Conflit au Moyen-Orient : la BAD abaisse la croissance africaine

Un conflit lointain, des effets bien réels. L’embrasement du Moyen-Orient, déclenché en février 2026, se répercute jusque sur les économies africaines. Au point que la Banque africaine de développement a dû revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour le continent. ServAfrica décrypte, avec mesure, les canaux de transmission de ce choc et les moyens d’y faire face.
Les faits
Dans son rapport « Situation et perspectives économiques » présenté lors de ses assemblées annuelles, tenues fin mai à Brazzaville sous la présidence de Sidi Ould Tah, la Banque africaine de développement (BAD) a tempéré l’optimisme affiché en début d’année. Selon un document conjoint élaboré avec l’Union africaine, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et le PNUD, le conflit au Moyen-Orient pourrait amputer la croissance africaine d’environ 0,2 point de pourcentage en 2026.
Concrètement, après 3,5 % en 2024 et 3,9 % en 2025, la croissance du continent, attendue autour de 4 % cette année, pourrait être ramenée à environ 3,8 %. L’inflation, elle, après être retombée à 3,7 % en 2025, pourrait remonter aux alentours de 4,8 % en 2026, principalement sous l’effet de ce conflit. Le chef économiste de la BAD, Kevin Urama, a mis en garde contre des réactions précipitées qui aggraveraient les déséquilibres macroéconomiques.
Contexte
Le principal canal de transmission est énergétique. L’Afrique dépend fortement des importations d’hydrocarbures : environ 80 % du pétrole importé sur le continent provient du Moyen-Orient, de même que près de la moitié des produits raffinés. Les perturbations du trafic maritime, notamment autour du détroit d’Ormuz, font grimper les coûts de l’énergie et des intrants comme les engrais. Les pays importateurs nets – l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, mais aussi de nombreuses économies d’Afrique de l’Est – sont en première ligne, avec une facture d’importation alourdie.
Les effets ne s’arrêtent pas là. La montée des tensions géopolitiques pourrait réduire les flux d’aide publique au développement vers l’Afrique, déjà en repli. Le Moyen-Orient accueillant environ 14 % des migrants africains, un affaiblissement de son marché du travail ferait peser un risque sur les transferts de fonds vers le continent, vitaux pour des millions de familles. Le tout dans un contexte où le déficit de financement du développement de l’Afrique est estimé à quelque 1 300 milliards de dollars par an.
Il faut toutefois rappeler que les économies africaines abordent ce choc avec une expérience récente des crises. En quelques années, le continent a traversé la pandémie de Covid-19, les répercussions de la guerre en Ukraine sur les prix des céréales et de l’énergie, puis la montée des tensions commerciales mondiales. Cette succession d’épreuves a fragilisé les marges budgétaires, mais elle a aussi conduit plusieurs États à renforcer leurs dispositifs de gestion de crise et à diversifier leurs partenaires. Le choc actuel s’inscrit donc dans une séquence déjà longue, dont les économies les mieux préparées pourraient sortir moins affaiblies que les plus vulnérables.
Analyse
Première clé de lecture : une vulnérabilité structurelle. Ce choc met en lumière la dépendance de l’Afrique aux importations énergétiques et à des sources de financement extérieures. Un continent riche en ressources, mais dont une grande partie reste exposée aux soubresauts des marchés mondiaux qu’il ne contrôle pas.

Deuxième clé : des marges de manœuvre réelles. Tout n’est pas négatif. Les banques centrales africaines ont abaissé leurs taux en 2025 et disposent d’une certaine latitude pour soutenir l’activité une fois les pressions inflationnistes retombées. Surtout, la BAD fonde son scénario sur un conflit de durée limitée, de deux à trois mois ; l’ampleur réelle du choc dépendra largement de cette durée.
Troisième clé : la résilience par la diversification. Ce choc renforce un impératif déjà identifié : réduire la dépendance aux sources externes. Production locale d’engrais, raffinage sur place, développement des énergies renouvelables, approfondissement de l’intégration régionale via la Zone de libre-échange continentale : autant de leviers pour amortir les chocs futurs. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Investir en Afrique.
Cette résilience ne se décrète pas : elle se construit. Les pays qui ont investi dans leurs capacités de raffinage, sécurisé des stocks stratégiques ou développé des filières agricoles locales se trouvent mieux armés face à la flambée des prix. À l’inverse, ceux qui dépendent entièrement des importations pour leur carburant comme pour leur alimentation subissent le choc de plein fouet. La crise actuelle pourrait ainsi accélérer une prise de conscience salutaire et orienter les politiques publiques vers davantage de souveraineté économique.
Score ServAfrica
Cet article met en avant le Kenya, importateur net d’hydrocarbures représentatif des économies est-africaines exposées. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Kenya obtient un score de 74 sur 100. Son dynamisme, porté par les services et la technologie, en fait un pôle régional, mais sa dépendance aux importations énergétiques le rend sensible aux chocs externes comme celui-ci. Ce chiffre reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.
Enjeux
Plusieurs enjeux se dégagent. Sur le plan énergétique, diversifier les sources d’approvisionnement et investir dans le renouvelable devient stratégique. Sur le plan alimentaire, sécuriser l’accès aux engrais et soutenir la production locale est essentiel pour contenir l’inflation. Sur le plan financier, renforcer la mobilisation des ressources internes et des transferts de la diaspora réduit l’exposition aux aléas extérieurs. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Diaspora.

Risques et points de vigilance
Plusieurs risques appellent à la vigilance. Le premier est une prolongation du conflit, qui aggraverait les répercussions bien au-delà des projections actuelles. Le deuxième est l’inflation alimentaire et énergétique, qui pèserait d’abord sur les ménages les plus modestes. Le troisième est la pression sur la dette et les budgets, dans des pays aux marges déjà étroites. Cet article repose sur des prévisions, par nature incertaines, et n’a qu’une vocation informative ; il ne constitue pas un conseil en investissement.
Conclusion
Le choc venu du Moyen-Orient rappelle combien les économies africaines restent exposées aux turbulences mondiales. Mais il agit aussi comme un signal : celui de l’urgence à bâtir une résilience durable, par la diversification énergétique, la production locale et l’intégration régionale. Si le risque est réel, la réponse, elle, est largement entre les mains du continent.
L’enjeu, pour les décideurs comme pour les acteurs économiques, sera de transformer cette contrainte conjoncturelle en accélérateur de réformes structurelles attendues de longue date.
Pour aller plus loin
Retrouvez nos analyses dans nos rubriques Business Afrique, Investir en Afrique et Diaspora. Pour le suivi macroéconomique, référez-vous aux publications officielles de la BAD et des institutions internationales.
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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.