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Énergie solaire au Maroc : la révolution Noor

Équipe éditoriale ServAfrica. 22.06.2026 17 min de lecture
Centrale solaire Noor III a Ouarzazate au Maroc

Énergie & Industrie · Maroc

Énergie solaire au Maroc : la révolution Noor

Rédaction ServAfrica·Juin 2026·11 min
78,8/100 · Score ServAfrica — Maroc (excellent)Voir la fiche →

L’énergie solaire au Maroc connaît une véritable révolution. Longtemps dépendant des combustibles fossiles importés, le royaume s’est imposé en une décennie comme l’un des champions africains et mondiaux des énergies renouvelables. Porté par le gigantesque complexe Noor Ouarzazate et une stratégie nationale ambitieuse, le Maroc s’apprête à atteindre ses objectifs de transition énergétique avec plusieurs années d’avance, suscitant l’admiration et l’intérêt bien au-delà de ses frontières. Décryptage d’une transformation qui éclaire l’avenir énergétique du continent tout entier et redéfinit la place de l’Afrique dans la transition mondiale.

Énergie solaire au Maroc : les faits

L’énergie solaire au Maroc est au coeur d’une stratégie nationale lancée en 2009 avec le plan Noor. L’enjeu était vital : ne disposant que de faibles ressources fossiles, le royaume dépendait à environ 96 % de l’extérieur pour son approvisionnement énergétique, ce qui pesait lourdement sur sa balance commerciale et le rendait vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux du pétrole et du gaz. Le pays a donc fait le pari des renouvelables, avec pour objectif clair de porter leur part à 52 % de son mix électrique, en s’appuyant à la fois sur le solaire, l’éolien et l’hydraulique, dans une démarche globale et complémentaire. Un objectif initialement fixé à 2030, mais que les autorités estiment désormais pouvoir atteindre dès 2026, soit avec quatre ans d’avance. Cette accélération, saluée lors de la conférence nationale de l’énergie, fait du Maroc l’un des rares pays au monde à devancer ses propres engagements climatiques, plaçant le royaume parmi les leaders mondiaux de la transition et au tout premier rang des nations africaines en la matière.

Le symbole de cette ambition est le complexe solaire Noor Ouarzazate, au sud-est de Marrakech, l’un des plus grands au monde. Étendu sur plus de 3 000 hectares, il regroupe quatre centrales d’une puissance totale d’environ 580 mégawatts, combinant plusieurs technologies : miroirs cylindro-paraboliques pour Noor I et II, tour solaire pour Noor III et photovoltaïque pour Noor IV. Le site, qui aligne des centaines de milliers de miroirs au pied de l’Atlas, est si vaste qu’il est visible depuis l’espace, devenant un symbole mondial de l’ambition climatique africaine. Le mot « Noor », qui signifie « lumière » en arabe, illustre parfaitement la portée du projet. Inauguré par le roi Mohammed VI à partir de 2016, ce complexe a longtemps été présenté comme la plus grande centrale solaire à concentration au monde, capable de stocker la chaleur dans des sels fondus pour produire de l’électricité même après le coucher du soleil, un avantage décisif sur les installations photovoltaïques classiques. Sur la dernière décennie, la capacité d’énergie propre installée au Maroc a plus que doublé, passant d’environ 2 400 mégawatts en 2016 à près de 4 850 mégawatts fin 2025, avec une croissance particulièrement forte du solaire, dont la puissance installée a été multipliée par plus de cinq sur la même période. Le complexe a nécessité un investissement de plusieurs milliards de dollars, financé par un consortium de bailleurs internationaux et piloté dans le cadre d’un partenariat public-privé. Parmi les financeurs figurent la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement et plusieurs agences de développement, signe de l’intérêt international suscité par ce projet pionnier.

