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BUSINESS AFRIQUE

Cameroun : un chemin de fer pour relier la bauxite de Minim Martap à Kribi

Équipe éditoriale ServAfrica. 10.06.2026 7 min de lecture
Le phare de Kribi, au Cameroun, ville dont le port en eau profonde sera relié par une nouvelle ligne ferroviaire
Kribi, sur la côte sud du Cameroun (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Relier la mine au port par le rail : c’est l’ambition du nouveau corridor ferroviaire que le Cameroun veut bâtir entre Edéa, Kribi et Campo. Le 4 juin 2026, un mémorandum d’entente a été signé à Yaoundé entre l’État, le logisticien AGL et la minière CAMALCO. Objectif : évacuer la bauxite de Minim Martap vers le port en eau profonde de Kribi. ServAfrica fait le point sur un projet structurant.

Les faits

Le 4 juin 2026, à l’hôtel Starland de Yaoundé, l’État du Cameroun, Africa Global Logistics (AGL) et CAMALCO ont signé un mémorandum d’entente (MoU) relatif au développement de la ligne ferroviaire Edéa–Kribi–Lolabé-Campo. La cérémonie était présidée par le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, en présence notamment de Philippe Labonne, président du groupe AGL, et d’un représentant de CAMALCO.

Le MoU encadre l’actualisation des études, la conception, le montage financier, la construction, l’exploitation et la maintenance de cette infrastructure, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Le projet, d’un linéaire d’environ 144 kilomètres, est inscrit parmi les priorités de la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30). Plusieurs paramètres restent toutefois à préciser : tracé exact, phasage, coût, schéma de concession et calendrier.

Un bâtiment officiel à Yaoundé, où a été signé le mémorandum d'entente sur la ligne ferroviaire
Yaoundé, où a été signé le mémorandum d’entente (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Contexte

CAMALCO est la filiale camerounaise du groupe australien Canyon Resources. Elle porte le projet de bauxite de Minim Martap, dans la région de l’Adamaoua, dont les réserves prouvées ont été réévaluées à environ 144 millions de tonnes. Pour l’entreprise, l’enjeu est clair : sécuriser l’évacuation du minerai vers la côte. Sans liaison ferroviaire efficace, la valorisation d’un gisement aussi prometteur resterait théorique.

L’intérêt du tracé tient aussi à la montée en puissance du port en eau profonde de Kribi, seule infrastructure de ce type au Cameroun. Mis en service en 2018 et construit par des opérateurs chinois, ce port a traité un volume record d’environ 12 millions de tonnes de marchandises en 2025. Mais son potentiel reste bridé par la faiblesse de ses dessertes terrestres. Une voie ferrée moderne lui permettrait d’absorber des volumes que le port de Douala, contraint par l’estuaire du Wouri, peine à traiter dans des conditions optimales.

Le projet n’est pas entièrement nouveau. Dès 2021, le gouvernement préparait une table ronde des investisseurs autour de deux corridors ferroviaires complémentaires, l’un vers Kribi et Campo, l’autre vers Limbé et Idénau. L’intitulé Edéa–Kribi–Lolabé-Campo s’inscrit dans cette ambition de désenclaver le Sud et de connecter durablement l’arrière-pays aux infrastructures portuaires. La manifestation d’intérêt conjointe d’AGL et de CAMALCO, puis les concertations techniques menées avec l’administration, ont abouti au mémorandum signé en juin 2026.

Analyse

Première clé de lecture : l’intégration mine-rail-port. Le projet illustre une logique désormais répandue en Afrique : adosser une infrastructure de transport à une ressource minière pour en garantir l’exportation. C’est le même schéma que celui retenu au Gabon voisin avec le complexe de Kobe-Kobe. AGL, présent dans les deux projets, conforte ainsi son rôle dans la logistique d’Afrique centrale.

