GNL au Mozambique : Coral North, un méga-projet gazier sous tension
GNL au Mozambique : un nouveau méga-projet gazier se met en marche au large de Cabo Delgado, non sans soulever d’importantes questions. Entre promesses de recettes et inquiétudes climatiques et sécuritaires, le pays joue gros. ServAfrica fait le point, de manière mesurée, sur un dossier sensible.
GNL au Mozambique : les faits
Le projet Coral North, parfois appelé Coral Norte, porte sur le développement d’une deuxième unité flottante de liquéfaction de gaz naturel, à environ 55 kilomètres au large de la province de Cabo Delgado, dans le bassin de Rovuma. D’une capacité d’environ 3,55 millions de tonnes par an et d’un coût estimé autour de 7,2 milliards de dollars, il vise à doubler la production de gaz liquéfié du pays. Le consortium est mené par l’italien Eni, aux côtés de partenaires chinois, coréen, émirati et de la compagnie nationale mozambicaine, qui détiennent ensemble le reste des parts.
Le calendrier s’est accéléré. La décision finale d’investissement a été actée à l’automne 2025 à Maputo. En janvier 2026, la Banque africaine de développement a approuvé un prêt de 150 millions de dollars, le projet devant générer, selon ses promoteurs, plus de 20 milliards de dollars de recettes fiscales sur sa durée de vie. Début juin 2026, le contrat d’ingénierie et de construction a été attribué à un consortium réunissant Technip Energies, JGC et Samsung Heavy Industries. La première production de gaz est attendue au second semestre 2028, le projet s’appuyant sur l’expérience de Coral South, en service depuis 2022.

Contexte
Le Mozambique ambitionne de devenir l’un des grands producteurs de gaz du continent. Le bassin de Rovuma recèle d’immenses réserves, et le pays espère en tirer des revenus susceptibles de financer son développement. Coral North s’inscrit dans cette stratégie, après le lancement de Coral South, première installation de ce type entrée en service en 2022, qui a démontré la faisabilité technique de l’exploitation gazière offshore dans le pays.
Mais ce potentiel se déploie dans un contexte particulièrement difficile. La province de Cabo Delgado est, depuis 2017, le théâtre d’une insurrection armée à caractère djihadiste, qui a fait de nombreuses victimes et provoqué d’importants déplacements de populations. Ces violences avaient conduit à la suspension, en 2021, d’un autre grand projet gazier porté par des acteurs internationaux. La sécurité demeure donc une préoccupation centrale, tout comme la question de la juste répartition des futures retombées.
Le choix d’une unité flottante n’est d’ailleurs pas anodin. En plaçant l’usine de liquéfaction en mer, loin des côtes, les opérateurs limitent en partie leur exposition aux troubles terrestres et réduisent l’empreinte des installations à terre. Cette approche, déjà éprouvée avec Coral South, permet de répliquer un modèle standardisé pour gagner du temps et maîtriser les coûts. Elle ne supprime pas pour autant les interrogations de fond, qu’elles soient sécuritaires, sociales ou environnementales, qui continuent d’entourer l’ensemble des projets gaziers de la région.
Analyse
Première clé de lecture : une manne financière potentielle. Les recettes fiscales annoncées et les emplois liés à la construction et à l’exploitation représentent une opportunité réelle pour un pays qui compte parmi les plus pauvres du monde. Bien gérées, ces ressources pourraient soutenir des investissements publics majeurs dans la santé, l’éducation ou les infrastructures.

Deuxième clé : des préoccupations environnementales et de droits humains. En mars 2026, des experts des Nations unies ont exprimé de graves préoccupations à propos du soutien financier au projet, évoquant des risques pour les droits humains, des effets sur le climat et le détournement de fonds publics au détriment des énergies renouvelables. Ces réserves alimentent un débat de fond sur la place du gaz dans la transition énergétique africaine.
Troisième clé : l’équation sécuritaire et locale. La réussite du projet dépendra de la stabilisation de la région et de la capacité à faire bénéficier les populations de Cabo Delgado de ses retombées, alors que le gaz est destiné à l’exportation. Faute de quoi, le risque est grand de voir se creuser le fossé entre la richesse extraite et le quotidien des habitants. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Investir en Afrique.
Ce dossier illustre un débat qui traverse tout le continent. D’un côté, de nombreux pays africains estiment légitime d’exploiter leurs ressources fossiles pour financer leur développement, soulignant qu’ils ne portent qu’une part infime de la responsabilité historique du dérèglement climatique. De l’autre, des voix alertent sur le risque de bâtir des infrastructures coûteuses et polluantes au moment où le monde s’oriente vers les énergies propres, et sur la dépendance qu’elles créent vis-à-vis d’un marché d’exportation volatil. Entre ces positions, le Mozambique devra tracer sa propre voie, en pesant les bénéfices immédiats et les coûts de long terme.
Score ServAfrica
Cet article met en avant le Mozambique. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Mozambique obtient un score de 46 sur 100. Doté d’un fort potentiel en ressources naturelles, le pays reste confronté à des défis de sécurité, de gouvernance et de pauvreté. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.
Enjeux
Plusieurs enjeux se dessinent. Sur le plan économique, le projet peut générer des recettes substantielles. Sur le plan de la gouvernance, tout dépendra de la transparence dans l’usage des fonds. Sur le plan social et environnemental, l’enjeu est de concilier exploitation, droits des populations et climat, dans une région déjà fragilisée. Ce sujet appelle à croiser plusieurs sources et points de vue.
Risques et points de vigilance
Plusieurs points de vigilance méritent attention. Le premier tient à l’instabilité sécuritaire du Cabo Delgado, qui pèse sur l’ensemble de la région. Le deuxième concerne les impacts climatiques et sociaux d’un grand projet gazier, au moment de la transition énergétique mondiale. Le troisième porte sur la répartition des retombées et la transparence. Cet article est informatif et ne constitue ni un conseil en investissement ni une prise de position partisane ; il invite à se référer à plusieurs sources.
Conclusion
Le projet Coral North cristallise les dilemmes du développement africain : comment valoriser ses ressources sans sacrifier la sécurité, l’environnement et les droits des populations ? Pour le Mozambique, l’enjeu sera de transformer cette manne gazière en progrès partagé, dans la transparence, tout en composant avec les impératifs de la transition énergétique. Un équilibre délicat, que seul l’avenir permettra d’apprécier. Pour la diaspora et les observateurs du continent, ce projet mérite d’être suivi de près, car il dira beaucoup de la capacité de l’Afrique à transformer ses richesses naturelles en développement réellement partagé.
Pour aller plus loin
Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Business Afrique, Investir en Afrique et Découvrir l’Afrique.
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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.