Miroirs des centrales Noor I et II a Ouarzazate au Maroc
Les miroirs cylindro-paraboliques de Noor I et II, au pied de l’Atlas : une prouesse technologique au service de la transition. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

La réussite marocaine ne doit rien au hasard. Le royaume bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel, avec près de 3 000 heures de soleil par an et une irradiation parmi les plus élevées au monde, supérieure à celle du sud de l’Europe, ce qui rend les installations solaires particulièrement productives et rentables sur son territoire. À cet atout naturel s’ajoute une volonté politique constante, portée au plus haut niveau de l’État, et une architecture institutionnelle solide, avec l’Agence marocaine pour l’énergie durable, qui pilote les mégaprojets, et l’Office national de l’électricité, qui gère le réseau et l’interconnexion. Le cadre juridique, posé dès 2010 par une loi dédiée aux énergies renouvelables, a permis d’attirer les investisseurs et de structurer durablement la filière.

Cette stratégie s’est aussi nourrie de l’expérience et des difficultés rencontrées sur le terrain. Les difficultés techniques et les coûts élevés du solaire thermodynamique à concentration, la technologie de Noor Ouarzazate, ont conduit le Maroc à réorienter une partie de ses efforts vers le photovoltaïque, jugé plus compétitif et plus rapide à déployer. De nouveaux projets, comme le complexe hybride de Noor Midelt, combinent désormais les deux technologies. En 2024, les énergies renouvelables ont représenté environ 27 % de la production électrique nationale, une part appelée à croître fortement dans les années à venir, à mesure que de nouveaux parcs solaires et éoliens entrent en service à travers le pays. Ce pragmatisme, qui consiste à privilégier les solutions les plus efficaces et les moins coûteuses, illustre la maturité de la politique énergétique marocaine et explique en grande partie sa réussite.

Analyse

Quatre clés permettent de comprendre la révolution de l’énergie solaire au Maroc.

Première clé : la souveraineté énergétique. En réduisant sa dépendance aux importations de combustibles fossiles, le Maroc renforce sa sécurité énergétique, allège sa facture extérieure et gagne en autonomie stratégique. C’est l’un des moteurs essentiels de toute la démarche, dans un contexte de volatilité des prix mondiaux de l’énergie qui fragilise les pays importateurs.

Deuxième clé : une vision de long terme. Lancée dès 2009 et soutenue par un cadre juridique clair, la stratégie marocaine illustre la puissance d’une planification cohérente et constante, menée sur plus de quinze ans avec le soutien de grands bailleurs internationaux. Cette continuité, rare dans les politiques publiques, a permis de mener à bien des projets dont l’horizon dépasse largement celui d’un mandat électoral, en inscrivant la transition énergétique dans une vision de plusieurs décennies au service des générations futures.

Troisième clé : la capacité d’adaptation. En réorientant sa stratégie vers le photovoltaïque après les difficultés rencontrées avec le thermodynamique, le Maroc a démontré sa capacité à apprendre et à ajuster ses choix technologiques, gage d’efficacité. Cette souplesse, fondée sur le retour d’expérience et l’évolution rapide des coûts des technologies, permet au royaume de rester à la pointe et d’optimiser ses investissements.

Quatrième clé : un rayonnement continental. Cité en exemple dans de nombreux rapports internationaux, le modèle marocain inspire l’ensemble du continent et positionne le royaume comme un acteur clé de la transition énergétique africaine. Le Maroc ambitionne d’ailleurs de jouer un rôle d’interconnexion entre l’Afrique et l’Europe, en exportant son électricité verte et en participant à de grands projets énergétiques transcontinentaux.

Le Twin Center a Casablanca au Maroc
Casablanca, capitale économique : l’énergie verte nourrit les ambitions industrielles du Maroc, dont l’hydrogène vert. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Score ServAfrica

Dans le baromètre ServAfrica, le Maroc, pays d’ancrage de cet article, obtient un score de 79 sur 100. Ce niveau reflète la stabilité du royaume, le dynamisme de son économie et son leadership en matière d’énergies renouvelables, tout en intégrant les points de vigilance liés aux contraintes hydriques, aux disparités sociales et au contexte régional. Ce score est une mesure prudente du risque global à un instant donné ; il ne constitue ni une garantie ni un conseil d’investissement, il s’applique au pays d’ancrage de cet article, et il évoluera au gré de la conjoncture.