Le littoral de Kribi, au Cameroun, débouché maritime du futur corridor ferroviaire minier
Le littoral de Kribi, débouché du futur corridor (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Deuxième clé : la recomposition logistique nationale. En renforçant la desserte du Sud et la connexion à Kribi, le Cameroun cherche à rééquilibrer un système longtemps centré sur Douala et à gagner en compétitivité sur les corridors régionaux. C’est un pari d’aménagement du territoire autant qu’un projet industriel.

Troisième clé : la prudence de mise. Un mémorandum d’entente n’est pas un contrat de construction. Il encadre des discussions et fixe un cap, mais le linéaire exact, le coût et le calendrier restent à arrêter. L’histoire des grands projets ferroviaires africains rappelle que le délai entre l’intention et la mise en service peut être long. ServAfrica présente ici une étape de structuration, non un chantier déjà lancé.

Score ServAfrica

Cet article met en avant le Cameroun. Sur l’échelle ServAfrica, qui évalue l’attractivité globale d’un pays pour la diaspora, les investisseurs et les porteurs de projets, le Cameroun obtient un score de 62 sur 100. Le pays bénéficie d’une position de carrefour en Afrique centrale, d’un port en eau profonde et de ressources minières prometteuses, tempérés par des défis de gouvernance et d’exécution. La capacité à mener à terme des projets comme la ligne Edéa-Kribi fait partie des facteurs susceptibles de conforter cette trajectoire. Ce score reste une mesure prudente du risque global à un instant donné.

Opportunités

Le projet ouvre de réelles opportunités. Sur le plan minier, il conditionne la valorisation d’un gisement de bauxite de classe mondiale. Sur le plan logistique, il renforce l’attractivité de Kribi et la compétitivité des corridors camerounais. Sur le plan de l’emploi et de l’industrialisation, chantiers, maintenance et transformation locale du minerai pourraient générer une activité durable. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Investir en Afrique.

Sur le plan de l’emploi et de l’industrialisation, chantiers, maintenance et transformation locale du minerai pourraient générer une activité durable. ServAfrica suit ces dynamiques dans ses rubriques Business Afrique et Investir en Afrique.

Au-delà du seul minerai, c’est l’ensemble de la zone industrialo-portuaire de Kribi qui pourrait bénéficier d’une meilleure connexion ferroviaire : transformation du bois, cimenterie, logistique du froid et autres activités déjà implantées y trouveraient un débouché plus fluide vers les marchés intérieurs et internationaux. Le rail agirait alors comme une colonne vertébrale reliant les bassins de production de l’intérieur aux quais de la façade atlantique.

Le quartier de Bonanjo à Douala, principal port du Cameroun que la nouvelle ligne vise à désengorger
Douala, dont le port pourrait être désengorgé par la montée de Kribi (Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA)

Risques et points de vigilance

Plusieurs risques appellent à la vigilance. Le premier est le risque de calendrier : entre le mémorandum et la mise en service, les délais peuvent s’allonger. Le deuxième est le risque de financement, déterminant pour un partenariat public-privé de cette ampleur. Le troisième tient à la dépendance au cours de la bauxite et à la soutenabilité économique de la ligne. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

Conclusion

La ligne Edéa-Kribi-Lolabé-Campo incarne l’ambition camerounaise de mieux relier ses mines, ses ports et ses industries. Le mémorandum du 4 juin pose une première pierre symbolique. Reste à transformer cette intention en infrastructure réelle, en sécurisant le financement et en tenant les délais. C’est à cette aune que se mesurera la portée du projet pour l’économie du pays.

Pour le Cameroun comme pour ses voisins, ces grands corridors miniers et logistiques dessinent une même question de fond : comment faire en sorte que l’exploitation des ressources profite durablement aux populations locales, et pas seulement aux marchés d’exportation. La réponse se jouera dans les détails des contrats, la transparence de la gouvernance et la part réservée à la transformation sur place.

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Cet article est base sur des donnees collectees en 2026. Les informations sont susceptibles d’evoluer.