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TECHNOLOGIE

Fintech : Djamo, première néobanque agréée en Afrique francophone

Équipe éditoriale ServAfrica. 18.06.2026 11 min de lecture
Quartier du Plateau a Abidjan capitale economique de la Cote d Ivoire
Le Plateau, à Abidjan : la fintech Djamo y a bâti l’une des réussites les plus marquantes de la tech ouest-africaine. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Djamo, la fintech ivoirienne qui ambitionne de bancariser l’Afrique francophone, vient de franchir une étape décisive : elle est devenue la première fintech de Côte d’Ivoire à obtenir un agrément de microfinance délivré par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Cette licence lui permet de proposer des produits financiers réglementés, compte courant, épargne rémunérée et crédit, et confirme son ambition de devenir la néobanque de référence d’une région encore largement sous-bancarisée. Retour sur la trajectoire fulgurante d’une jeune pousse qui réinvente la banque pour des millions d’Africains, et qui s’est hissée en cinq ans au rang des fintechs les plus emblématiques du continent.

Djamo : les faits

Le 11 septembre 2025, à Abidjan, le cofondateur et directeur général de Djamo, Hassan Bourgi, a annoncé l’obtention d’un agrément de microfinance, délivré par le ministère de l’Économie et des Finances de Côte d’Ivoire avec l’avis favorable de la BCEAO. C’est une première : aucune fintech ivoirienne n’avait jusque-là décroché ce sésame. Concrètement, à travers sa filiale Djamo Finance, l’entreprise peut désormais offrir un compte courant déplafonné doté d’un IBAN, un compte d’épargne rémunéré jusqu’à 6 % par an, ainsi que des crédits de trésorerie pouvant atteindre 1 million de FCFA, remboursables sur trente jours. Ces nouveaux services s’ajoutent à son offre existante de paiements numériques, de transferts de fonds, de carte Visa et d’investissement sur la Bourse régionale des valeurs mobilières.

Fondée en 2020 à Abidjan par Hassan Bourgi (directeur général) et Régis Bamba (directeur produit et technique), Djamo s’est imposée en quelques années comme l’une des fintechs les plus en vue d’Afrique de l’Ouest. L’entreprise, qui emploie environ 250 personnes à Abidjan et Dakar, revendique plus d’un million de clients en Côte d’Ivoire et au Sénégal, dont 55 % l’utilisent comme compte principal. Elle a accompagné plus de 10 000 PME, traité plus de 4,5 milliards de dollars de transactions et multiplié son chiffre d’affaires par cinq depuis 2022. Pour piloter ses activités de microfinance, le groupe a nommé Elfried Didehia, ancien cadre d’Ecobank, de BGFI Bank Europe et du groupe Cofina, à la tête de Djamo Finance.

Les trois nouveaux produits illustrent l’ambition de l’entreprise. Le compte courant, entièrement gérable depuis l’application, promet zéro frais de tenue de compte et de retrait dans le réseau d’agents, avec un IBAN permettant de recevoir un salaire ou des revenus. Le compte d’épargne, rémunéré à 6 % l’an, se distingue par le versement des intérêts en fin de chaque mois et un suivi en temps réel du rendement, là où les banques classiques ne reversent les intérêts qu’une fois par an, là où Djamo joue la carte de la transparence et de l’immédiateté. Quant au crédit, accessible grâce à un score calculé automatiquement, il vise à offrir un coup de pouce immédiat en cas d’imprévu, sans paperasse, avec un taux mensuel annoncé autour de 1,8 %. L’ensemble est pensé pour une expérience fluide, mobile et transparente.

Paiement mobile sur smartphone illustrant la finance numerique
Compte courant, épargne et crédit accessibles depuis un smartphone : Djamo veut faire entrer la banque dans la poche de ses utilisateurs. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

Pour saisir la portée de cet agrément, il faut mesurer le défi de la bancarisation en Afrique de l’Ouest francophone. Dans cette région, moins d’un adulte sur quatre dispose d’un compte bancaire. Les établissements traditionnels, souvent perçus comme élitistes, n’adressent qu’une minorité aisée, tandis que les services de mobile money, massivement adoptés, se limitent à des fonctions basiques : transferts, paiements et retraits. Ce double écueil laisse une large majorité de la population sans accès à l’épargne, au crédit ou à l’investissement.

