pour le continent, l’enjeu n’est pas de refuser ces partenaires, mais de négocier en position de force, afin que ces investissements servent un développement durable et souverain. La Mauritanie, comme d’autres, joue gros : transformer une rente naturelle en prospérité partagée, sans céder le contrôle de son avenir.

Pour aller plus loin

Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Investir en Afrique, Business Afrique et Diaspora.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.