Afrique Atlantique : un acteur incontournable de la gouvernance océanique mondiale
Afrique Atlantique : l’expression revient de plus en plus souvent dans les discours diplomatiques et economiques du continent. Elle designe l’ensemble des pays africains dont la facade maritime donne sur l’ocean Atlantique, du Maroc jusqu’a l’Afrique du Sud en passant par la Mauritanie, le Senegal, la Cote d’Ivoire, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon, l’Angola ou encore la Namibie. Cette region, longtemps consideree comme peripherique dans les grands equilibres maritimes mondiaux, revendique aujourd’hui une place plus centrale dans les instances qui decident des regles applicables aux oceans. C’est dans ce cadre que des responsables diplomatiques marocains, dont le ministre des Affaires etrangeres Nasser Bourita, ont recemment rappele l’importance pour l’Afrique atlantique de devenir un acteur a part entiere de la gouvernance oceanique mondiale.
Afrique Atlantique : un espace maritime strategique trop souvent marginalise
L’ocean Atlantique borde une trentaine de pays africains, representant un lineaire cotier considerable et des ressources halieutiques, energetiques et logistiques majeures. Pourtant, dans les grandes negociations internationales sur le droit de la mer, la protection de la biodiversite marine ou la regulation de la peche, les voix africaines pesent historiquement moins que celles des puissances maritimes traditionnelles. Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : des flottes commerciales et de peche moins developpees, une representation diplomatique parfois dispersee, et un manque de coordination entre pays riverains qui partagent pourtant des interets communs.
La gouvernance oceanique mondiale repose sur un ensemble de textes et d’institutions, au premier rang desquels la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui fixe les regles relatives aux zones economiques exclusives, au plateau continental et a la haute mer. S’y ajoutent des organisations comme l’Organisation maritime internationale (OMI), qui regule le transport maritime et la securite en mer, ou encore les negociations menees sous l’egide des Nations unies sur la protection de la biodiversite marine au-dela des juridictions nationales, connu sous le nom d’accord BBNJ. Dans tous ces cadres, la participation active des pays africains riverains de l’Atlantique est jugee encore insuffisante au regard de leurs interets directs.
Le Maroc, promoteur d’une diplomatie atlantique africaine
Le Maroc s’est positionne ces dernieres annees comme l’un des principaux promoteurs d’une approche coordonnee de l’Afrique atlantique. Le royaume a multiplie les initiatives visant a renforcer les liens entre les pays du Sahel et l’ocean Atlantique, notamment a travers des projets d’infrastructures portuaires et logistiques destines a desenclaver des Etats sans acces direct a la mer. Cette strategie s’accompagne d’un discours diplomatique constant sur la necessite pour les pays africains de la facade atlantique de parler d’une seule voix dans les enceintes internationales ou se decident les regles de la gouvernance des mers.
Dans ce contexte, les declarations de responsables marocains, dont celles attribuees au ministre des Affaires etrangeres Nasser Bourita, s’inscrivent dans une continuite : elles visent a faire reconnaitre l’Afrique atlantique comme un ensemble geopolitique et economique coherent, capable de peser dans les negociations multilaterales sur des sujets aussi varies que la peche durable, la protection des ecosystemes marins, la securite maritime ou l’exploitation des ressources sous-marines.
Afrique Atlantique et economie bleue : un potentiel encore sous-exploite
L’expression d’economie bleue designe l’ensemble des activites economiques liees a la mer : peche, aquaculture, transport maritime, tourisme cotier, energies marines renouvelables et exploitation des ressources sous-marines. Pour les pays de l’Afrique atlantique, ce secteur represente un gisement de croissance considerable, encore largement sous-exploite par rapport a son potentiel. La peche, en particulier, constitue une ressource vitale pour de nombreuses economies cotieres, tant en termes d’emplois que de securite alimentaire. Or, la gestion durable des stocks halieutiques depend directement des regles internationales negociees dans les enceintes de gouvernance oceanique, ce qui explique l’insistance des diplomates africains a vouloir y jouer un role plus actif.