La progression du mobile money a permis une première vague d’inclusion, mais elle atteint aujourd’hui ses limites fonctionnelles. Pour une population jeune et connectée, en quête de services financiers plus complets et mieux intégrés, l’espace est ouvert pour des néobanques capables d’industrialiser une offre à la fois accessible, digitale et conforme aux attentes des régulateurs.

La Côte d’Ivoire a néanmoins enregistré un net progrès en matière d’inclusion financière : selon la Banque mondiale, le taux est passé de 41 % en 2017 à 58 % en 2024. De plus en plus de personnes disposent d’un compte, mais l’accès au financement reste un frein majeur. C’est précisément cet espace que Djamo entend occuper, en se positionnant comme une alternative hybride entre le mobile money et la banque digitale. L’agrément intervient en outre à un moment charnière : la BCEAO a lancé une plateforme interopérable de paiement instantané reliant banques, institutions de microfinance et fintechs agréées dans l’ensemble de l’UEMOA, un système appelé à fluidifier les échanges et à renforcer la confiance dans les services financiers numériques.

Analyse

Quatre clés permettent de comprendre la portée de la percée de Djamo.

Première clé : le passage de la fintech à la finance régulée. En obtenant un agrément de microfinance, Djamo ne se contente plus d’être un intermédiaire de paiement : elle devient un acteur financier à part entière, autorisé à collecter de l’épargne et à octroyer du crédit dans un cadre supervisé. C’est un saut qualitatif majeur, qui la distingue des simples portefeuilles électroniques et la rapproche du statut de néobanque.

Deuxième clé : une levée de fonds record. En avril 2025, Djamo a réuni 17 millions de dollars, la plus importante levée de capital-risque jamais réalisée par une start-up ivoirienne. L’opération, menée par le fonds Janngo.africa, a réuni des investisseurs de premier plan comme Partech, Oikocredit, Enza Capital, Y Combinator et le fonds SANAD. Quelques mois plus tôt, la Caisse des dépôts et consignations de Côte d’Ivoire avait injecté 800 millions de FCFA pour soutenir ses activités. Ces capitaux ont financé l’obtention de nouvelles licences et l’expansion régionale.

Troisième clé : une croissance portée par l’usage réel. Le succès de Djamo ne repose pas sur des promesses, mais sur des chiffres tangibles : plus d’un million de clients, dont une majorité l’utilisent comme compte principal, 10 000 PME accompagnées et un chiffre d’affaires multiplié par cinq en trois ans. Cette adoption massive, notamment auprès d’une population jeune et connectée, témoigne d’un besoin réel auquel les acteurs traditionnels répondaient mal, et d’une confiance progressivement gagnée auprès d’utilisateurs longtemps méfiants à l’égard des institutions financières.

Quatrième clé : un modèle pensé pour l’Afrique francophone. Les fondateurs ont fait le choix d’adapter les standards internationaux de la fintech aux réalités locales, plutôt que d’importer un modèle clé en main. Comptes sans frais cachés, ouverture instantanée, gestion 100 % mobile, score de crédit intégré : chaque fonctionnalité est conçue pour lever les obstacles propres au contexte ouest-africain. C’est cette pertinence locale, doublée d’une exécution soignée, qui fait la différence.

Vue de Dakar capitale du Senegal deuxieme marche de Djamo
Dakar, au Sénégal : Djamo y est également présente, dans le cadre de son expansion régionale au sein de l’UEMOA. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Score ServAfrica

Dans le baromètre ServAfrica, la Côte d’Ivoire, pays d’ancrage de cet article, obtient un score de 68 sur 100, l’un des plus élevés d’Afrique de l’Ouest. Ce niveau reflète le dynamisme de son économie, devenue l’une des plus performantes du continent, ainsi que la vitalité de son écosystème entrepreneurial et technologique, tout en intégrant les fragilités liées à la dépendance aux matières premières et aux enjeux de gouvernance. Ce score est une mesure prudente du risque global à un instant donné ; il ne constitue ni une garantie ni un conseil d’investissement, il s’applique au pays d’ancrage de cet article, et il évoluera au gré de la conjoncture.

