« Daandé Liptako » : l’AES lance sa radio et sa bataille du récit
L’Alliance des États du Sahel se dote d’un nouvel outil : une radio commune, baptisée « Daandé Liptako ». Au-delà des ondes, c’est une véritable bataille du récit qui se joue, sur fond de quête de souveraineté affichée par les trois pays membres. ServAfrica fait le point, avec mesure, sur une initiative qui interroge autant qu’elle s’affirme.
Les faits
Le 8 juin 2026, à Ouagadougou, a été installé le conseil d’administration de la radio de l’Alliance des États du Sahel (AES), dénommée « Daandé Liptako », ce qui signifie « La voix du Liptako ». Deux jours plus tard, le 10 juin, le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a reçu en audience une délégation de ce conseil, introduite par le ministre en charge de la Communication.
Le conseil d’administration est composé de neuf membres, issus des ministères en charge de la Communication, des Affaires étrangères et des Finances du Burkina Faso, du Mali et du Niger, pour un mandat de trois ans renouvelable une fois. Sa présidente, Moussokoura Konaté, a rendu compte des travaux de la première session. Selon les autorités, l’enjeu est clair : permettre à l’AES d’imposer son propre récit, fondé sur des valeurs de paix, de fraternité, de cohésion, de souveraineté et de « reconquête de la fierté » des peuples du Sahel.
Contexte
Le nom de la radio n’est pas anodin. Le Liptako, ou Liptako-Gourma, désigne la région des « trois frontières » où se rejoignent le Burkina Faso, le Mali et le Niger, épicentre des défis sécuritaires de la zone. C’est aussi le berceau symbolique de l’Alliance des États du Sahel, née d’une charte signée en 2023 et devenue confédération en juillet 2024, réunissant trois pays dirigés par des autorités issues de coups d’État entre 2020 et 2023.
Depuis leur rapprochement, ces États ont multiplié les initiatives communes : force militaire conjointe, projets d’intégration économique, volonté de mutualiser des secteurs stratégiques. Le lancement d’un média confédéral s’inscrit dans cette logique : après la souveraineté politique, militaire et économique, l’AES revendique une souveraineté informationnelle. Les autorités estiment que le récit médiatique dominant leur a longtemps été défavorable, et entendent désormais le contrebalancer par leurs propres canaux.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large, observable ailleurs sur le continent et dans le monde, où des États cherchent à reprendre la main sur leur image et leur communication, parfois en rupture avec les grands médias internationaux. Pour l’AES, dont les relations avec une partie de la presse occidentale et avec d’anciens partenaires se sont tendues ces dernières années, la création d’un média propre apparaît comme un prolongement logique de sa trajectoire d’affirmation. La radio se veut un instrument de cohésion entre des populations qui partagent langues, cultures et épreuves, par-delà des frontières héritées de la colonisation.
Analyse
Première clé de lecture : une affirmation de souveraineté. Pour ses promoteurs, « Daandé Liptako » répond à un besoin légitime : disposer d’un média qui parle aux peuples du Sahel dans leurs langues et selon leur point de vue. Beaucoup d’États, partout dans le monde, se dotent de médias publics ou internationaux pour porter leur voix ; l’AES s’inscrit dans cette pratique répandue.

Deuxième clé : le débat sur le pluralisme. La question de la ligne éditoriale est posée. Les autorités assument une approche engagée, l’un des responsables ayant déclaré que « le narratif de la neutralité absolue s’écroule comme un château de cartes » et que « chaque média défend une cause ». Cette position, revendiquée, soulève chez les observateurs des interrogations sur l’équilibre entre communication institutionnelle et information pluraliste, un débat qui traverse d’ailleurs de nombreux médias d’État à travers le monde.
Troisième clé : un outil d’intégration régionale. Au-delà de la communication, la radio peut aussi jouer un rôle de liant entre des populations partageant une histoire et des défis communs. En valorisant les langues locales et une identité sahélienne partagée, elle participe d’un projet d’intégration culturelle, dont les effets dépendront de la manière dont elle sera reçue par les auditeurs. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Découvrir l’Afrique et Diaspora.
Pour la diaspora sahélienne, attentive à l’évolution de la région, ce nouveau média soulève une question concrète : où s’informer de façon fiable sur le Sahel ? Dans un environnement où les sources indépendantes se sont raréfiées et où les versions des faits divergent fortement selon les acteurs, le réflexe le plus sage reste de croiser les points de vue, sans accorder de crédit aveugle à une source unique, quelle qu’elle soit. C’est précisément la ligne que s’efforce de tenir ServAfrica : restituer les faits, donner à comprendre les logiques en présence, et laisser à chacun le soin de se forger une opinion éclairée.
Score ServAfrica
Cet article met en avant le Burkina Faso, où la radio a été installée. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Burkina Faso obtient un score de 30 sur 100. Ce niveau reflète un contexte sécuritaire et politique difficile, qui pèse sur la stabilité et les perspectives, même si le pays conserve un fort capital humain et culturel. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.
Enjeux
Plusieurs enjeux se dégagent. Sur le plan de la souveraineté, disposer de canaux d’information propres répond à une aspiration partagée par de nombreux pays. Sur le plan de l’intégration, un média commun peut renforcer les liens entre les peuples sahéliens. Sur le plan de l’information, la question de la diversité des points de vue et de la qualité du débat public reste posée. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Découvrir l’Afrique et Diaspora.
Risques et points de vigilance
Plusieurs points de vigilance méritent attention, et appellent à la nuance. Le premier est le risque d’une information à sens unique, si le pluralisme et la contradiction ne sont pas garantis. Le deuxième tient à la frontière parfois floue entre média de service public et outil de communication gouvernementale. Le troisième est la nécessité de recouper les sources sur une région où l’accès à l’information indépendante demeure difficile. ServAfrica s’efforce de présenter ces faits de manière équilibrée ; cet article est informatif et n’exprime pas de position partisane.
Conclusion
Avec « Daandé Liptako », l’Alliance des États du Sahel franchit une nouvelle étape de son projet, en portant le combat sur le terrain du récit. Initiative de souveraineté pour les uns, instrument de communication pour les autres, cette radio illustre la place centrale qu’occupe désormais la bataille de l’information. Son influence réelle dépendra de sa capacité à informer, et pas seulement à convaincre.
Pour aller plus loin
Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Découvrir l’Afrique et Diaspora. Pour le suivi de l’actualité sahélienne, nous vous invitons à croiser plusieurs sources d’information.
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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.