Le transport maritime constitue un autre enjeu majeur. Plus de 90 pour cent des echanges commerciaux mondiaux transitent par la mer, et les ports africains de la facade atlantique, de Tanger Med au Maroc jusqu’aux grands ports d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, occupent une position potentiellement strategique sur les routes commerciales reliant l’Europe, les Ameriques et l’Afrique subsaharienne. Une gouvernance oceanique mieux adaptee aux realites africaines pourrait faciliter les investissements dans ces infrastructures et renforcer la competitivite logistique du continent.
Les defis d’une gouvernance oceanique partagee
Participer plus activement a la gouvernance oceanique mondiale suppose de relever plusieurs defis pour les pays de l’Afrique atlantique. Le premier est celui de la coordination diplomatique : les Etats riverains de l’Atlantique africain n’ont pas toujours des positions convergentes sur des sujets sensibles comme la delimitation des zones maritimes ou l’acces aux ressources partagees. Le second defi est capacitaire : negocier efficacement dans des enceintes techniques comme celles consacrees au droit de la mer necessite une expertise juridique et scientifique que tous les pays ne possedent pas au meme niveau, ce qui plaide pour davantage de cooperation regionale et de formation.
Le troisieme defi concerne la securite maritime. La piraterie, la peche illegale non declaree et non reglementee, ainsi que le trafic maritime de produits illicites, constituent des menaces recurrentes dans le golfe de Guinee et sur d’autres portions de la facade atlantique africaine. Une gouvernance oceanique efficace doit integrer ces enjeux securitaires, ce qui implique une cooperation renforcee entre marines nationales, garde-cotes et organisations regionales.
Enfin, la question climatique traverse desormais tous les debats sur la gouvernance des mers. L’elevation du niveau des oceans menace directement de nombreuses zones cotieres africaines densement peuplees, tandis que le rechauffement des eaux affecte la distribution des especes marines et donc les ressources halieutiques. Les pays de l’Afrique atlantique ont donc un interet direct a peser sur les negociations climatiques et environnementales internationales qui touchent aux oceans.
Vers une voix africaine plus forte dans les instances internationales
La montee en puissance du discours sur l’Afrique atlantique s’inscrit dans une dynamique plus large de reaffirmation du continent africain dans les instances multilaterales. A l’image des efforts deployes par l’Union africaine pour parler d’une seule voix sur les grands dossiers internationaux, les pays de la facade atlantique cherchent progressivement a batir des positions communes sur les questions maritimes. Cela passe par des sommets regionaux, des cadres de cooperation technique et des initiatives diplomatiques bilaterales, a l’image de celles portees par le Maroc en direction des pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest.
Pour les investisseurs, les operateurs portuaires et les acteurs de la diaspora interesses par les secteurs maritimes et logistiques, cette evolution merite d’etre suivie de pres. Une gouvernance oceanique mieux adaptee aux realites africaines pourrait ouvrir de nouvelles opportunites dans les infrastructures portuaires, la peche durable, les energies marines renouvelables ou encore le tourisme cotier. Elle pourrait egalement contribuer a une meilleure protection des ressources naturelles dont dependent des millions de personnes vivant le long des cotes atlantiques africaines.
La route est encore longue avant que l’Afrique atlantique ne pese pleinement dans les grandes negociations internationales sur les oceans. Mais la multiplication des prises de position diplomatiques, dont celles portees par le Maroc et son ministre des Affaires etrangeres, temoigne d’une prise de conscience croissante : les enjeux oceaniques ne peuvent plus etre discutes sans les pays africains directement concernes par la sante et l’avenir de cet ocean.
Conclusion
L’Afrique atlantique dispose d’atouts geographiques, economiques et humains considerables pour devenir un acteur reconnu de la gouvernance oceanique mondiale. Entre economie bleue, securite maritime et enjeux climatiques, les defis sont nombreux, mais la dynamique diplomatique engagee, notamment par le Maroc, ouvre des perspectives interessantes pour l’ensemble du continent et sa diaspora.
Sources
- lecollimateur.ma, article relaye via Google News (source de l’actualite)
- Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), Organisation des Nations unies
- Organisation maritime internationale (OMI), imo.org
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