Opportunités

La réussite de Djamo ouvre des perspectives pour l’ensemble de l’écosystème financier et technologique africain. Pour les utilisateurs, l’arrivée d’une néobanque régulée signifie un accès simplifié à l’épargne et au crédit, deux leviers essentiels de mobilité économique pour les particuliers comme pour les petites entreprises. Pour les entrepreneurs, le succès de Djamo démontre qu’il est possible de construire, depuis Abidjan, une entreprise technologique de dimension régionale capable d’attirer les plus grands fonds internationaux. C’est un signal fort pour toute une génération de jeunes pousses africaines, qui voient dans Djamo la preuve qu’un acteur local peut rivaliser avec les institutions établies et lever des fonds auprès des investisseurs les plus exigeants de la planète.

Le timing est par ailleurs favorable. L’arrivée de la plateforme interopérable de paiement instantané de la BCEAO devrait élargir le terrain de jeu des fintechs agréées, en facilitant les transferts en temps réel entre banques, microfinances et opérateurs numériques de toute l’UEMOA. Dans ce nouvel environnement, les acteurs régulés et innovants comme Djamo sont les mieux placés pour capter une part croissante d’un marché en pleine structuration.

Pour la diaspora, souvent à la recherche de solutions efficaces pour transférer de l’argent, épargner ou investir au pays, l’essor de fintechs régulées comme Djamo est une excellente nouvelle. Ces plateformes réduisent les coûts, accélèrent les transactions et offrent des produits jusqu’ici réservés à une minorité. Le secteur de la fintech africaine, et plus largement l’inclusion financière, figure parmi les domaines d’investissement les plus prometteurs du continent. La prudence reste de mise, car le secteur est concurrentiel et soumis à une réglementation exigeante, mais la trajectoire de Djamo illustre le potentiel considérable d’un marché encore largement inexploité.

Vue d Abidjan metropole economique de Cote d Ivoire
Abidjan, métropole économique de la Côte d’Ivoire, s’affirme comme l’un des grands pôles de l’innovation financière en Afrique de l’Ouest. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

L’enthousiasme suscité par Djamo ne doit pas occulter les défis qui l’attendent. Le premier risque est concurrentiel. Le marché ouest-africain des services financiers numériques attire de nombreux acteurs, des opérateurs de mobile money historiques aux banques traditionnelles qui se digitalisent, en passant par d’autres fintechs ambitieuses. Conserver son avance exigera une innovation constante et une exécution sans faille.

Le deuxième point de vigilance est réglementaire. Opérer comme institution de microfinance implique des obligations strictes en matière de gestion des risques, de protection des dépôts et de conformité. La solidité financière et la rigueur de gestion seront déterminantes pour mériter la confiance des épargnants et des autorités. La protection des données personnelles et la lutte contre la fraude constituent d’autres chantiers permanents pour tout acteur de la finance numérique. Enfin, il convient de rappeler que l’octroi de crédit comporte des risques, tant pour l’établissement que pour l’emprunteur : un accès facilité au crédit doit s’accompagner d’une pédagogie sur l’endettement responsable. Cet article est informatif et ne constitue ni un conseil financier ni une recommandation d’investissement ; les chiffres cités émanent de sources publiques et restent susceptibles d’évoluer, il convient donc de croiser plusieurs sources avant toute décision.

Conclusion

Avec son agrément de microfinance, Djamo franchit un cap décisif et confirme son statut de pionnière de la néobanque en Afrique francophone. En offrant à des millions de personnes un accès simple, régulé et mobile à l’épargne et au crédit, la fintech ivoirienne s’attaque à l’un des principaux freins au développement économique de la région : l’exclusion financière. Sa trajectoire, des premiers paiements numériques à la finance régulée, illustre la capacité de l’innovation africaine à apporter des réponses concrètes aux besoins du continent. Reste à transformer cette avance en modèle durable, en conjuguant croissance, rentabilité et responsabilité. Si Djamo y parvient, elle pourrait bien préfigurer la banque de demain en Afrique de l’Ouest : digitale, inclusive et résolument locale. Au-delà du seul cas ivoirien, c’est la démonstration qu’une partie des réponses aux grands défis du continent, ici l’inclusion financière, viendra de l’intérieur, portée par des entrepreneurs africains qui connaissent intimement les besoins de leurs concitoyens.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.