Bank of Africa SACE : deux acteurs financiers a l’affut de nouveaux projets sur le continent
Bank of Africa SACE : cette association de noms, celle d’une banque panafricaine et d’une agence de credit export italienne, revient regulierement dans l’actualite economique consacree au financement des grands projets africains. Sans revenir sur une operation precise dont les details chiffres ne sont pas encore rendus publics de maniere verifiable, il est utile de comprendre pourquoi ce type de rapprochement entre acteurs bancaires africains et agences de credit export europeennes se multiplie, et ce qu’il peut signifier pour les economies du continent, ses entrepreneurs et sa diaspora.
Le financement des infrastructures reste, depuis plusieurs decennies, l’un des principaux goulots d’etranglement du developpement africain. Routes, ports, energie, eau, telecommunications : les besoins sont immenses, tandis que les capacites budgetaires des Etats et les ressources des banques locales ne suffisent pas toujours a couvrir seules des projets d’envergure. C’est dans cet espace que s’inscrivent des acteurs comme les banques panafricaines et les agences de credit export, dont le role consiste precisement a mobiliser des capitaux complementaires pour accompagner les grands chantiers du continent.
Bank of Africa SACE : deux profils complementaires
Pour comprendre l’interet d’un rapprochement de ce type, il faut d’abord distinguer la nature des deux acteurs concernes.
Bank of Africa, une banque enracinee sur le continent
Bank of Africa designe un groupe bancaire panafricain, historiquement associe a la banque marocaine BMCE Bank, aujourd’hui integree au sein d’un ensemble plus large connu sous le nom de Bank of Africa Group. Ce groupe est present dans de nombreux pays du continent, avec des filiales implantees notamment au Maroc, au Senegal, en Cote d’Ivoire, au Mali et au Benin, entre autres marches ouest-africains, mais aussi en Afrique de l’Est et australe. Cette empreinte multi-pays constitue precisement l’un des atouts de ce type d’etablissement : une connaissance fine des marches locaux, des reseaux d’agences deployes au plus pres des entreprises et des collectivites, et une capacite a structurer des financements adaptes aux realites reglementaires de chaque pays.
Les banques panafricaines de ce type jouent un role d’interface indispensable pour les bailleurs internationaux. Elles connaissent les acteurs economiques locaux, disposent d’une expertise sur les risques specifiques a chaque marche et peuvent, le cas echeant, co-financer une partie des projets aux cotes de partenaires exterieurs.
SACE, l’agence de credit export italienne
SACE, de son cote, est l’agence italienne de credit a l’exportation. Rattachee au groupe public Cassa Depositi e Prestiti, elle a pour mission de soutenir l’internationalisation des entreprises italiennes en offrant des garanties, des assurances-credit et des instruments de financement destines a couvrir les risques commerciaux et politiques lies aux operations menees a l’etranger. Concretement, lorsqu’une entreprise italienne remporte un contrat de construction, d’equipement industriel ou d’ingenierie dans un pays tiers, SACE peut intervenir pour garantir une partie du financement, rassurant ainsi les banques preteuses et facilitant la realisation du projet.
Ce mecanisme n’est pas propre a l’Italie : la plupart des grandes puissances exportatrices disposent d’une agence equivalente, qu’il s’agisse de la Coface en France, d’UK Export Finance au Royaume-Uni ou de l’Export-Import Bank aux Etats-Unis. Ces institutions ont toutes vocation a soutenir les entreprises nationales a l’export tout en participant, de fait, au financement d’infrastructures dans les pays receveurs, y compris sur le continent africain.
Pourquoi ce type de partenariat cible l’Afrique
L’interet des agences de credit export pour l’Afrique n’est pas nouveau, mais il s’est renforce ces dernieres annees, porte par plusieurs dynamiques convergentes.
Un besoin d’infrastructures toujours immense
Les institutions internationales de developpement rappellent regulierement que le deficit d’infrastructures reste l’un des principaux freins a la croissance africaine. Transport, energie, eau potable, reseaux numeriques : dans de nombreux pays, les capacites existantes ne suivent pas la croissance demographique et economique. Cette situation cree un besoin de financement structurel que ni les budgets publics, ni les seules banques locales ne peuvent combler integralement.
La transition energetique comme nouveau terrain d’action
Un nombre croissant de projets soutenus par des agences de credit export concerne desormais les energies renouvelables : solaire, eolien, hydroelectricite, mais aussi les reseaux de distribution permettant d’acheminer cette energie vers les zones urbaines et rurales. Ces projets presentent un double interet : ils repondent a des besoins energetiques criants sur le continent, tout en s’inscrivant dans les objectifs climatiques que se sont fixes de nombreux pays exportateurs, dont l’Italie.
Un risque partage, une confiance renforcee
Le principal apport d’une agence comme SACE dans ce type de montage reside dans sa capacite a partager le risque. En garantissant une partie du financement, elle permet aux banques commerciales, africaines comme europeennes, de s’engager plus sereinement sur des projets de long terme, souvent consideres comme plus risques en raison de l’instabilite macroeconomique, du risque de change ou des incertitudes politiques propres a certains marches.
Pour une banque comme Bank of Africa, s’associer a une agence de credit export presente egalement un interet strategique : cela lui permet de participer au financement de projets de grande ampleur, generalement reserves aux plus grandes institutions financieres internationales, tout en beneficiant de l’expertise technique et des garanties apportees par le partenaire europeen.