Opportunités

La révolution solaire ouvre des opportunités considérables. La première est celle de l’industrie verte et de l’hydrogène. En produisant une électricité renouvelable abondante et compétitive, le Maroc se positionne pour développer une industrie décarbonée et devenir un exportateur d’hydrogène vert vers l’Europe, un marché promis à un bel avenir. Plusieurs grands projets d’hydrogène vert, destinés à produire des carburants et des engrais propres, sont déjà à l’étude dans le royaume, qui entend tirer parti de sa proximité géographique avec le marché européen. Cette dynamique attire les investissements verts et crée des emplois qualifiés dans un secteur d’avenir, ouvrant des perspectives pour les jeunes diplômés marocains, subsahariens et de la diaspora. La maîtrise des métiers de l’énergie solaire, de l’ingénierie à la maintenance en passant par la gestion de projets, devient un atout précieux sur un marché du travail en pleine mutation, tant au Maroc que dans l’ensemble de l’Afrique.

La deuxième opportunité réside dans les usages locaux et la coopération africaine. Le pompage solaire pour l’irrigation, l’électrification des zones rurales et la décarbonation de l’agro-industrie transforment concrètement l’économie et améliorent la vie des populations. Dans les campagnes, l’énergie solaire permet d’alimenter des serres, des unités de transformation et des chaînes du froid, ouvrant la voie à une agriculture plus moderne, plus compétitive et moins dépendante des énergies fossiles. À l’échelle du continent, le Maroc démontre que l’Afrique, riche en soleil, peut faire des énergies renouvelables un levier de développement et d’indépendance, plutôt que de rester un simple importateur d’énergie. Le continent dispose en effet d’un potentiel solaire parmi les plus élevés de la planète, encore très largement sous-exploité, qui pourrait permettre d’électrifier des millions de foyers et d’alimenter une industrialisation propre. Pour la diaspora et les investisseurs, ce secteur représente un terrain d’engagement porteur de sens et de rendement, à la croisée de la rentabilité économique et de l’utilité environnementale et sociale.

La Koutoubia a Marrakech au Maroc
Marrakech, porte du Sud marocain : la région d’Ouarzazate est devenue la vitrine solaire du royaume. (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

Cette transition n’est toutefois pas sans défis. Le premier point de vigilance concerne l’eau et le climat. Certaines technologies solaires, notamment thermodynamiques, nécessitent d’importantes quantités d’eau pour le refroidissement, dans un pays confronté à des épisodes de sécheresse récurrents. La gestion conjointe de la sécurité hydrique et énergétique est devenue un enjeu central de la stratégie nationale. Les concepteurs des nouveaux projets privilégient désormais des technologies moins gourmandes en eau, comme le refroidissement à sec ou le photovoltaïque, afin de concilier production d’énergie propre et préservation d’une ressource précieuse.

Le deuxième point concerne la fiabilité et le financement. L’arrêt temporaire d’une centrale comme Noor III a montré la vulnérabilité de ces grandes installations et son impact sur la production, la production solaire ayant sensiblement reculé durant la période d’indisponibilité avant le rétablissement du site. Le déploiement à grande échelle suppose des investissements massifs, une maintenance rigoureuse et des solutions de stockage performantes pour pallier l’intermittence naturelle du solaire, dont la production varie selon l’heure et la météo. L’intégration de volumes croissants d’énergie renouvelable au réseau électrique constitue également un défi technique, qui exige des infrastructures modernes et une gestion fine de l’équilibre entre production et consommation. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil d’investissement ; les chiffres cités émanent de sources publiques susceptibles d’évoluer.

Conclusion

L’énergie solaire au Maroc incarne une réussite africaine éclatante, celle d’un pays qui a su transformer son ensoleillement, longtemps perçu comme une simple contrainte climatique, en atout stratégique et en moteur de développement. En atteignant ses objectifs avec plusieurs années d’avance, le royaume montre la voie d’une transition énergétique ambitieuse et maîtrisée, fruit d’une vision de long terme et d’une exécution rigoureuse. Au-delà du Maroc, c’est tout un continent, parmi les plus ensoleillés de la planète, qui peut s’inspirer de cet exemple pour bâtir un avenir énergétique plus souverain et plus durable. L’enjeu est immense : donner accès à une énergie propre, fiable et abordable à des centaines de millions d’Africains encore privés d’électricité, tout en évitant le piège des énergies polluantes. ServAfrica continuera de suivre ces transformations qui dessinent l’Afrique de demain.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.