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Dette du Sénégal : pourquoi l’accord avec le FMI comporte encore des zones d’ombre
Économie & business

Dette du Sénégal : pourquoi l’accord avec le FMI comporte encore des zones d’ombre

29.09.2026

Dette du Sénégal : l’accord signé le 1er septembre avec le Fonds monétaire international (FMI) a déjà fait bouger les marchés, alors même que le pays n’a pas encore reçu un dollar au titre de ce programme. Selon une analyse de l’économiste Florent Kanga Gbongué publiée dans les colonnes de The Conversation et relayée par Jeune Afrique, cet accord modifie surtout la manière dont le Sénégal gère sa dette, sans en réduire pour l’instant le montant. Retour sur les zones d’ombre qui subsistent.

Dette du Sénégal : un accord qui change les règles, pas encore les chiffres

Le nouvel accord conclu entre Dakar et le FMI fixe un cadre budgétaire sur trois ans. Il conditionne le retour des financements concessionnels, c’est-à-dire des prêts accordés à des taux avantageux par les institutions internationales, et ouvre la voie à un traitement négocié avec les créanciers du pays. Concrètement, il s’agit d’un dispositif de pilotage et de discipline budgétaire plutôt que d’une opération de réduction immédiate de l’encours de la dette.

Ce cadre répond avant tout à une crise de confiance qui s’est installée depuis la révélation d’écarts importants entre les chiffres officiels et la réalité des comptes publics.

Une crise de confiance née d’un écart budgétaire majeur

Selon les éléments cités par The Conversation, la Cour des comptes du Sénégal a réévalué le déficit budgétaire de 2023 à 12,3 % du produit intérieur brut (PIB), contre 4,9 % initialement annoncés par les autorités précédentes. Cet écart considérable a jeté un doute durable sur la fiabilité des données transmises aux partenaires internationaux et aux marchés financiers.

Dans la foulée de cette révision, le FMI a établi que la dette du Sénégal atteignait, fin 2024, près de 119 % du PIB pour la seule administration centrale, et environ 132 % du PIB pour l’ensemble du secteur public, entreprises publiques comprises. Ces niveaux, très supérieurs aux seuils habituellement considérés comme soutenables, expliquent l’ampleur de la réaction des agences de notation et des investisseurs.

Un plan de traitement qui exclut la dette en francs CFA

Face à cette situation, le gouvernement sénégalais a présenté un plan de traitement de sa dette. Ce plan prévoit d’exclure de la restructuration la dette libellée en francs CFA, afin de préserver la stabilité du marché régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), qui réunit huit pays partageant cette monnaie commune. Les autorités entendent en revanche recourir au Cadre commun du G20, un mécanisme international destiné à faciliter le traitement de la dette des pays en difficulté avec l’ensemble de leurs créanciers, publics et privés.

Selon les chiffres cités par The Conversation, environ 5 milliards de dollars d’euro-obligations seraient concernés par ce processus. C’est cette catégorie de dette, libellée en devises étrangères et détenue par des créanciers internationaux, qui cristallise aujourd’hui l’essentiel des inquiétudes.

Dette du Sénégal : deux marchés, un seul pays, deux prix

L’un des éléments les plus révélateurs de la situation actuelle est ce que l’économiste Florent Kanga Gbongué qualifie de « prime de périmètre » : un même État peut se financer à des conditions radicalement différentes selon le marché sur lequel il émet sa dette.

Le 11 septembre, le Trésor sénégalais a ainsi levé 101,3 milliards de francs CFA, soit environ 170 millions de dollars américains, sur le marché régional, à un taux de 7,89 % sur cinq ans. Au même moment, les euro-obligations du pays, elles, s’échangeaient sur les marchés internationaux autour de la moitié de leur valeur faciale. Dans le même temps, l’agence de notation S&P a abaissé la note du Sénégal en devises étrangères à CC, un niveau correspondant à un risque de défaut extrêmement élevé.

Le rôle des règles prudentielles de l’Uemoa

Cet écart tient en partie aux règles prudentielles en vigueur dans la zone Uemoa. Les titres d’État libellés et financés en francs CFA sont pondérés à 0 % dans le calcul des fonds propres exigés des banques. Conservés jusqu’à leur échéance, ces titres ne sont pas évalués au prix du marché, et leur dépréciation pour risque de crédit reste facultative pour les établissements bancaires.

Ce dispositif a une utilité réelle : il facilite le financement des États de la région et limite les ventes forcées de titres publics par les banques lors des périodes de tension. Mais il comporte aussi un risque, souligne l’économiste cité par The Conversation : en retardant la reconnaissance comptable et prudentielle d’une dégradation, il peut rendre le problème moins visible sans pour autant le faire disparaître. Ces règles ne suppriment donc pas le risque souverain ; elles influencent surtout le moment et la manière dont ce risque apparaît dans les comptes des banques.

Quatre bilans à surveiller pour évaluer la soutenabilité

Selon l’analyse relayée par Jeune Afrique, l’enjeu central n’est pas un ratio isolé, mais l’articulation de plusieurs bilans complémentaires. Le premier, le bilan des stocks, exige une dette entièrement recensée, incluant les garanties, les engagements des entreprises publiques et les éventuels arriérés. Un indicateur utile pour évaluer ce bilan est l’ajustement stocks-flux, c’est-à-dire l’écart entre la variation de la dette et le déficit budgétaire officiel.

Lorsque cet écart est durablement élevé, il doit être expliqué : il peut refléter des opérations financières légitimes, mais aussi des engagements insuffisamment retracés dans les comptes publics. Dans le cas du Sénégal, les constatations de la Cour des comptes ont précisément mis en évidence l’importance de cette réconciliation entre les chiffres annoncés et la réalité des engagements de l’État.

Le second bilan, le bilan budgétaire, mesure la charge réelle que représente la dette pour les finances publiques. Pour 2026, les intérêts prévus représentent environ un cinquième des recettes de l’État, un niveau qui illustre le poids croissant du service de la dette sur les marges de manœuvre budgétaires du pays.

Ce que cet accord signifie pour les observateurs et la diaspora

Pour les Sénégalais de la diaspora et les investisseurs qui suivent l’évolution économique du pays, cette situation appelle à la prudence dans l’interprétation des annonces officielles. L’accord avec le FMI est une étape importante dans la restauration de la confiance, mais il ne constitue pas, à ce stade, une résolution du problème de la dette. Le montant réel des engagements du pays, la répartition entre créanciers domestiques et internationaux, ainsi que le calendrier précis de la restructuration des euro-obligations restent des éléments à préciser dans les mois à venir.

Les autorités sénégalaises devront démontrer, dans la durée, leur capacité à respecter le cadre budgétaire fixé par le programme du FMI, notamment en matière de transparence comptable, condition indispensable pour un retour durable de la confiance des marchés et des partenaires financiers internationaux.

Conclusion

L’accord conclu entre le Sénégal et le FMI marque un tournant dans la gestion de la dette publique du pays, mais il laisse ouvertes plusieurs questions structurelles : le périmètre exact de la dette, le traitement différencié entre marché régional et marché international, et la soutenabilité budgétaire à moyen terme. Ces zones d’ombre expliquent pourquoi les marchés continuent de réagir avec prudence, malgré la signature de cet accord.

Pour suivre l’actualité économique du continent et comprendre les enjeux qui touchent la diaspora, retrouvez nos analyses sur servafrica.fr.

Sources

ServAfrica – Comprendre l’Afrique. Agir avec confiance.

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