Les secteurs generalement concernes
Sans prejuger des projets precis vises par un rapprochement entre Bank of Africa et SACE, il est possible de dresser un panorama des secteurs qui font traditionnellement l’objet de ce type de cooperation en Afrique.
- Les infrastructures energetiques, notamment les centrales solaires et eoliennes, ainsi que les lignes de transport et de distribution electrique.
- Les infrastructures de transport : routes, ports, aeroports, chemins de fer, indispensables a la circulation des biens et des personnes.
- Les projets industriels, en particulier ceux lies a la transformation locale des matieres premieres, dans une logique de creation de valeur ajoutee sur le continent.
- Les infrastructures hydrauliques, essentielles pour l’acces a l’eau potable et l’irrigation agricole.
- Les equipements de sante et les infrastructures hospitalieres, un secteur ou les besoins se sont accrus depuis la pandemie de Covid-19.
Ces domaines constituent, de maniere generale, le socle des projets finances conjointement par des banques locales et des agences de credit export, quel que soit le pays d’origine de ces dernieres.
Ce que cela signifie pour les entrepreneurs et la diaspora
Pour les entrepreneurs africains et les membres de la diaspora interesses par l’investissement sur le continent, ce type de rapprochement institutionnel n’est pas anecdotique. Il traduit une confiance renouvelee des acteurs financiers internationaux envers les marches africains, et peut, a terme, se traduire par une multiplication des opportunites de financement pour des projets locaux, notamment lorsque ces derniers s’inscrivent dans une chaine de valeur liee aux exportations europeennes.
Concretement, un entrepreneur souhaitant developper un projet d’energie renouvelable, de transformation agroalimentaire ou d’infrastructure logistique en Senegal, en Cote d’Ivoire ou dans tout autre pays ou Bank of Africa est presente, pourrait potentiellement beneficier, a terme, de montages financiers associant banque locale et garantie d’une agence de credit export, a condition que son projet reponde aux criteres d’eligibilite fixes par ces institutions.
Pour la diaspora, ces evolutions renforcent egalement l’idee que le continent africain n’est plus seulement percu comme un terrain d’aide au developpement, mais comme un marche a part entiere, susceptible d’attirer des financements structures et des garanties comparables a celles proposees ailleurs dans le monde.
Les points de vigilance a garder en tete
Il convient toutefois de rester mesure face a ce type d’annonce. Les partenariats entre banques africaines et agences de credit export ne se traduisent pas automatiquement, ni immediatement, par des projets concrets et finances. Plusieurs etapes separent generalement l’annonce d’une intention de cooperation de la mise en oeuvre effective d’un financement : identification des projets eligibles, etudes de faisabilite, negociations contractuelles, obtention des garanties necessaires, et enfin decaissement des fonds.
Par ailleurs, ces montages financiers, aussi utiles soient-ils, ne dispensent pas les porteurs de projets africains de respecter des criteres stricts de gouvernance, de transparence et de viabilite economique. Les agences de credit export, tout comme les banques commerciales, exigent des garanties solides avant de s’engager, ce qui peut representer un defi pour certaines petites et moyennes entreprises locales, moins armees pour repondre a ces exigences que les grands groupes internationaux.
Enfin, le risque de change reste une donnee centrale de ces operations. Un financement libelle en euros ou en dollars, alors que les revenus generes par le projet sont perçus en monnaie locale, expose l’emprunteur a une volatilite qui peut peser lourdement sur la rentabilite finale du projet si elle n’est pas correctement couverte.
Une tendance de fond plus large que ce seul rapprochement
Le cas de Bank of Africa et SACE s’inscrit dans un mouvement plus vaste qui voit les agences de credit export europeennes, asiatiques et nord-americaines s’interesser de plus en plus activement aux marches africains. La Coface francaise, l’agence chinoise Sinosure, ou encore certaines agences scandinaves ont, chacune a leur maniere, developpe des instruments specifiquement destines a accompagner les entreprises de leur pays sur le continent africain, tout en participant indirectement au financement d’infrastructures locales.
Cette concurrence entre agences de credit export peut, in fine, beneficier aux pays africains, en multipliant les sources potentielles de financement pour des projets structurants. Elle impose toutefois aux gouvernements et aux banques locales de developper une expertise fine pour selectionner les partenariats les plus avantageux, et pour s’assurer que les projets finances repondent effectivement aux priorites de developpement du pays, plutot qu’aux seuls interets commerciaux des entreprises exportatrices etrangeres.
Ce qu’il faut retenir
Le rapprochement entre une banque comme Bank of Africa et une agence de credit export comme SACE illustre une dynamique plus large : celle d’un continent africain de plus en plus integre dans les circuits financiers internationaux, ou banques locales et institutions europeennes cherchent des points de convergence pour financer des projets d’infrastructure indispensables au developpement economique. Si les details precis des projets vises restent, a ce stade, a confirmer par des sources officielles, la logique economique qui sous-tend ce type de cooperation est claire et documentee : partage des risques, mobilisation de capitaux complementaires, et accompagnement des priorites de developpement du continent, notamment en matiere d’energie et d’infrastructures.
Pour les investisseurs, entrepreneurs et membres de la diaspora suivant l’actualite economique africaine, ce type d’annonce merite d’etre observe avec attention dans les prochains mois, afin de verifier quels projets concrets en decouleront et quels secteurs en beneficieront en priorite.
Sources
- Site officiel de SACE (sace.it)
- Site officiel du groupe Bank of Africa (bankofafrica.com)
- Publications generales des institutions de developpement sur le financement des infrastructures africaines
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